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Attaque en Russie: «Pour Moscou, l’Ukraine est un suspect évident et idéal»

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Attaque en Russie: «Pour Moscou, l’Ukraine est un suspect évident et idéal»

En Russie, le bilan de l’attaque revendiqué par le groupe État islamique s’élève à 115 morts et des dizaines de blessés. Il peut encore augmenter selon les autorités. En début de soirée ce 22 mars, des hommes armés se sont introduits dans une salle de concert située dans la banlieue de Moscou. Ils ont ouvert le feu avant qu’un incendie ne se propage sur près de 13 000 m². Le Kremlin annonce 11 arrestations, dont quatre assaillants présumés. Entretien avec Emilia Koustova, professeur d’histoire russe à l’Université de Strasbourg.

RFI : Ce samedi matin, aucun média russe évoque cette revendication du groupe État islamique, mais plutôt la piste de volontaires russes engagés aux côtés de l’Ukraine. Comment l’analysez-vous ?

Emilia Koustova : Quels que soient ses véritables auteurs, cette attaque va certainement être instrumentalisée par les autorités russes. Elle l’a déjà été dès les premières minutes hier soir [22 mars, NDLR]. Évidemment, l’Ukraine ou le corps volontaire de Russes qui se bat du côté des Ukrainiens, sont des suspects évidents et idéaux pour les autorités russes. Ça permettrait d’instrumentaliser l’acte terroriste pour mobiliser ou remobiliser la société russe contre l’Ukraine. Mais peut-être aussi chercher à influencer l’opinion publique internationale, pour fragiliser le soutien occidental à l’Ukraine.

La Russie, qui est déjà mobilisée à l’extérieur en Ukraine, est désormais visée à l’intérieur. Est-ce que cela montre une faille sécuritaire de la politique de Vladimir Poutine ?

Tout acte terroriste révèle en partie une faille. C’est d’autant plus frappant dans un État comme la Russie qui est un État policier, surveillé, où une inscription sur une étiquette dans un magasin ou bien un post sur un réseau social peut condamner à la prison. On a été frappé par des images que l’on a vues hier soir sur le lieu de la tragédie, alors que l’incendie continuait. Par exemple, dans un groupe de journalistes, l’un d’eux s’est fait violemment tabasser par un policier. On ne sait pas pourquoi. On s’aperçoit que la police russe est très bien entraînée pour tabasser, arrêter, suivre les opposants ou les journalistes. Elle se révèle beaucoup moins efficace contre les actes terroristes.

Quelle peut être la réaction du pouvoir russe face à cette attaque ?

Pour l’instant, Vladimir Poutine reste en retrait. On a eu tout de suite l’information comme quoi, il serait informé de ce qu’il se passe, mais il n’a pas voulu prendre la parole. Il a surtout laissé s’exprimer des personnages, qui sont pour certains importants, comme la porte-parole du ministère des Affaires étrangères russe, ou certains députés, sénateurs qui sont beaucoup moins centraux. Et ce sont ces personnes-là qui ont porté la thèse de l’implication ukrainienne, tandis que Poutine garde une distance. Ça a souvent été le cas face à toute tragédie de ce type, où il a surtout envoyé en première ligne son entourage, mais lui a toujours gardé cette distance pour ne pas être accusé directement de toute faille, de tout dysfonctionnement et pour pouvoir rester inatteignable par les critiques.

RFI

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