Le Tribunal a tranché. Ousmane Sonko est condamné à deux mois de prison avec sursis et une amende de 200 millions de francs. Un verdict qui est loin de faire l’unanimité chez les étudiants rencontrés à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. Au campus, chacun y va de son commentaire.
Par Alpha SYLLA – Après les affrontements ayant opposé policiers et étudiants la veille du procès Mame Mbaye Niang contre Ousmane Sonko, l’université Cheikh Anta Diop a retrouvé son calme habituel. En ce début d’après-midi du jeudi 30 mars, c’est un calme total qui règne dans le temple du savoir. Cette sérénité est, en partie, engendrée par la décision des autorités universitaires d’envoyer les étudiants en vacances. Dans les allées habituellement bourrées de monde, l’on ne voyait que quelques rares étudiants entrant ou sortant des résidences. Certains rejoignent les bancs et places publics, tandis que d’autres se rendaient sur les campus pédagogiques.
Au jardin du Pavillon B, un groupe d’étudiants palabrent sans arrêt après avoir appris l’information. La condamnation de Sonko est sur toutes les lèvres. Etudiants et travailleurs au sein du campus débattent dans tous les coins et recoins. Même si certains sont beaucoup plus prompts à parler que d’autres. Assis sur le gazon du jardin, un groupe d’étudiants interprètent le verdict du Tribunal qui a condamné Ousmane Sonko à deux (2) mois de prison avec sursis et une somme de 200 000 000 francs Cfa de dommages et intérêts. D’un ton ferme, Doudou Mbaye affirme : «tout le monde sait que cette décision est injuste. Ousmane Sonko est un honnête citoyen. Il ne ment jamais. C’est Mame Mbaye Niang qui est le voleur», estime-t-il sous le regard attentif et complice de ses camarades. Selon ces étudiants, tout était calculé et scellé à l’avance. Il ne restait que des formalités.
Trouvé devant une cantine de la Zone A, Amadou Dia, qui dit faire partie des manifestants qui faisaient face aux Forces de l’ordre la veille de la convocation de Ousmane Sonko, estime que le pouvoir a échoué dans «sa tentative de liquidation» de Ousmane Sonko. Il affirme : «tout le monde sait que ce n’est pas normal ce que l’on vient d’apprendre. C’est un acharnement sur un opposant et candidat sérieux à la prochaine présidentielle», déclare-t-il dans un français mélangé à du wolof. La vingtaine révolue, l’étudiant se console tout de même de la clémence du juge. «La bonne nouvelle, c’est que Ousmane Sonko pourra se présenter en 2024. Deux cents millions francs, ce n’est rien pour les Pastefiens.»
Trouvé au Pavillon T, Assane Ba, étudiant en histoire, estime que le déficit de preuve a été l’élément fatal pour le leader du parti Pastef. «Le juge a rejeté beaucoup d’éléments qui pouvaient concourir en faveur de Sonko. Bamba Fall a affirmé que Mame Mbaye Niang a volé 29 milliards. Yankoba Diatara a tenu le même discours avant qu’il ne rejoigne le camp du pouvoir. Même chose avec l’actuel Premier ministre. Maintenant, du moment que l’on a mis de côté tous ces éléments, Sonko se retrouve sans preuve. Sa condamnation était évidente», affirme-t-il. Avant d’ajouter : «Sonko est condamné parce qu’il est dans l’opposition. S’il était dans le pouvoir, il ne serait pas inquiété par la Justice.»
La condamnation de Ousmane Sonko ne laisse pas de marbre Amadou Watt. L’étudiant en journalisme pense qu’écoper d’une peine de 2 mois avec sursis est le meilleur verdict qu’on puisse espérer dans une affaire de diffamation.
«Sincèrement, je pensais que ça allait être compliqué pour Sonko. L’affirmation d’une Justice à deux poids, deux mesures, qu’il criait sur tous les toits, ne tient donc pas. La Justice a montré encore une fois qu’elle est indépendante et n’est pas sous l’emprise de l’Etat. Il n’y avait donc aucune machination politique, aucune envie de l’empêcher de se présenter en 2024. Si tel avait été le cas, ç’allait être pire. C’est un verdict clément, je trouve», commente-t-il.











