L’affaire opposant Souleymane Téliko à Madiambal Diagne a été jugée hier par la 3ème Chambre correctionnelle de la Cour d’appel de Dakar après plusieurs renvois. Si M. Diagne a assumé ses propos, l’affaire a été mise en délibéré jusqu’au 18 avril 2023. Et la défense espère une infirmation de la décision du juge de première instance, qui avait condamné l’Administrateur général du Groupe Avenir communication à 6 mois dont 3 ferme.
Par Justin GOMIS – Dans l’affaire Souleymane Téliko-Madiambal Diagne, le juge va donner son verdict le 18 avril prochain. Après plusieurs renvois, l’affaire a été traitée hier par la 3ème Chambre correctionnelle de la Cour d’appel de Dakar. Condamné en première instance à 6 mois de prison dont 3 ferme pour diffamation, Madiambal Diagne espère cette fois-ci une issue heureuse. A la barre, l’administrateur du Groupe Avenir Communication a confirmé ses déclarations tenues à la radio : «Je maintiens les propos tenus et j’en ai apporté la preuve.» M. Diagne a rappelé que Souleymane Téliko a été envoyé en mission au Tchad dans le cadre du procès de Hissein Habré et a perçu des frais de mission alors qu’il a été pris en charge par le gouvernement tchadien. Pour le nom de l’auteur du rapport, il réitère un lapsus : «J’ai dit à la radio Union européenne, mais c’est le rapport de l’Union africaine. C’était un lapsus. J’ai le rapport de l’Ua et le nom de Téliko figure dans ce rapport, de même que les montants qu’il doit rembourser. Et ce document dit qu’il a touché indûment des sommes et qu’il est en train de s’acquitter du paiement.» Mais, le juge a insisté sur la différence entre Union européenne et Union africaine. Et la réponse est aussi claire : «toutes ces deux entités ont participé à financer le procès Hissein Habré. Le rapport de l’Ua que j’ai produit dans le dossier dit qu’il a perçu indûment l’argent et qu’il est sommé de rembourser. Et il n’a commencé à rembourser que quand il a été sommé. Il a été au Tchad à plusieurs reprises. Et à chaque voyage, il a reçu des frais de mission. Il n’a jamais décidé de rembourser tant qu’on ne lui a pas demandé de le faire. Pourtant, il savait qu’il a été pris en charge», poursuit M. Diagne. Face au juge, Madiambal Diagne enchaîne : «Le ministre Sidiki Kaba a écrit une lettre pour dire que les sommes ont été indûment versées et il faut rembourser la moitié, à savoir 50 %. Ce que le juge a commencé à exécuter.» Interrogé sur les raisons qui l’ont poussé à faire cette sortie, Madiambal Diagne assure : «Je me suis érigé en défenseur du système judiciaire. Celui qui s’attaque à la Justice me trouvera sur son chemin. J’ai trouvé qu’il n’est pas de la posture du président de l’Ums de se prononcer de la sorte. J’ai dit que ce n’est pas à lui de stigmatiser les magistrats qui ont jugé l’affaire Khalifa Sall.» Pour lui, il n’a jamais eu l’intention «de nuire». Mais ne fait que «défendre» la Justice.
Par ailleurs, le journaliste n’a pas manqué de fustiger les mauvais traitements dont il a fait l’objet en première instance. «J’ai été traité de tous les noms d’oiseaux. J’ai été traité de violeur. Et j’ai demandé que cela soit mentionné dans le plumitif, mais ce n’est pas fait. Quand j’ai porté plainte contre Téliko pour ces accusations, on m’a dit que ces propos ne sont pas dans le plumitif. Est-ce que ce n’est pas retranché ?», s’est-il interrogé.
Me Abdou Dialy Kane : «Pour une Justice équitable, on doit mettre de côté le corporatisme et l’amitié»
Dans le même sillage, Me Abdou Dialy Kane, avocat de Madiambal Diagne, a surtout insisté sur la citation en soutenant que la poursuite est irrégulière. «On ne peut pas changer l’échelle des poursuites. Le juge Téliko devait poursuivre Madiambal Diagne pour complicité. Ce n’est pas parce que la partie civile est magistrat, qu’on doit tordre le cou à la loi. La poursuite est irrégulière», ajoute-t-il. Il rappelle qu’en matière de délits de presse, «c’est le directeur de publication qui est l’auteur principal». Alors que Me Baboucar Cissé a aussi demandé l’infirmation de la première décision. «C’est contre cette décision que nous demandons l’infirmation. Les nullités soulevées par mon confrère sont pertinentes.» Il poursuit la plaidoirie en saluant le courage de M. Diagne qui assume ses propos. Il dit : «Je ne ferai pas comme mon confrère. Je vais aller au fond. Mon client vous dit qu’il assume ses propos. C’est ça un homme. C’est ça être honnête. Il est bien vrai que ce qui a été à l’origine de ça, c’est une interview de Souleymane Téliko. C’est lui qui a été à l’origine. Au cours d’une émission, il a abordé l’affaire Khalifa Sall pour s’attaquer vertement à ses collègues. C’est le mot «déconvenue» qu’il a utilisé qui lui a valu sa condamnation.» «La symbolique de ce procès est qu’un justiciable simple peut gagner son procès face à un juge. Pour une Justice équitable dans cette affaire, on doit mettre de côté le corporatisme et l’amitié», ajoute Me Kane. Chez les avocats de Souleymane Téliko, la demande est restée la même : «nous vous demandons la confirmation de la première peine», demande Me Ousseynou Gaye. Me Abou Abel Daff souligne aussi que les exceptions soulevées sont irrecevables car elles ont été faites après les débats. «Ce n’est pas un rapport qui a été brandi ici, mais un procès-verbal de mission qui vous a été présenté», précise-t-il en plaidant la confirmation de la première peine. L’Avocat général s’en est rapporté à la décision du juge.
L’affaire opposant Madiambal Diagne à Souleymane Téliko est partie d’une émission sur la Rfm, le 29 mars 2021. Accusé d’avoir indûment perçu des frais de voyage dans le cadre du procès de l’ancien Président tchadien, Hissein Habré, devant les Chambres africaines extraordinaires, le juge Téliko a traîné le journaliste en Justice. Malgré les preuves apportées à la barre, le Tribunal a tranché en faveur du magistrat. Une décision que M. Diagne a estimée «injuste» dans la mesure où elle a été prise «sur la base de considérations extrajudiciaires». Après cette sentence, plusieurs organisations de défense des journalistes comme la Fondation des médias de l’Afrique de l’Ouest (Mfwa), l’Union de la presse francophone (Upf) ou Article 19 avaient dénoncé «des peines disproportionnées» et «rétrogrades».
Dans la foulée, Madiambal Diagne avait obtenu des autorisations de poursuite contre Téliko, qui avait tenu à la barre certains propos à son endroit. Alors que la Commission d’instruction avait décidé de fermer le dossier, la Cour suprême avait ordonné la poursuite de l’instruction de l’affaire après que le Parquet général a interjeté appel.
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