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Problématique de l’emploi des jeunes

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Dans son adresse à la Nation du lundi 3 avril 2023, veille de la commémoration du 63ème anniversaire de notre accession à la souveraineté internationale, le président de la République, son Excellence Macky Sall, s’est appesanti sur la lancinante question de l’emploi, de l’employabilité et de l’entreprenariat des jeunes.

Ce secteur crucial étant mon domaine d’intervention depuis décembre 2014, ne me laisse pas indifférent.

De Dakar à Matam, en passant par Saint-Louis, et aujourd’hui à Tambacounda et Kédougou, j’ai été à cheval entre le système administratif de gestion des questions de l’emploi et le contact direct avec la jeunesse. Cette importante frange de la société (65% de la population ont entre 18 et 35 ans) constituant l’énergie vivante d’une Nation qui se veut émergente.

Ainsi, nous félicitons le président de la République pour avoir consacré tout au long de son court et succinct discours de 15 mn, une bonne partie à la jeunesse.
«A vous les jeunes, je voudrais vous dire que je mesure pleinement vos rêves, vos aspirations et ambitions légitimes d’être utiles à vous-mêmes, à vos familles et à votre pays. Vous restez au cœur de mes préoccupations», dixit le Président, avant d’ajouter : «…Quant au programme Xëyu ndaw ñi, il a généré à ce jour 63 650 emplois sur les 65 000 prévus, alors que 14 150 jeunes débutants ont bénéficié de la Convention Etat-employeurs, sur l’objectif initial de 20 000…»

500 000 emplois créés en 6 ans entre 2013 et 2019
C’est déjà énorme comme efforts déployés ! En plus de 500 000 emplois créés en 6 ans entre 2013 et 2019 avant que la fameuse période du Covid ne freine les élans. Dans le même sillage, le gouvernement de l’Etat du Sénégal initie de débloquer, progressivement sur trois ans, la rondelette somme de quatre cent cinquante milliards (450 milliards) de nos francs ; des ressources qui serviront à financer le Programme d’urgence pour l’emploi et l’insertion socio-économique des jeunes, Xëyu ndaw ñi. Cette déclaration paraphrasée ici est issue du Conseil présidentiel du 22 avril 2021 à Diamniado dont les prémices ont été dévoilées le 3 avril 2021 à la veille de la Fête de l’indépendance, deux ans après, le président de la République himself nous fait un bilan reluisant.

Pourquoi autant d’amertume chez les jeunes ?
Mais la grande interrogation est de savoir qu’est-ce qui cloche, quelle problématique détecte-t-on sur la question. Pourquoi autant d’amertume chez les jeunes, autant de manifestations, de casses, etc., le taux de chômage actuel de 24.1% ne doit-il pas drastiquement baisser ? Autant de questions qui méritent réflexions et analyses objectives, profondes et sans complaisance. Je ne m’évertuerai pas à donner toutes les réponses à ces questions ou prétendre détenir la solution aux maux de cette vaillante jeunesse car comme nous le savons tous, le secteur de l’emploi et de l’entreprenariat est dynamique et très variable. Il peut varier selon le niveau d’employabilité des jeunes car comme on le dit dans le jargon, «les niches d’emplois existent mais les profils n’existent presque pas», selon la formation et la qualification, mais aussi selon les secteurs (formel et informel) ; compte non tenu du climat d’affaires qui prévaut au moment T et la capacité d’accueil des entreprises et sociétés qui accueillent ces diplômés de nos universités et écoles de formation.

200 000 nouveaux diplômés tapent à la porte de l’emploi
Chaque année, plus de 200 000 nouveaux diplômés tapent à la porte de l’emploi alors que la capacité d’absorption est seulement de 30%. Quelle solution pour les 70% restants ?

L’Etat du Sénégal a entrepris la très belle initiative de réorienter la formation des apprenants vers les filières scientifique et technique afin de désengorger nos écoles et universités des filières classiques des Lettres et sciences humaines, Droit, Langues, etc. Il s’y ajoute la création de l’Institut national du pétrole et du gaz (Inpg) qui fournit des formations certifiantes et propose des spécialisations dans les domaines du pétrole et du gaz.

Mais ma réponse à cette question est le constat du manque de synergie entre les structures qui interviennent dans ce secteur. L’Anpej, la Der/fj, le 3Fpt, pour ne citer que ceux-là, sont logés au Pôle Emploi Entreprenariat au sein des Sénégal Services de chaque département. Eux-mêmes manquent de fluidité car chacun d’entre eux détient sa propre base d’inscription et d’enrôlement des jeunes.

L’Anpej, défini par le pPrésident de la République comme étant la porte d’entrée, détient le Sime (Système d’information sur le marché de l’emploi). Une plateforme très fiable, à l’image de celle du Pôle Emploi de France, qui permet d’avoir une visibilité sur le parcours personnel et professionnel du demandeur d’emploi. Ainsi, à partir de cette plateforme, devraient s’ouvrir des passerelles pour toutes les autres structures de l’écosystème afin d’avoir définitivement un guichet unique pour l’emploi des jeunes. Cette simple action peine à se réaliser.

Près de 27 000 jeunes sont inscrits dans la plateforme de l’Anpej et ils attendent
Aujourd’hui, au moment où la Der/fj, guichet du financement, se glorifie d’avoir financé tous les projets d’autonomisation, il y a près de 27 000 jeunes entrepreneurs inscrits dans la plateforme de l’Anpej et qui attendent d’être accompagnés en formation et en financement de leurs activités. C’est paradoxal quand toutes les deux se disent structures de l’Etat au service de la jeunesse !!!
Pareil pour le programme Xëyu ndaw ñi où aucune direction et aucun ministère ne centralise les données, le ministère de l’Urbanisme, la Direction des eaux et forêts, l’Ucg, le Fera, etc., détiennent leurs quotas, comptent pour eux-mêmes et gèrent «leur» recrutement.

Par conséquent, chaque structure peut brandir ses chiffres et réalisations, mais ça ne reflète malheureusement aucun impact sur le terrain. Même les Agences régionales de développement (Ard) ont des difficultés pour compiler les données du nombre d’emplois créés dans les régions.

Au demeurant, nous avons fièrement bien accueilli la création du Conseil national pour l’insertion et l’emploi des jeunes (Cniej) qui impulse une nouvelle dynamique dans la prise en charge des questions majeures de la jeunesse, mais aussi et surtout qui se positionne comme instrument de coordination et de rationalisation des activités tout en assurant la synergie des interventions liées à l’employabilité des jeunes. Hélas ! le problème reste entier !

Enfin, je propose au président de la République de renforcer le dynamisme du Cniej en créant le poste de Secrétaire exécutif du conseil sous sa présidence. Je demande solennellement aux structures de financement, sous instruction du président de la République, de consulter la base de données de l’Anpej, première agence à avoir maillé le territoire national et dont les jeunes se sont très tôt approprié les offres et services. Ce qui lui permettrait de toucher la cible et de désengorger la base d’inscription.
Harouna Demba SECK
Sociologue, expert en gestion et management de projets

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