La Société civile a demandé hier, la démission des présumés coupables de détournement des fonds Covid-19, lors du rassemblement qu’elle a tenu à la Place de la Nation, noire de monde. Elle a fait cette invite à la suite du rapport de la Cour des comptes transmis au Garde des sceaux, ministre de la Justice, lui demandant l’ouverture de douze informations judiciaires.
Par Amadou MBODJI – Il y avait foule à la Place de l’Obélisque, hier. Autorisé finalement par le Préfet de Dakar, le grand rassemblement de la Société civile, pour dénoncer les détournements présumés dans la gestion des fonds destinés à la lutte contre le Covid-19, s’est tenu hier après-midi à la Place de la Nation. Munis de pancartes, les membres de la Société civile, avec à sa tête Moundiaye Cissé de l’Ong 3D, ont demandé au ministre de la Justice de donner suite aux recommandations de la Cour des comptes, qui a demandé à ce qu’une information judiciaire soit ouverte par rapport au présumé détournement des fonds Covid-19. Ils exigent que soient démis de leurs fonctions les présumés coupables. «Aujourd’hui, il revient au ministre de la Justice de faire le nécessaire pour la suite de ce dossier. C’est la raison pour laquelle la Société civile réitère ses exigences : la démission de tous les mis en cause, ou à défaut, qu’ils soient démis de leur fonction, que tous les ministres cités, tous les fonctionnaires soient démis de leur fonction sans délai, le remboursement des montants détournés ou la confiscation des biens matériels ou fonciers des personnes indexées de ces détournements présumés et l’ouverture des douze informations judiciaires demandées par la Cour des comptes.» Exigeants dans leurs demandes, ils ajoutent : «Nous demandons la mise en place d’un Comité de suivi de ces recommandations, avec l’implication de la Société civile.»
Mimi et Guy deviennent inséparables
Président d’Afrikajom Center, Alioune Tine, passablement courroucé par les conclusions du rapport de la Cour, demande des comptes : «On ne peut pas vous confier nos biens publics, et vous en profitez pour les détourner. C’est inadmissible ! Justice doit être faite. Il n’y a pas de famille, ni de beau-frère, encore moins de frère, quiconque détourne les deniers publics doit rendre compte. C’est pourquoi je vous appelle à vous mobiliser davantage, surtout les jeunes. Nous devons nous mobiliser pour que chaque centime détourné soit restitué. J’appelle aussi la classe politique à se mobiliser pour que ceux qui vont prendre le pouvoir après, soient déterminés à rendre Justice pour tous les deniers publics détournés.»
Magor Dia dont l’enfant avait perdu la vie dans une crèche, dit avoir concentré toutes ses forces dans «le combat de la revalorisation de la petite enfance au Sénégal» depuis ce drame. «Le ministère de la Femme, de la famille et de la protection de l’enfant a été cité nommément dans le scandale révélé par la Cour des comptes. Cet argent pouvait être injecté dans la réglementation des structures d’accueil de la petite enfance, des crèches», soutient Magor Dia. En écho, Nina Penda Faye, membre de la Coordination des associations de presse (Cap), enchaîne : «Dénoncer ce qui fait mal nous réduit à la prison. Ceux qui devraient être en prison, ce sont ceux qui ont détourné notre argent.» Elle fait allusion à l’emprisonnement de Pape Alé Niang dont elle réclame la libération. «Nous demandons au gouvernement de se plier aux recommandations de la Cour des comptes. Tous les Sénégalais devraient se mettre debout pour que notre argent ne soit plus détourné. La place d’un journaliste, ce n’est pas dans une prison, la place du journaliste est dans une rédaction», ajoute Nina Penda Faye.
A l’Obélisque, il n’y avait pas que les membres de la Société civile. Les hommes politiques, comme Guy Marius Sagna et l’ancienne Première ministre, Mimi Touré, devenus inséparables, étaient aussi nombreux. Assis côte-à-côte, les deux députés, qui ont déposé une question d’actualité sur le rapport, réclament aussi des poursuites judiciaires pour élucider la gestion de cet argent. «Tous les Sénégalais, qu’ils s’intéressent à la politique ou pas, protestent vigoureusement concernant ce qui s’est passé avec ces fonds Covid. Au moment où les gens luttaient pour leur vie, certains mourraient, qu’il y ait une telle gestion calamiteuse de ce fonds révolte tout le monde. On est venus manifester avec tout le monde, avec les Sénégalais», expose Aminata Touré.
Il faut savoir que le Premier président de la Cour des comptes a saisi jeudi le ministère de la Justice, pour demander l’inculpation des personnes citées dans le rapport sur la gestion des fonds de lutte contre les effets du Covid. Cela va permettre à l’appareil judiciaire d’entrer en jeu, et d’entendre tous ceux qui sont impliqués. Le chef du gouvernement, qui a été chargé de gérer la suite du dossier par le Président Sall, entre en scène pour, de son côté aussi, tenter de désamorcer la bombe que constitue le rapport de la Cour des comptes sur la gestion des fonds de lutte contre les effets du Covid-19. Il commencera par recevoir la Société civile le mardi prochain, avant de continuer avec les partenaires techniques et financiers.
ambodji@lequotidien.sn












