Certaines mesures de sécurité exceptionnelles prises en Russie face à l’avancée de Wagner ont commencé à être levées, notamment dans la région de Lipetsk, au sud de Moscou, où avaient pénétré des paramilitaires. Le maire de Moscou avait appelé les habitants à limiter les déplacements en ville, qualifiant la situation de « difficile », et décrété lundi jour chômé.
D’importantes patrouilles de police sont toujours déployées ce dimanche le long de la route principale menant à la sortie de Moscou dans le sud de la capitale, a constaté une journaliste de l’AFP. Les restrictions à la circulation sur l’autoroute reliant Moscou à Rostov sont également maintenues, selon un communiqué de l’agence Avtodor, chargée des autoroutes en Russie, tout comme le « régime d’opération antiterroriste ».
• Prigojine en Biélorussie ?
Après l’annonce du retrait de son groupe, des vidéos d’Evguéni Prigojine le montraient quittant sous les applaudissements la ville de Rostov dans un SUV noir. Il devait rejoindre la Biélorussie, conformément à l’accord conclu avec Loukachenko et Poutine. Ce dimanche 25 juin, on ignore toutefois où se trouve le tempétueux patron de Wagner.
Prigojine ne sera pas poursuivi pénalement, a promis le pouvoir russe. Ses combattants ne seront pas persécutés non plus. « Certains d’entre eux, s’ils le souhaitent, signeront des contrats avec le ministère de la Défense », s’est même engagé le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, sans donner plus de détails. La rébellion avortée de Wagner n’affectera « en aucun cas » l’intervention militaire russe en Ukraine, a-t-il ajouté au sortir des troubles.
• Les Ukrainiens se réjouissent
Pour les Ukrainiens, la rupture manifeste entre la puissante milice Wagner et le pouvoir russe est du pain bénit alors que Kiev vient de lancer sa contre-offensive. « Prigojine a humilié Poutine et l’État, et a montré qu’il n’y a plus de monopole de la violence » légitime en Russie, a raillé Mykhaïlo Podoliak sur Twitter avant la volte-face de Prigojine.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky y est également allé de sa boutade. Alors que Kiev annonçait de nouvelles avancées dans l’Est du pays, il a estimé que la rébellion de Wagner montrait que « les dirigeants russes n’ont aucun contrôle sur quoi que ce soit » et que Poutine, très apeuré, devait probablement « se cacher quelque part ». « La faiblesse de la Russie est évidente. Une faiblesse totale », a-t-il encore jugé dans un message sur les réseaux sociaux.
Après l’annonce du départ des troupes de Wagner, le chef de l’État ukrainien est allé encore plus loin : « Aujourd’hui, le monde a vu que les patrons de la Russie ne contrôlent rien. Rien du tout. Chaos complet. Absence totale de toute prévisibilité. Nous ne devons pas avoir peur. Nous savons ce qui nous protège. Notre unité. »
Il a d’ailleurs profité de ce message pour demander une nouvelle fois des armes à ses alliés. L’Ukraine protège l’Europe de la Russie, c’est pourquoi « il est temps de (lui) fournir toutes les armes nécessaires » dont les chasseurs F-16 et des missiles tactiques ATACMS d’une portée de 300 kilomètres, a-t-il déclaré. « La sécurité du flanc oriental de l’Europe ne dépend que de notre défense. »
Pour les Occidentaux, les conséquences seront durables
Les événements ont été suivis de près par les gouvernements occidentaux. Lors de consultations lancées à la hâte, mais pleines de prudence, le président américain Joe Biden s’est entretenu par téléphone de la situation en Russie avec ses homologues français Emmanuel Macron, allemand Olaf Scholz et britannique Rishi Sunak, selon la Maison Blanche. Les quatre dirigeants ont « affirmé leur soutien inébranlable à l’Ukraine », mais se sont gardés de commenter directement la rébellion armée en Russie.
Cette crise aussi extraordinaire que de courte durée ne sera toutefois pas sans conséquences pour Wagner et pour son chef, prédisent les analystes. « Il faut qu’il y en ait. Sinon le message est qu’une force militaire peut ouvertement défier l’État, et d’autres doivent comprendre que l’État russe a effectivement le monopole de la violence à l’intérieur du pays », a tweeté Samuel Bendett, chercheur au Center for Naval Analyses. Pour lui, il est en outre certain que Poutine ressort fragilisé de cette crise.
Le Kremlin a parallèlement mis en garde les pays occidentaux contre toute tentative de « profiter de la situation intérieure en Russie pour atteindre leurs objectifs russophobes ». La rébellion avortée de Wagner n’affectera « en aucun cas » l’offensive russe en Ukraine, a clamé son porte-parole dans la soirée.












