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Enquête – Différend Université Iba Der Thiam-mairie de la Ville de Thiès : Les fondements d’un conflit foncier

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Depuis des mois, un conflit portant sur un site affecté à l’université Iba Der Thiam de Thiès oppose la communauté universitaire à la mairie de cette ville. Le Quotidien a fouillé le dossier afin de comprendre les tenants et aboutissants de cette affaire

Par Cheikh Camara – Macky Sall a inauguré le 15 février, le campus pédagogique de l’Université Iba Der Thiam de Thiès d’un coût global de plus de 6 milliards de francs Cfa.
Il est composé de : 3 blocs administratifs, un Rectorat, 3 amphithéâtres d’une capacité de 350 places chacun, 3 blocs pédagogiques, 24 salles de cours, 4 salles multimédias, une bibliothèque universitaire, un bloc de 25 laboratoires pédagogiques et une station d’épuration des eaux usées. Durant son séjour à Thiès lors du Conseil des ministres décentralisé, il a sans doute dû se pencher sur la question du patrimoine de l’Uidt. La décision prise par le maire de Thiès de récupérer l’Auberge des jeunes, l’une des infrastructures affectées par l’Etat du Sénégal à l’université Iba Der Thiam, a provoqué la colère de la communauté éducative et estudiantine. Depuis des mois, les deux entités s’opposent sur cette question. Il faut rappeler que dès sa création par la loi n°2005-04 du 11 janvier 2005, l’université Iba Der Thiam de Thiès a été confrontée à des difficultés liées au déficit criard d’infrastructures, aussi bien pour la pédagogie que pour la gestion administrative. Ce qui a entraîné une situation d’instabilité quasi permanente. C’est ainsi que l’Etat du Sénégal, constatant les difficultés que traverse l’institution universitaire pour offrir des enseignements de qualité, et conscient du fait qu’elle ne pouvait pas faire face aux nombreuses sollicitations, malgré la multitude de maisons louées pour servir de locaux pédagogiques et administratifs, a décidé de lui affecter certaines infrastructures (Hôtel du Rail, Auberge des jeunes, Palais des congrès), pour l’accompagner dans sa montée en puissance.
Prenant en compte ce décret, la communauté universitaire estime que la décision prise par le maire Babacar Diop est illégale. «Grande donc a été notre surprise lorsque le maire de Thiès, Dr Babacar Diop, par un courrier en date du 23 mai 2022 adressé à la Rectrice de l’université Iba Der Thiam de Thiès, Pr Ramatoulaye Diagne Mbengue, a exprimé sa volonté de récupérer l’Auberge des jeunes, une des d’infrastructures affectées à l’Université de Thiès par l’Etat du Sénégal», s’est offusqué le président du Comité ad-hoc de gestion de crise pour la défense du patrimoine de l’Uidt, M. Ndiaga Diagne. Il rappelle également que «le président de la République, par décret n°2003-644 du 28 juillet 2003, contresigné par M. Idrissa Seck, alors Premier ministre et maire de la Ville de Thiès, a désaffecté, pour cause d’utilité publique, certains sites de Thiès dont celui de l’ancien Cinéma Amitié qui abrite aujourd’hui l’Auditorium et l’Auberge des jeunes». Toutes ces mesures ont été prises suite aux grèves et marches des étudiants pour réclamer des infrastructures pour l’université.
Ainsi, le Premier ministre de l’époque, par lettre d’affectation n°00759Pm/Cab/Ct/Ehk du 29 avril 2011, a informé le ministre d’Etat, ministre de l’Habitat, de la construction et de l’hydraulique, de la décision du président de la République d’autoriser la reprise des travaux pour l’Hôtel du Rail et l’Auberge des jeunes de Thiès, afin de remédier au déficit en infrastructures d’accueil de l’Université de Thiès. Depuis cette date, ces locaux ont été affectés à l’université. C’est ainsi qu’après la réhabilitation de ces sites, à coup de milliards F Cfa par l’Etat du Sénégal, l’Auberge des jeunes a accueilli plusieurs directions et services. Aussi, l’Auditorium (Palais des congrès) a hébergé des structures. Quant à l’Hôtel du Rail, il sert actuellement de campus social et accueille près de 600 étudiants. Le bâtiment dénommé Auberge des jeunes a ensuite été libéré pour réhabilitation suite à des fissures sérieuses remarquées à certains niveaux. En outre, l’Etat a initié en 2020, un programme de réhabilitation du bâtiment suite à un appel d’offres. C’est le Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation (Mesri), par le biais de la Dmcees, qui assure le pilotage de ces travaux qui sont en cours. Concernant le site de 52 hectares que l’Armée a mis à la disposition de l’Uidt au niveau de la Voie de contournement nord (Vcn), l’Etat du Sénégal y a entrepris le projet d’extension de l’Université de Thiès afin d’y accueillir un certain nombre de services. Cela ne suffira pas pour optimiser les capacités de l’Uidt. «Même avec la livraison des infrastructures sur les 52 ha de la Vcn avec 1560 places pédagogiques disponibles, l’Uidt, qui était à moins de 3000 étudiants au démarrage des chantiers dimensionnés en 2015, va être confrontée à d’énormes difficultés pour dispenser des enseignements de qualité à près de 10 000 étudiants attendus pour l’année académique 2022-2023», explique Le président du Comité ad-hoc de gestion de crise pour la défense du patrimoine de l’Uidt.
Le site a été affecté à l’Uidt par décret
Revenant sur «l’impact socio-économique de l’université dans la région de Thiès», M. Diagne estime qu’il «est sans commune mesure face à la tentative de diabolisation par le maire et ses alliés, à l’aide d’une campagne de matraquage médiatique fondée sur du faux». Selon lui, «à travers sa mission de service à la communauté, l’Uidt a mené beaucoup d’activités très utiles aux populations telles que les consultations médicales gratuites, l’aménagement urbain et cadastral, les formations, etc.». Ndiaga Diagne insiste aussi sur «les performances de l’Université de Thiès qui nous ont valu un réseau de partenariat  riche et dynamique». Il en veut pour preuve, la récente visite de travail de l’ambassadeur de France au Sénégal, venu découvrir le Centre de recherche et les laboratoires de l’Ufr des sciences de la santé. Des performances remarquables qui cachent une autre réalité : les conditions de travail du personnel. D’après M. Diagne, plusieurs directions et services n’ont pas de bureau (les trois vice-recteurs, la cellule interne d’assurance qualité, Cdp, etc.)». La communauté universitaire trouve «malheureux» le fait que «l’actuel maire, universitaire de surcroît et connaissant les réalités des universités, cherche à dépouiller l’Université de Thiès de son patrimoine jugé très insuffisant». Surtout, ajoute le président du Comité ad-hoc de gestion de crise pour la défense du patrimoine de l’Uidt, «dans un contexte où l’Etat fait d’énormes efforts pour garantir le droit à l’enseignement supérieur à tous les bacheliers sénégalais». Cette communauté universitaire se demande comment ne pas comprendre «que l’université, qui façonne le capital humain et produit les savoirs et savoir-faire indispensables au développement, ait un patrimoine national qu’il faut préserver et renforcer pour un meilleur devenir de la Nation».
Le comité rejette le droit de propriété brandi par la mairie
Le droit de propriété brandi par la mairie de Thiès a été également rejeté par la communauté universitaire. Concernant le droit de propriété du Tf 6000 Th, la mairie a écrit dans son communiqué, l’avoir acquis de la Sidec en 2002 et qu’il lui a été affecté par l’arrêté n°297 du 27 novembre 2014. Cependant, tient à préciser M. Ndiaga Diagne : «A cette date soi-disant d’acquisition de 2014 par la mairie, l’Université de Thiès s’y était déjà bien installée après un lourd investissement de l’Etat, s’il s’agit bien du site de l’ancien Cinéma Amitié (actuel Auberge des jeunes et Auditorium) qui a été déclaré d’utilité publique par décret n°2003-644 du 28 juillet 2003 qui en prononce la requalification et par la suite, affecté en 2010 à l’Université de Thiès sur instruction du président de la République.» Dans ce sillage, il fait remarquer que, «de par la hiérarchie des normes, un arrêté ne peut pas abroger un décret». De ce fait, souligne M. Diagne, «l’arrêté n°297 du 27 novembre 2014 ne peut en aucun cas prévaloir sur le décret n°2003-644 du 28 juillet 2003, qui déclare d’utilité publique le site de l’ancien Cinéma Amitié (actuel Auberge des jeunes et Auditorium)». Partant, il considère «nul l’état de droit réel brandi par la mairie, relatif au Tf 6000 Th affecté par l’arrêté n°297 du 27 novembre 2014». D’ailleurs, M. Diagne estime qu’«une enquête devrait même être menée pour comprendre les tenants de ce titre, s’il s’agit bien du site de l’ancien Cinéma Amitié».
Comment comprendre alors que l’Uidt, installée depuis très longtemps sur ce site avec tous les documents d’affectation, puisse voir les décisions de l’Etat remises en cause ? Pour le président du Comité ad-hoc de gestion de crise pour la défense du patrimoine de l’Uidt, il faut retenir que «contrairement aux fausses informations diffusées à travers une campagne de médiatisation orchestrée par le maire de Thiès», «la mairie de la ville n’a jamais prêté les bâtiments dénommés Auberge des jeunes et Auditorium». A l’en croire, «c’est plutôt l’université qui, à plusieurs reprises, a mis gracieusement l’Auditorium à la disposition de la ville suite à sa demande».
Par ailleurs, la communauté universitaire déplore certains actes posés par la mairie de Thiès. En effet, il a été constaté que «le maire, accompagné de ses collaborateurs, a tenté à plusieurs reprises d’arrêter les travaux de réhabilitation de l’Auberge des jeunes, engagés par l’Etat, en usant de la force». Mais, révèle notre interlocuteur, il s’est heurté à la détermination et au professionnalisme des agents de sécurité de l’université. Et d’ajouter : «En tant qu’universitaire, il ne peut ignorer qu’en agissant de la sorte, il viole les franchises universitaires et s’expose aux sanctions prévues par la loi.» Poursuivant ses propos sur les actes posés par le maire, il révèle qu’il «a servi une sommation par voie d’huissier à l’université pour l’inviter à quitter les locaux dénommés Auberge des jeunes, et a même saisi la Dscos pour tenter de faire arrêter les travaux de réhabilitation». Malgré tous ces problèmes, le Comité ad-hoc de gestion de crise pour la défense du patrimoine de l’Uidt est «heureux» de constater qu’en «réponse aux actes posés par le maire de Thiès, l’université n’est pas dans une logique de confrontation avec la ville». «Elle reste un partenaire et continuera de mener des activités pour le bien-être des Thiessois», ajoute-t-il. En tout état de cause, la communauté universitaire de Thiès, au regard des difficultés évoquées, réitère son «engagement et sa farouche détermination» à sauvegarder son patrimoine et se tient prête à user de tous «les moyens légaux en sa possession pour ne pas se faire déposséder illégalement de ses biens».
Correspondant

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