Le sémillant anthropologue, Abdou Ndukur Kacc Ndao, que je suis toujours avec grand plaisir durant ses pérégrinations dans la verte Casamance, a partagé sur Internet quelques photos du défilé du 4 Avril à Oussouye sous l’autorité conjointe du Préfet de département et du commandant du secteur 51. J’y ai vu nos soldats en première ligne, conformément à notre tradition républicaine. J’ai aussi eu la joie d’apercevoir des civils, hommes et femmes, marcher fièrement en commémorant notre accession à la souveraineté internationale. Les images qui m’ont le plus touché sont celles des jeunes garçons et jeunes filles foulant l’asphalte, buste droit, port altier, allure ferme et résolue. Comme dans tous les défilés sur toute l’étendue du territoire, il y avait à Oussouye la fierté d’être sénégalais et la volonté de célébrer notre fête nationale dans la ferveur et l’unité.
Ce défilé où on aperçoit Sa majesté Sibilumbaye Diédhiou, souverain respecté d’Oussouye et figure morale, a aussi mobilisé la Cour royale en Basse-Casamance dont on connaît l’attachement à nos traditions républicaines et la contribution significative pour le retour de la paix définitive dans la région.
Le 4 Avril est d’abord une fête de l’Armée, qui assure la défense nationale, préserve notre intégrité territoriale et contribue de manière significative à maintenir nos traditions républicaines au service d’un Etat unitaire dans une Nation plurielle. C’est cette armée qui combat depuis 40 ans en Casamance contre un mouvement irrédentiste dont l’ambition clamée est la partition de notre pays. Du sang a coulé en Casamance depuis toutes ces années, des larmes aussi et des haines et des rancœurs ont surgi du fond des cœurs martyrisés. Nos soldats sont tombés sur le champ d’honneur en défense de la Patrie républicaine, mais le Mfdc ne peut revendiquer un centimètre carré de territoire conquis et arraché à la Nation. Ce défilé d’Oussouye, celui de Ziguinchor, comme celui encore plus modeste de Cabrousse ont fait flotter le drapeau national partout en Casamance pour matérialiser la promesse selon laquelle le Sénégal est un et indivisible. Ces parades, en communion entre l’Armée et les civils, prouvent qu’en Casamance, il y a un attachement viscéral à la Patrie républicaine malgré les armes qui continuent à crépiter de manière sporadique. Ces défilés sont la réponse la plus éloquente aux velléités des jeunes encore terrés dans le maquis, à la solde de vieux chefs de guerre peu scrupuleux, qui s’adonnent plutôt à des pratiques crapuleuses mais ne poursuivent plus aucun objectif politique. Les enfants qui ont marché à Oussouye sont l’avenir de la Nation tout entière. Ils seront une génération dépouillée de la peur de perdre leur vie en marchant sur une mine. Ils seront la génération qui bénéficiera des efforts colossaux de l’Etat en vue de désenclaver la Casamance. Ils seront la génération de l’embellie économique de la région grâce aux investissements publics et privés qui vont créer des emplois et œuvrer à réduire la fracture sociale entre Dakar et le reste du Sénégal. Ils seront la génération de la paix et de la démocratie, qui confère le pouvoir politique à l’issue d’élections libres, démocratiques et transparentes et non par le biais d’entreprises séditieuses ou de menaces de déstabilisation des institutions républicaines. Ces garçons et filles sont les dépositaires du legs de générations de Sénégalais qui, malgré les différences de sensibilité politique et idéologique, ont chacune commémoré la date du 4 Avril, car la République est au-dessus des contingences partisanes. François Mitterrand disait : «La mémoire des morts préside à l’action des vivants.» C’est en héritiers dignes des traditions d’hier que nous devons agir pour maintenir la flamme vive de la Nation.
Il est regrettable que désormais la mystique républicaine fasse à ce point défaut à un grand nombre de responsables politiques et d’acteurs du débat public. Car leur attitude avilit la République et lui enlève une substance. Le 4 Avril est une date qui unit et non un lieu de division. On y sacralise la Nation et à ce titre les postures et les manœuvres puériles n’y ont pas leur place. Car la République ce sont certes des pratiques et des formes mais c’est avant tout une âme qui élève et un profond désir d’humanité. Et cette année, le 4 Avril était propice à l’élévation spirituelle de tous les fils de cette Nation imbibée par la foi. Nous avons célébré la fête nationale en temps de Ramadan et durant la Semaine sainte marquant la fin du Carême et conduisant à Pâques. Les croyants, chrétiens et musulmans, dans la ferveur et la rigueur de leur foi, ont célébré le 4 Avril, montrant ainsi que, contrairement à d’autres cieux, ici la religion est soluble dans la République et vice-versa.
Ce syncrétisme illustre ce que le nom Sénégal veut dire.
PS : Les cris maléfiques de nos plus redoutables ennemis agressent le ciel de la pensée libératrice. Leurs assauts sentent le soufre et écorchent les corps des militants du progrès social. La nuit s’annonce longue, elle est sombre comme le matin est fade. Seuls des rugissements des preux camarades feront sortir de la torpeur ce pays dont des hordes veulent réduire au silence les voix lumineuses. Ibrahima Sène était l’âme de la résistance. Il était une voix belle et précieuse, qui refusait de céder à l’injonction du silence par l’arme de la tyrannie. Ibrahima Sène était un penseur courageux et fécond ; un homme dont l’exquise courtoisie s’alliait à l’ardeur militante. Il était un modèle de fidélité au parti et à la doctrine marxiste dont l’essence est de libérer les nôtres des cachots du désespoir. Ici, ils se nomment impérialisme et populisme, dans une sinistre rime. Le camarade Ibrahima Sène se repose après une vie utile, faite de sacrifices et de luttes acharnées au service d’un idéal révolutionnaire. Notre devoir est de poursuivre la lutte pour que jamais les oiseaux de minuit ne couvrent de leur voile totalitaire le corps sacré de notre pays. Adieu camarade ! C’est un joli nom Camarade, c’est un joli nom, tu sais.
Par Hamidou ANNE
hamidou.anne@lequotidien.sn












