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Micr’Ouvert – Pr Ramatoulaye Diagne Mbengue, Rectrice de l’université Iba Der Thiam de Thiès : «A un moment, on doit aussi s’interroger sur nos manières d’enseigner»

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Les panelistes du «Gingembre littéraire» de Paris sur le thème «Relations Europe-Afrique : (Re) Fonder le lien», sont d’accord qu’il faut donner une nouvelle direction aux relations entre les deux continents. La Rectrice de l’université de Thiès, Pr Ramatoulaye Diagne, estime que cela passe par des curricula adaptés aux besoins du moment.

Propos recueillis par Mame Woury THIOUBOU – Dans votre intervention au premier panel du Gingembre littéraire, vous avez insisté sur l’éducation en évoquant notamment le changement des programmes scolaires. Refonder les liens entre l’Europe et l’Afrique doit commencer à l’école selon-vous ?
Je pense que l’éducation a un rôle extrêmement important à jouer. Eduquer, c’est amener la personne à mieux appréhender le monde et à mieux trouver sa place dans le monde. Et donc, il faut qu’un jeune sache qu’il a effectivement sa place dans le monde. Or, lorsque les liens sont asymétriques, on a l’impression qu’il y a beaucoup pour les uns et pas suffisamment pour les autres. Il faut donc trouver un équilibre dans les relations Afrique-Europe, c’est vraiment renforcer la formation dans nos pays. Le Président du Niger, Mohamed Bazoum, a parlé de la formation professionnelle. Il faut qu’on forme les jeunes, qu’on leur donne les compétences pour prendre en charge les problèmes de la communauté. Et je pense que c’est cette formation qui va apprendre aux jeunes à s’ouvrir au monde. Il est important aussi de savoir qu’on ne peut plus s’enfermer sur soi-même. La pandémie nous a montré que ce qui concerne la Chine, concerne finalement le monde entier. Et que de la même manière, les problèmes en Afrique sont les problèmes du monde et que l’Afrique ne peut pas ignorer les problèmes du monde. Je pense que l’éducation, c’est cette ouverture sur soi-même, mais aussi sur les autres.

Au Sénégal, on dit souvent que nos programmes scolaires sont plus centrés sur d’autres pays que sur le nôtre. Partagez-vous cela ?
En tant qu’Inspectrice générale de l’enseignement, je sais que l’Ige (Inspection générale de l’enseignement) est en train de travailler sur les curricula et qu’il y a eu plusieurs réformes qui ont été faites dans notre pays, des réformes majeures du système éducatif. Les curricula ont une durée de vie, et doivent correspondre aux besoins du moment. Lorsqu’une société évolue, elle a besoin aussi de se pencher sur sa formation et ses curricula. Donc, peut-être on arrive à un moment où il y a internet. Il y a certaines données dont on n’a plus besoin. Quand les jeunes disent que le programme est pléthorique, c’est peut-être aussi parce que ce sont des jeunes d’internet. Et quand il y a une question, ils peuvent aller sur google, ils peuvent aller chercher la réponse sur internet sans attendre le professeur. Cela pose la question que je n’ai pas eu le temps d’aborder, celle des innovations pédagogiques. Dans le domaine éducatif, il faut aussi innover. On ne peut pas mettre en place des curricula et les laisser en l’état, au-delà de leur durée de vie. A un moment, on doit aussi s’interroger sur nos manières d’enseigner et modifier nos manières d’enseigner. C’est pour cela que la question des innovations pédagogiques, le fait de mettre en place de nouveaux parcours, c’est extrêmement important.

On aime à dire aussi qu’il faut enseigner Cheikh Anta Diop, les auteurs et les héros sénégalais …
C’est extrêmement important de savoir qu’on a un patrimoine, une tradition de construction du savoir, que l’Afrique a toujours fait partie de la construction du savoir. Je ne citerais pas tout ce qui vient d’Afrique ou tout ce qui a été inventé à partir de l’Afrique. On a de grands penseurs, il faut qu’on les connaisse, mais cela ne signifie pas qu’on ne doit pas connaître les autres. C’est pour cela que j’ai parlé du manuel de philosophie que j’ai publié il y a quelques années pour dire qu’on a des philosophes européens, des philosophes à travers le monde. De la même manière, on a des philosophes aussi en Afrique qui doivent être connus, qui doivent aussi figurer dans les livres au programme et être enseignés au même titre que les autres philosophes.

mamewoury@lequotidien.sn

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