Dans une collaboration sud-sud destinée à servir d’exemple, le producteur sénégalais, Souleymane Kébé, a permis d’injecter 100 millions de francs Cfa dans le film de la réalisatrice burkinabè, Apolline Traoré. «Sira» a obtenu l’Etalon d’argent de ce 28e Fespaco.
Vous êtes le coproducteur de Sira de Apolline Traoré qui est en compétition pour l’Etalon d’or du Yennenga. Comment êtes-vous arrivé dans ce projet ?
Apolline avait commencé à travailler sur le projet toute seule, puis elle s’est entourée de Denis Cougnaud. A un moment donné, c’était tout naturel de penser au Sénégal pour accompagner, parce qu’il y avait déjà un accord de coproduction avec le Burkina et on nous avait mis en rapport pour travailler sur des projets, ce qui n’était pas arrivé jusqu’à ce moment-là. Quand elle m’a contacté, j’ai lu le projet et ça m’a intéressé. Et l’idée aussi de participer à un projet de cette envergure, la possibilité de faire venir une équipe sénégalaise dans le projet, du matériel sénégalais et de l’argent, ça m’a encouragé à y aller. Du coup, c’était une vraie coproduction, pas vraiment sortir de l’argent, mais une équipe sénégalaise, du matériel sénégalais et même des comédiens sénégalais. C’était extraordinaire comme expérience.
Il y a eu un financement sénégalais sur ce projet ?
La convention de coproduction entre le Burkina et le Sénégal prône la réciprocité dans les financements. Vu que le Burkina a donné 100 millions de francs, le Sénégal a donné la même somme. Ce qui encouragera bientôt des projets sénégalais avec une coproduction burkinabè, à aller chercher de l’argent au Burkina avec de l’argent du Sénégal.
Comment s’est passé le tournage en Mauritanie ?
Le tournage était prévu au Burkina, mais avec le cotexte sécuritaire, le tournage a été délocalisé en Mauritanie et c’est pour ça que le Sénégal a pu vraiment aider. On a pu faire partir le matériel sereinement et une équipe. Les chefs de poste, on avait l’ingénieur son, Alioune Mbow, la scripte, Maty Ndiaye, l’assistant réalisateur, Mamadou Diallo, le Régisseur général, Ibou Coly, l’administrateur de production, Ibrahima Mbodji. Et on a pris du matériel avec deux fournisseurs sénégalais. Du coup, c’était vraiment extraordinaire comme échange.
Et cette forme de coopération est destinée à être reproduite, pourrait-on dire ?
Oui. Je pense qu’il faut encourager toutes les formes de coproduction. Ça encourage les sociétés africaines à travailler ensemble. Si le Mali, le Benin, le Togo, tous arrivent à faire un fonds, le Burkina et la Côte d’ivoire ont déjà des fonds, on pourrait monter des dossiers africains et on aura même plus besoin d’aller en Europe pour chercher de l’argent. Ce sera juste un choix, mais pas une obligation. Ça va impacter les récits, parce que là, vu que la génération de maintenant fait des récits autrement, c’est bien d’avoir des sources de financement qui viennent de l’Afrique et asseoir ces propos-là, être libre de les développer comme on le veut.
Sunuy Film et Astou Production ont réalisé pas mal de grands projets, quels sont les challenges aujourd’hui pour vous ?
C’est de continuer. C’est vrai que maintenant, on va être attendus puisqu’on a réussi cette année à avoir trois projets en compétition, Astel de Ramata Toulaye Sy en court métrage, Dent pour dent de Otis Ba en Perspectives et Sira pour l’Etalon d’or. Et on a un documentaire et une fiction au Yennenga Post Production qui ont gagné des prix (Goufde de Oumar Ba et Banel et Adama de Ramata Toulaye Sy). Cela montre que le travail est fait, les compétitions officielles, les projets à venir nous engagent à bien travailler, à être professionnels et aller plus loin pour les autres éditions. On a fait un travail de qualité et on espère gagner des prix pour tous ces projets. Mais il y a de bons films en compétition et l’essentiel, c’était aussi de venir ici et de montrer ce qu’on fait. Si on a des prix, on est contents, si on n’en a pas, alhamdoulilah.
Sira colle tellement au contexte d’insécurité qu’on pourrait parler d’opportunisme…
Le film sort maintenant, mais il a commencé en 2020, bien avant les problèmes. Il devait être tourné au Burkina. C’est aussi ça la force des cinéastes, c’est qu’ils sont un peu aussi des visionnaires. Et ce film qui précède les problèmes, tombe au moment où il y a les problèmes pour poser les bonnes questions. Donc ce n’est pas de l’opportunisme, mais plutôt une vision d’une réalisatrice qui a peut-être vu les choses arriver et qui a anticipé pour poser un débat sur la situation dans son pays et dans le Sahel en général.
Propos recueillis par Mame Woury THIOUBOU
(mamewoury@lequotidien.sn)












