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Abdoulaye Wilane, porte-parole du Parti Socialiste : « L’agenda du Ps est fait de loyauté républicaine et de patience citoyenne »

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La récente réunion du Bureau politique, le bilan des locales, les législatives de juin prochain, les frustrations de certains cadres, les retrouvailles avec Khalifa Sall, la gestion du pays sont entre autres sujets abordés, dans cet entretien, par le Porte-parole du Parti socialiste. Abdoulaye Wilane, par ailleurs Président du Conseil départemental de Kaffrine, est formel : logique, intelligence et responsabilité recommandent les socialistes à incarner l’unité au sein de « Benno Bokk Yaakaar » (Bby).

Le Parti socialiste a tenu une session extraordinaire samedi dernier. Pouvez-vous revenir sur les principaux sujets débattus au cours de cette rencontre ?

Il s’agissait d’une réunion statutaire normale du Bureau politique (Bp) tel que programmé par nos statuts et règlements intérieurs. Nous n’avons pas tenu de réunions du Bureau politique depuis trois ans. Les raisons sont simples et compréhensibles. D’abord, il y a eu le rappel à Dieu brutal de notre regretté Secrétaire général Ousmane Tanor Dieng. Nous sommes restés un an observant ce deuil. Ensuite, la Covid-19 est arrivé, fin 2019. L’observance des règles de distanciation sociale ne permettait pas de tenir le Secrétariat exécutif dans sa forme habituelle. Et il a fallu qu’on s’adapte. Aminata Mbengue Ndiaye prenait régulièrement son téléphone pour consulter certains responsables. Des formules plus simples, plus souples ont été inventées pour reprendre les réunions et prendre des décisions au nom du Parti.

Ces précisions faites, que retenir de cette réunion du Bp ?

Les élections locales sont derrière nous. Les exécutifs élus ont fini d’être installés. Le contexte est donc favorable pour reprendre les réunions du Bp. C’est ainsi que samedi dernier, cette réunion a eu lieu à la Maison du parti. Elle devait être consacrée à l’évaluation des élections territoriales et à l’analyse de la situation économique et sociale nationale et internationale. Mais, l’ordre du jour a été réajusté pour permettre à certains de nos camarades de partager leurs préoccupations. Nous avons tenu donc une réunion du Bp élargie aux Secrétaires généraux de Coordination et à des délégations des mouvements affiliés. La démocratie a prévalu. Ainsi, 80 camarades avaient pris la parole. Des appréhensions ont été aussi dissipées. Et il a été retenu de mettre en place un comité de suivi qui aura pour tâche de définir les termes de référence d’un conclave qui réunira le parti et ses démembrements après les législatives de juillet 2022 ; ce qui ne change en rien notre détermination à aller, unis et solidaires, à ces élections dans le cadre de Bby. Cela veut dire que nous avons convenu de cheminer avec Bby, et nous assumons pleinement ce choix.

Le Ps est-il à l’aise au sein de Bby ?

Tant que ce pourquoi nous avons investi le Président Macky Sall est mis en œuvre, tant que nous avons des relations de confiance empreintes de loyauté, nous n’avons aucune raison de dire que nous ne sommes pas à l’aise dans « Benno ». Le Ps est membre fondateur de cette coalition. Et depuis lors, nous ne ménageons aucun effort, aucun sacrifice pour préserver l’offre politique incarnée à travers « Benno ». Aujourd’hui, l’action publique correspond à ce que le Ps veut pour le Sénégal. C’est ce qui nous maintient dans cette coalition.

Que dites-vous à vos camarades qui estiment que le Ps n’a rien gagné de son compagnonnage avec Macky Sall ?

Je les comprends. Ils ont le droit d’avoir cette position. Mais, l’auto flagellation ne servira à rien. Ces camarades doivent savoir qu’en matière de résilience politique, le Ps a une expérience de plus de 70 ans, marquée par des hauts et des bas de 2000 à nos jours. Ils n’ont pas à rougir, à avoir honte du sort qui est le nôtre actuellement. Et il suffit de nous comparer avec les autres formations politiques pour le savoir. Notre implication dans l’action publique et dans la marche du pays est remarquable. Il faut aussi dire que tout ce qui se fait dans ce pays se fait sur la base de nos acquis. Voilà 62 ans que le Sénégal est indépendant sans connaitre de coups d’État. Et cela, le pays le doit à ses premiers dirigeants. Nous, socialistes, devons en être fiers. C’est pourquoi d’ailleurs, plus que tous les autres, nous avons intérêt à ce que le Sénégal continue de rayonner, d’être une démocratie apaisée, respectée en Afrique et dans le monde.

Donc, pas de regrets pour le Ps dans ce compagnonnage ?

Comment voulez-vous qu’on regrette l’œuvre de construction nationale, le projet qu’on est en train de dérouler depuis 2012 ? Non, nous ne regretterons pas les choix faits, au contraire. Nous avons même réussi à mettre en place une coalition solide qui impressionne par sa capacité à résister aux soubresauts. Bby est, aujourd’hui, un exemple en Afrique et même dans le monde. Entre ce que l’on peut et ce que l’on veut, il vaut mieux se contenter de ce que l’on peut. Et sachant ce que l’on veut, il faut travailler chaque jour à obtenir cela en réunissant les conditions. Et c’est pourquoi je dois rassurer mes jeunes camarades qui sont nombreux à vouloir accéder à des postes de responsabilité dans le parti. Juste après les législatives et le séminaire interne, il sera question de reprendre en main la vente des cartes et le parachèvement du processus de renouvellement des instances de base et de direction. C’est seulement après ces opérations que nous irons au Congrès. Réfléchir en haute et intelligible voix sur la voie publique n’est pas un élément de stratégie et est contreproductif. Le statut de militant est la chose la plus difficile à avoir. Il est très facile d’être un leader, un cadre, mais il est extrêmement difficile d’être un militant discipliné et humble. Et puis, les hommes et les femmes qui se lamentent n’ont jamais fait l’histoire. En revanche, ceux qui discutent, s’accordent sur quelque chose et qui se donnent les moyens de le faire tout en sachant leurs limites, ce sont ces hommes et femmes-là qui marquent l’histoire et laissent des traces pour la postérité. On ne quémande pas une position, on la mérite.

Qu’est-ce qui, selon vous, peut donc expliquer la frustration de certains cadres socialistes ?

Ces cadres ont réfléchi en haute voix. Nous les avons compris. Nombreux sont ceux qui sont dans les instances du parti et qui ne pensent pas moins qu’eux. Pour preuve, le parti avait même déposé une double caution lors des locales après consultations de nos Unions régionales et des départements. Tout cela était fait pour leur donner une chance. Beaucoup pensaient être représentatifs, suffisamment forts, et sont partis à ces élections sous la bannière du Ps. Quelques-uns ont gagné, mais la grande majorité a mordu la poussière. Avec les listes parallèles tolérées par le Président Macky Sall et portées par des partis comme le nôtre, le résultat, c’est que « Benno » a fait battre « Benno » dans beaucoup de localités, même dans des endroits qu’on voulait absolument reconquérir, mais qu’on a perdu in fine. Quand on additionne les suffrages engrangés par les différentes composantes de Bby, on se rend compte que notre mouvance est majoritaire. Nous comprenons les raisons politiques objectives, subjectives ou crypto personnelles qui ont emmené ces camarades à parler en même temps qu’ils réfléchissaient. Mais, à chaque jour suffit sa peine. En politique comme dans la vie tout court, le seul moment qui porte, c’est le moment opportun. Et il y a une attitude à porter toujours, c’est l’adaptation.

Pensez-vous, comme beaucoup d’observateurs d’ailleurs, que ces législatives sont un piège pour votre majorité ?

Je ne sais pas si elles sont piégées, mais elles seront difficiles pour la mouvance. On a vu ce qui s’est passé lors des locales, avec des listes dissidentes partout. Le Sénégal est un pays avec un corporatisme à tout va. Toutes les catégories socioprofessionnelles pensent qu’ils doivent aller à ces élections pour une meilleure prise en charge de leurs préoccupations. Si on ajoute à cela l’activisme frelaté d’autres citoyens qui ont décidé de se présenter, tout cela rend difficile ces élections. Voilà pourquoi nous ne devons pas prendre le risque d’avoir une majorité en contradiction avec l’orientation et les politiques publiques mises en œuvre par le Président Macky Sall. Nous devons faire bloc, se concentrer sur l’essentiel qui est de maintenir la trajectoire du pays qui se développe avec de bons résultats dans tous les secteurs. Le Ter, le Brt, les aéroports et ponts à Dakar et à l’intérieur du pays prouvent que le Sénégal est sur la bonne voie. Un exemple à suivre en Afrique. Et il ne faut surtout pas qu’on s’amuse à interrompre ces progrès qui ont fini de changer le visage de notre pays.

Trouvez-vous pertinent le débat sur les retrouvailles de la grande famille socialiste ?

Ah oui, naturellement ! En politique, multiplication et addition restent les seules opérations à dérouler et à réussir. Il faut bannir la division et proscrire la soustraction. Le Ps est le seul parti qui a donné corps et réalité au débat interne et qui a un système d’organisation, un maillage du territoire et des réseaux dormants qui transcendent les clivages. Sous feu Tanor Dieng déjà, nous avions décidé de travailler résolument à la réunification de la famille socialiste. Une réunification ne laissant aucune entité, aucune identité et aucune sensibilité. Sans exclusive ni exclusion. Aujourd’hui, Aminata Mbengue Ndiaye est dans la même dynamique.

Des pourparlers allant dans ce sens ont-ils démarré ?

Nous sommes dans un pays de dialogue. Nous avons les mêmes familles, les mêmes autorités religieuses, les mêmes évènements sociaux, et donc, nous nous parlons directement ou indirectement. Ce n’est pas simplement une affaire de constellation issue de la roche mère. Les socio-démocrates, les socialistes, les hommes de gauche, la gauche plurielle et même nos amis écologistes sont tous concernés. Ma génération a l’obligation morale et le devoir impérieux de travailler à la réunification de cette famille socialiste parce qu’il n’y a que cela qui pourrait nous garantir le salut en termes d’offres sociétales.

Après les législatives, on file tout droit vers la présidentielle de 2024. Le Ps aura-t-il son candidat à cette élection ?

Les camarades qui le disent oublient que le Ps n’a jamais été pour une campagne électorale permanente. Je le rappelle, à chaque jour suffit sa peine. Ce qui nous préoccupe, nous du régime, c’est comment faire, que faire, avec qui le faire pour garantir au Sénégal une stabilité, afin que Macky Sall puisse avoir les coudées franches pour mener à bien son mandat. C’est cela l’attitude la plus intelligente. Maintenant, personne dans le Ps n’interdit à des camarades de se projeter et d’avoir des agendas. Toujours est-il que l’agenda du Ps est fait de loyauté républicaine et de patience citoyenne. Nous sommes dans Bby. Nous sommes avec le Président Macky Sall dont nous sommes fiers des réalisations, du bilan et du leadership. Mieux, nous apprécions les éléments caractéristiques du style de gouvernement du Chef de l’État. L’enjeu actuel pour la majorité, c’est de gagner largement les législatives de juillet prochain. Et à la fin du mandat actuel du Président Sall, nous évaluerons et nous étudierons ce qui est en devoir d’être fait.

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