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Déesse Major, un retour

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En 2016, l’officine Jamra ainsi que les bigots d’un certain Comité pour la défense des valeurs morales (Cdvm) avaient violemment attaqué la chanteuse Déesse Major à la suite de la publication d’une vidéo jugée sexy sur le réseau social Snapchat. Outre les jugements de valeur sordides sur sa personne, ils avaient déposé plainte contre elle pour atteinte aux bonnes mœurs et attentat à la pudeur. L’artiste avait même été placée en garde à vue à la Sûreté urbaine de Dakar avant d’être élargie trois jours plus tard. Elle avait été humiliée par une cohorte de gens qui instrumentalisent la religion musulmane à des fins personnelles et en font un objet d’ascension sociale et d’existence dans l’espace public. Ce sont les mêmes qui avaient attaqué Ndèye Guèye, le Pr Oumar Sankharé, Tamsir Ndiaye Jupiter, Hela Ouardi, Rihanna et tous ceux dont ils jugent menaçant l’exercice de la liberté. Ils sont aux aguets, car l’islam est leur fonds de commerce et les polémiques stériles et ridicules le seul moyen pour encore exister.

Ce que je remarque aussi et qui m’inquiète, c’est que la clameur qui s’était levée dans les milieux néoconservateurs dans l’affaire Déesse Major ne s’est jamais depuis estompée. Les mêmes dans des structures qui depuis se sont multipliées, continuent à sévir au mépris des lois constitutionnelles qui consacrent la laïcité et des règles de civilité dans un pays démocratique. Ils ont acquis un poids considérable et même une respectabilité dans certaines franges du milieu politique et même dans la société. And Samm Jikko Yi, qui est une lointaine excroissance du Cdvm, nous interpelle nous les démocrates et républicains, qui pensons que la liberté est sacrée et que la Charia ne régit pas le fonctionnement ni de nos institutions ni de notre société.

Hélas, au lieu de marginaliser ces excités, une partie de la classe politique les utilise comme un moteur d’ascension. Une autre exprime une certaine peur à leur égard au regard de leur potentiel de nuisance. Je rappelle que plusieurs fois l’officine Jamra a décidé de régir le Code pénal sénégalais et de dire qui doit être arrêté ou pas selon des motifs islamistes. Et parfois ça a marché ; l’Etat a pu donner une suite favorable à leurs puériles et dangereuses requêtes. Ces intégristes sont pernicieux dans une société dans leur absence de limite.  Leur projet final est l’allégeance de la République au culte musulman. Et dans leur agenda, ils ne reculent devant aucun mensonge ni devant aucune manipulation pour arriver à leurs fins. Ils sentent que le climat est favorable avec la poussée du discours extrémiste sur fond de projet faussement patriotique. Ils prospèrent sur le lit du renoncement des républicains et des démocrates à défendre la sacralité de la patrie républicaine et les idées plurielles en démocratie.

J’ai adoré la phrase du journaliste Pape Samba Kane prononcée devant le Grand Jury de la Rfm : «Je suis un intégriste de la République.» Quand le gouvernement d’un pays laïc arrête une chanteuse pour une tenue jugée sexy sur dénonciation de Jamra, c’est que le mal est profond. Ces gens ne devraient pas être à ce point pris au sérieux dans la société. Aujourd’hui, ils se sont renforcés car les combats pour la République ont été abandonnés pendant trop longtemps dans notre pays. Ces gens ont pris une certaine ampleur et prospèrent grâce au discours répétitif et lassant sur la supposée menace homosexuelle.  Là encore le gouvernement a cédé et a rué dans les brancards pour se défendre d’accusations fantaisistes en renforçant une posture qui devait juste être dénoncée comme pas sérieuse et enfantine. Lors des élections locales et des Législatives de 2022, And Samm Jikko Yi a même donné une consigne de vote sur la base de l’engagement des listes à respecter une charte des valeurs morales. Et là, il faut saluer le courage et la responsabilité des responsables d’Aar Sénégal qui ont envoyé paître ces politiciens encagoulés. Les faits, quand on les observe minutieusement, montrent une alliance entre divers pans pour peser dans le débat public et faire avancer des causes rétrogrades. Tous ces groupuscules islamistes, conservateurs fascistes, complotistes et intégristes, se retrouvent de plus en plus autour d’un projet anti-républicain qui part à l’assaut du pouvoir pour faire disparaître la République, leur ennemi commun. En 2016, j’avais pris la défense de Déesse Major à travers une tribune dans Le Monde en dépit des suggestions de mes proches. Depuis, nous sommes devenus amis et nous nous parlons de temps en temps. Elle vit désormais à l’étranger, rallongeant la longue liste de nos talents partis «respirer» ailleurs et qui ont quitté un pays où de plus en plus des hordes haineuses de la liberté paradent sans honte et sans que cela ne choque grand monde.

J’ai parlé à mon amie Déesse Major au téléphone hier et j’ai été à nouveau touché par son courage et sa capacité de résilience pour rebondir et reprendre le fil de son art après six années de perturbation. Elle sort un single le 8 mars et un album en juin. J’ai hâte.
Par Hamidou ANNE
hamidou.anne@lequotidien.sn

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