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Miro’Ouvert – Le patrimoine de son père en ruine : Alain Sembène : «C’est une honte pour mon père, c’est une honte pour le Sénégal»

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Cette année 2023 marque le centenaire de Ousmane Sembène. Célébré à travers le monde, son héritage est en déliquescence à Dakar, où il vécut à «Galle Ceddo», et à Ziguinchor, où il est né en 1923. Ses deux maisons sont totalement en ruine et son fils, Alain Sembène, présent à la 28e édition du Fespaco, ne cache pas sa «honte» et sa «fureur». Evoquant les archives de son père transférées à l’université d’Indiana, Alain Sembène révèle qu’il s’agit d’une décision prise par Sembène lui-même.

On rend hommage à votre père ici à Oua­gadougou. Qu’est-ce que cela vous fait ?
C’est la 2e fois qu’ils rendent hommage à mon père. Au moment de son décès, il y avait une statue et aussi une avenue Ousmane Sembène. Je me rappelle que le ministre de la Culture, Philippe Sawadogo, avait dit que l’Avenue Sembène commençait ici à Ouaga et allait jusqu’à la frontière du Ghana, et que Sembène ne pouvait pas être plus petit que ça. Donc, beaucoup d’émotion et je suis aussi étonné qu’ils lui rendent hommage encore. Chaque fois que je viens au Burkina Faso, j’ai le cœur très chaud. Ils ont beaucoup d’amour pour mon père, beaucoup d’affection et de respect. C’est vrai qu’il y a eu des hommages partout dans le monde, mais ici, c’est particulier et chaque fois, je suis étonné et content. Je pense que lui-même n’aurait pas imaginé un tel hommage. Je pense qu’il a prouvé qu’il était un Africain et pas juste un Sénégalais. Il ne faut pas oublier qu’il est né à Ziguinchor. Il est né en 1923 et il a toujours été un Africain, et c’est ce qu’on voit à travers son œuvre.

Il y a Galle Ceddo à Dakar et à Ziguinchor, sa maison natale. Toutes deux en ruine. Comment le fils de Sembène apprécie-t-il cette situation ?
Je vis très, très mal cette situation. Depuis son décès, je me bats pour que la maison devienne un espace culturel ou un musée. Je ne le cache pas, il y a des conflits au niveau de la famille. Je viens régulièrement au Sénégal et chaque fois que je veux dépatouiller la chose, on me dit demain. Mais je ne vais pas me décourager. Au mois de mai, je vais revenir et j’espère que je vais rencontrer le ministre de la Culture. J’ai écrit au gouvernement, mais je pense que cette situation est inacceptable. C’est une honte pour mon père, c’est une honte aussi pour le Sénégal. Parce qu’on ne peut pas avoir un homme aussi grand, qui soit célébré dans le monde entier, qui a mené le Sénégal au plus haut et qui, si aujourd’hui, on parle du Sénégal dans le cinéma, en Afrique et dans le monde, on ne peut pas ne pas parler de lui. Les Burkinabè l’ont compris. Je suis sûr que le Sénégal le comprendra. Je vais continuer et je ne vais jamais lâcher. Cette situation est inacceptable et je suis furieux. J’ai contacté le gouvernement plusieurs fois. Ils ne sont pas responsables, je ne dis pas ça, mais vraiment, ce n’est pas normal.

Qu’est-ce qui fait obstacle concrètement ?
Je ne veux pas rentrer dans les détails, mais disons que j’espère que ça va se résoudre.

Il y a aussi la question des archives de Sembène qui ont été cédées à l’Université d’Indiana. Une décision que la famille a prise ?
Non ! On dit que la famille a pris la décision, mais ce n’est pas vrai. C’est lui qui avait pris la décision et il avait même commencé, mais la mort est venue. Peu importe, je pense que c’est une très bonne décision. Parce que les archives sont disponibles au Sénégal. Il y aura un colloque à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, et les universitaires du monde entier travaillent ensemble, et ça permet de faire un pont. On va parler, se rencontrer et ça fait partie de l’œuvre de Sembène. C’est quelqu’un qui est unique. Je sais que comme on dit, c’était quelqu’un de pas facile, il était connu pour ça, mais son œuvre est extraordinaire et fait rentrer le Sénégal dans le monde du cinéma. Il permet à beaucoup de Sénégalais d’écrire, de se réaliser à travers ça. Et c’est comme ça qu’il faut voir Sembène, comme une personne d’ouverture. Aujourd’hui, le Burkina Faso a rendu hommage à Sembène mais aussi au Sénégal. Parce qu’on ne peut pas parler de Sembène sans parler du Sénégal. Quelque part, c’est une ouverture pour nous tous.

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