L’Afrique se réunit, depuis hier à Dakar, pour parler de la question du financement des infrastructures sur le continent. L’Agence de développement de l’Union ufricaine (Auda-Nepad), la Commission de l’Union africaine et l’Etat du Sénégal ont convié à Dakar, la majorité des acteurs et opérateurs du monde des infrastructures pour voir comment assurer, de façon constante, la mise sur pied d’infrastructures de classe mondiale sur le continent, et au profit des populations. Les infrastructures sont courues avant toute chose pour leur usage utilitaire au plus grand nombre et surtout pour l’impact décisif qu’elles ont dans l’interconnexion du continent africain. Le Président rwandais, Paul Kagamé, ne s’y trompe pas en soutenant que les infrastructures en Afrique ont pour vocation de «créer la prospérité et des opportunités pour nos peuples». C’est dans une logique d’assurer un mieux-être des populations que toute «l’Afrique est en chantier», pour reprendre le mot du Président sénégalais Macky Sall, afin de donner des infrastructures commodes aux populations du continent. Le spectre des infrastructures courues par les Etats africains et leurs partenaires va de la réalisation d’infrastructures transfrontalières pour faciliter la mobilité, à l’amélioration de l’accès et la disponibilité des Tic, en passant par des projets dans l’énergie, la disponibilité de l’eau et l’assainissement. Il y a un déficit infrastructurel qui est noté sur le continent, il impose toute une dynamique proactive impliquant Etats, investisseurs privés et partenaires techniques pour combler le gap.
La rencontre de Dakar a permis d’adresser certaines des contraintes auxquelles l’Afrique fait face en cherchant à améliorer son plateau d’infrastructures. Les règles et pratiques de la gouvernance financière mondiale ont pu être indexées par bien des intervenants, expliquant le lourd tribut que verse l’Afrique pour s’offrir des infrastructures essentielles au progrès et à l’épanouissement de ses populations. Les conditions auxquelles les pays africains souscrivent aux financements et accèdent à des ressources pouvant leur permettre de conduire leurs projets d’infrastructures sont à déplorer, selon le Président Macky Sall. Cela, couplé au jeu des «notations abusives de certaines agences d’évaluation et surtout à la perception du risque d’investissement en Afrique, toujours plus élevé que le risque réel», a de quoi, d’après le président en exercice de l’Union africaine, plomber la marche du continent. On ne peut parler de financement du développement des infrastructures si les règles et mécanismes d’accès aux ressources obéissent à des logiques contraignantes. On ne peut espérer avoir une évolution constante du parc infrastructurel si des risques «politiques» sont utilisés, telle une épée de Damoclès pour retoquer tout projet dans des proportions osées.
Les chefs d’Etat du continent avaient adopté en février 2021, un plan d’actions au titre du Pida (Programme de développement de l’infrastructure en Afrique), incluant 69 projets prioritaires à réaliser d’ici 2030 dans un esprit de meilleure intégration du continent. Ces projets concernent des domaines comme les transports, l’énergie, les ressources en eau et les Tic, notamment dans les zones transfrontalières. On ne peut que souhaiter la meilleure disponibilité des ressources pour que les projets d’infrastructures qui connecteront le continent soient une réalité.
Les exemples de réalisations ne manquent pas, notamment dans les transports et la mobilité. Le pont de la Sénégambie à Farafenni, réalisé grâce à un prêt de la Banque africaine de développement (Bad) au Sénégal et à la Gambie, réceptionné en quatre ans pour répondre à une doléance vieille de 60 ans, est un atout pour les échanges et la mobilité entre deux pays africains dont les populations sont les premiers bénéficiaires. Une dynamique similaire est embrayée, selon le Président Macky Sall, pour la réalisation du pont de Rosso entre le Sénégal et la Mauritanie, s’inscrivant également dans un processus d’intégration africaine sur le plan routier, avec un corridor transfrontalier Tanger-Casablanca-Nouakchott-Dakar-Abidjan-Lagos.
Le temps reste le meilleur des juges pour tout le pari infrastructurel que tente de relever notre continent africain. Il ne suffit pas de sortir du Sénégal pour voir qu’un projet d’infrastructures comme le Train express régional (Ter) a été conspué et l’est encore, mais rien n’empêche aux trains de siffler et aux usagers de croquer sa valeur utilitaire à pleines dents chaque jour. On rêve de vivre le jour où les voies ferrées connecteront toute l’Afrique de l’Ouest dont le rapport annuel sur les «Tendances du financement des infrastructures» souligne qu’elle est la région qui investit le plus dans le développement de ses infrastructures. Les engagements financiers pour la réalisation des infrastructures en 2020 étaient à 81 milliards Usd dont 22,5 milliards étaient exclusivement investis dans notre sous-région ouest-africaine. Il n’est plus loin le jour où des réseaux de pipelines intégrés mailleront nos territoires pour permettre des échanges dans l’énergie, comme certaines régions le font déjà si bien dans la gestion de l’eau et l’énergie hydroélectrique. On rêve du jour où, pour voyager entre deux capitales africaines, il ne sera plus besoin de sortir du continent pour transiter par d’autres aéroports.
J’ai toujours sous les paupières un mot de l’homme d’affaires sud-africain Ramachandran «Ram» Ottapathu au magazine Forbes, quand il s’agit de parler du développement de notre continent : «l’Afrique est une addiction dont je ne voudrais pas que ma dépouille mortelle soit vidée», clamait-il en 2016. Son propos ne saurait être plus juste lorsqu’il est question d’évoquer les voies et moyens du continent qui a tout à offrir à l’humanité et dont le potentiel est sans limites.












