Ousmane Sonko et un de ses avocats, Me Ciré Clédor Ly, sont arrivés au Tribunal hier, après avoir été malmenés par les Forces de l’ordre. Ce qui les a amenés à être examinés par le corps médical qui constatera leur incapacité à assister au procès d’hier contre Mame Mbaye Niang.
Ça devient une habitude ! Quand Ousmane Sonko va au Tribunal ou vient de là-bas, il emprunte le véhicule des Forces de l’ordre. L’exception a confirmé la règle hier. Le leader des Patriotes, convoqué pour apporter les preuves d’un détournement de fonds dont il accuse Mame Mbaye Niang sur l’affaire Prodac, Ousmane Sonko a ressassé «la présence de milices et nervis sur la Corniche». Par conséquent, le Patriote en chef n’a pas voulu passer par la Corniche. Faut-il le préciser, le maire de Ziguinchor, qui avait appelé ses partisans à la veille de son procès à l’accompagner au Tribunal, était à la tête d’un important convoi. Qui est parti de la Cité Keur Gorgui pour gagner le Temple de Thémis. Etant donné que les «milices et nervis» étaient sur la Corniche, Ousmane Sonko a voulu passer par l’avenue Cheikh Anta Diop, confirmant ainsi ses propos lors du giga meeting organisé au terrain Acapes des Parcelles Assainies en ces termes : «Personne ne va me choisir un itinéraire. Je passerai là ou je veux.»
Au rond-point Stèle Mermoz, le convoi de Sonko a voulu emprunter la route qui mène vers l’Ecole normale supérieure. C’est alors qu’il se fait stopper par les Forces de l’ordre. L’histoire se répète ! Mais cette fois, à la différence de mars 2021, les policiers l’encerclent. Sa garde rapprochée tente de freiner l’avancée des policiers en formant un bouclier humain. Mais c’est peine perdue. Ousmane Sonko est extirpé. Ses gardes du corps ont réussi à le mettre dans une autre voiture qui a tenté de retourner à la Cité Keur Gorgui, mais sans succès. Le gaz lacrymogène aidant, les Forces de l’ordre ont malmené Sonko avec une brutalité sans commune mesure et l’ont mis dans leur voiture, direction le Tribunal de Dakar. Naturellement, ses partisans ont essayé d’opposer une résistance, mais le rapport de force étant déséquilibré, ils ont fini par plier.
Me Ciré Clédor «aveuglé» par les lacrymogènes
Me Ciré Clédor Ly est arrivé hier au Tribunal de Dakar comme un mendiant en quête de pitance. L’avocat de Ousmane Sonko, qui ne pouvait pas marcher de lui-même, a été tenu par la main par ses confrères. Avec les yeux larmoyants et enflés par les effets de la fumée des lacrymogènes lancés par les Forces de l’ordre quand Ousmane Sonko voulait changer d’itinéraire pour passer par l’Université, l’avocat n’arrivait pas à voir où il marchait.
Avec sa main droite, la robe noire tâtait le vide pour se rassurer qu’il ne heurterait pas d’obstacle. «Il ne voit pas», a dit Me Adama Fall aux gendarmes préposés à la sécurité devant la porte d’entrée de la salle 3. Mais, grâce à l’appui de ses confrères, il va accéder à la salle d’audiences. Il a été, après avoir montré son incapacité à assister à l’audience, évacué sur civière par les sapeurs-pompiers.
C’est aussi dans des conditions similaires que le député de Yewwi askan wi, Guy Marius Sagna, est arrivé quelques minutes après au Palais de justice de Dakar. Epaulé par un élément de la garde rapprochée de Sonko, Guy Marius, boitillant, est arrivé sur les lieux les yeux larmoyants et ses habits déchirés.
Le leader du parti Pastef, escorté par son pool d’avocats, est arrivé au Tribunal à 11h 18. Mais sur son ensemble traditionnel marocain de couleur blanche, des taches jaunes étaient bien visibles. Toutefois, Ousmane Sonko, coiffé d’un bonnet traditionnel et portant des baskets de couleur marron, ne présentait pas à son arrivée à l’audience, des yeux affectés par la fumée des lacrymogènes. Mais, des rumeurs laissent entendre que les taches jaunes notées sur son boubou blanc sont le fruit d’un liquide que leur ont versé les Forces de l’ordre lors de sa conduite au Palais de justice.
«Nous informons, en prenant l’opinion nationale et internationale à témoin, qu’un individu habillé aux uniformes de la Brigade d’intervention polyvalente (Bip) a aspergé d’une substance inconnue le président Ousmane Sonko. Le président se fait consulter dans un bureau du Palais de justice, après un malaise au Tribunal», a écrit El Hadji Malick Ndiaye, le chargé de la communication du parti Pastef, sur sa page Facebook.
A peine entré dans la salle d’audiences, le leader du parti Pastef est vite ressorti. Il a été appelé par Me Ndoumbé Wane, qui fait partie de ses avocats, pour certainement parfaire leur stratégie. Mais cette concertation n’aura pas lieu, car Ousmane Sonko a été aussi invité par les gendarmes à rejoindre l’intérieur de la salle d’audiences où se tenait le seul procès.












