3 jours sans se mettre la poudre noire à forte odeur de tabac dans les parties intimes. C’est le calvaire qu’ont vécu les femmes abonnées à l’usage du «Kandiénou» dans la ville de Vélingara. La fin de la pénurie, mardi dans l’après-midi, a soulagé et délié les jambes.
Par Abdoulaye KAMARA
Fatou Mankal (nom d’emprunt), habitante du quartier Thiankang de Vélingara, est à la fois utilisatrice et vendeuse de la poudre noire vaginale, appelée «Kandiénou» dans cette localité. Depuis 4 jours, son stock de cette poudre fabriquée à base de tabac est épuisé. De teint noir, sur son mètre 75, allure d’athlète, elle a souvent le téléphone scotché à une oreille pour répondre à des appels. Retrouvée à son domicile dans l’après-midi de mardi, aux environs de 15 heures, humblement habillée, elle reçoit dans un modeste salon. L’entretien est souvent entrecoupé par des appels téléphoniques. «Tous ces appels, c’est pour savoir si le produit est disponible. Depuis 3 jours, il n’y en a plus dans tous les points de vente de la ville. Car j’ai reçu ici des femmes qui ont quitté le quartier Foulbé, à près de 2 km de là. D’autres du Centre 2. Certaines, plus loin, ont appelé pour les mêmes raisons.» C’est la fin de la pénurie. Au grand bonheur de ces usagères. Fatou explique : «Je viens de recevoir mon colis de «Kandiénou» à travers les cars de transport en commun qui prennent départ de Ziguinchor pour Vélingara, en empruntant la Rn6. La poudre est achetée dans les villages du Balantacounda.» Le Balantacounda est une province du département de Goudomp coincée entre le fleuve Casamance au nord, la Guinée-Bissau au sud, à l’Est par le département de Kolda et à l’ouest par le département de Ziguinchor. Là-bas, selon Fatou Mankal, originaire d’un village du Balantacounda, la poudre est achetée par des grossistes dans les villages de la Guinée-Bissau frontalière au Balantacounda. D’ailleurs, elle porterait le nom du village qui l’a vulgarisée en premier : Kandiénou. Il y a rarement pénurie. Le produit se vend bien et génère des bénéfices. Pas de perte, pas de crainte qu’elle se détériore. «Le mois de Ramadan, la fête de Korité et la faiblesse de la mobilité des personnes en cette période ont causé cette courte pénurie. J’ai reçu un ballet de femmes de tous les âges et de toutes les conditions sociales, les plus insoupçonnées (des intellectuelles, épouses de religieux) pour acquérir le «garab» ou le «comprimé» ou encore «kandiénou». On lui attribue des noms codés pour ne pas éveiller de soupçon de la maisonnée. Mais tout le monde à la maison, garçons et filles, sait ce qu’elles viennent chercher et pour quel usage», dit-elle sans gêne. «C’est véritablement un médicament. Seulement, ça crée de l’addiction. Impossible de s’en priver longtemps. C’est ce qui est arrivé aux femmes la semaine passée. Moi, je trouve le moyen d’en garder pour moi-même. Je l’utilise. Je sais que c’est réparateur de tous les états de fatigue. Ça soulage assurément.»
Des effets du Kandiénou
Le «Kandiénou» est un médicament. Impossible de faire croire le contraire aux femmes qui sont abonnées chez Fatou Mankal. A. S., trentenaire, n’y va pas par quatre chemins pour extérioriser tout le soulagement que le «Kandiénou» lui procure. Elle dit : «Quand on met la poudre entre les jambes, on sent le produit parcourir tout le corps, irriguer toutes les veines. On a tout de suite une sensation de vertige. Qui peut durer 10 minutes, un peu plus ou un peu moins. Après cette étape, c’est le soulagement. On se libère de toutes sortes de malaise, de fatigue, de mal de toutes les parties du corps. On atteint le 7ème ciel, toute seule.» F. S utilise le «Kandiénou» pour une tout autre raison : «Mon mari est à l’étranger. Depuis que l’on m’a indiqué ce produit pour oublier son absence, je ne sens que du soulagement. Avec ce produit, on évite de commettre l’adultère.» Il se dit d’ailleurs que des vieux d’un pays voisin se sont plaints de l’usage de cette «drogue» par leurs épouses qui ne se précipitent plus pour les rejoindre dans leur chambre, la nuit tombée. T. Diatta enchaîne : «Je suis restée 12 ans sans avoir d’enfant. Dès que j’ai commencé à utiliser ce produit, je suis tombée enceinte. Pour la première fois, j’ai vomi et j’avais des vertiges. Les vomissements se sont arrêtés. C’est dire qu’en plus de soulager les petits bobos du corps, le «Kandiénou» rend fertile. Et puis, le produit guérit les plaies les plus infectées.»
Toutefois, reconnaît Fatou Mankal, l’usage de ce produit doit être accompagné de mesures d’hygiène : «Quand l’étape des vertiges est passée, on peut entrer dans les toilettes et se rincer les parties intimes avec du savon antiseptique. Il n’y aura aucun effet. Ceux qui ont des lésions vaginales, ce sont celles qui avaient des antécédents de maladies vénériennes. Sinon, aucune crainte.»
Aucune étude scientifique n’est encore disponible pour confirmer tout le bénéfice que les femmes tirent du «Kandiénou». Les appels à l’interdire n’ont pas eu leur effet. Bien au contraire. Il attire de plus en plus d’inconditionnels. Les vendeuses y trouvent leur compte : une pincée de ce produit achetée à 50 francs dans le Balantacounda est échangée contre 100 francs à Vélingara. C’est dire que le bénéfice est garanti. Le produit, protégé contre le vent et l’évaporation, garde toute son efficacité en termes de satisfaction de l’effet de soulagement recherché.











