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En ouverture de StLouis Doc’s : Katy Lena Ndiaye conte l’histoire du franc Cfa – Lequotidien

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En 102 minutes, Katy Lena Ndiaye dresse le tableau de l’héritage que la France a laissé à ses anciennes colonies, le franc Cfa. Les indépendances, les ajustements structurels, la dévaluation ne sont que des étapes dans la longue histoire que conte le film «L’argent, la liberté, une histoire du franc Cfa». Ainsi s’est ouverte la 14e édition du Festival international du film documentaire de Saint-Louis.

Par Mame Woury THIOUBOU – Comme dans tous les contes, l’histoire commence par Leboon et Lipoon. Mais cette histoire du franc Cfa ne sera pas de ces rêves qui finissent au paradis. Ici, il s’agit plutôt d’un rêve déchu, d’un rêve qui s’avère être un gros maquillage. L’argent, la liberté : une histoire du francs Cfa, le dernier long métrage de Katy Lena Ndiaye, a été projeté ce mardi à Saint-Louis, en ouverture du Festival international du film documentaire de Saint-Louis. En compétition au dernier Fespaco, le film raconte cette monnaie coloniale, le franc des colonies françaises d’Afrique, sous un regard nouveau. D’abord didactique, le film n’en présente pas moins le parti pris de l’auteur face à l’histoire de cette monnaie que les intervenants, journalistes, économistes, sociologues ou hommes politiques expliquent. «Qu’est-ce que le franc Cfa et c’est quoi la monnaie ?» Les Sénégalais Felwine Sarr et Ndongo Samba Sylla, le sociologue et économiste camerounais, Martial Ze Belinga, l’ancien Premier ministre du Benin, Lionnel Zinsou, Abdoulaye Bathily, l’historien, l’économiste togolais Kaku Nabukpo, le journaliste Antoine Glaser, Rolland Colin…, les intervenants sont des gens du sérail, mais aussi «des protagonistes qui ont vécu dans leur chair cette histoire du franc Cfa», expliquait l’auteure il y a quelques mois au Fespaco, lors des forums de discussions. «Ce qui me guide aussi en tant que cinéaste, c’est toujours de quel lieu on parle : c’est une histoire qui est la nôtre, que l’on partage avec l’Europe, mais je voulais que ce que ce film déploie le soit depuis nos territoires», ajoutait Katy Lena Ndiaye.

Le film porte ainsi le poids des imaginaires de la jeune fille qu’elle a été et pour qui, l’argent servait pour acheter des bonbons. Mais en regardant le film de Katy Lena Ndiaye, on se rend compte que le Cfa a été un véritable instrument de domination. D’abord, c’est avec les compensations payées par la France aux anciens propriétaires d’esclaves que ces derniers vont mettre en place la Banque de l’Afrique occidentale (Bao) en 1901, qui va émettre le franc des colonies. Pour Abdoulaye Bathily, nul doute que la colonisation est une entreprise économique qui ne profite qu’a la Métropole. Et celle-ci ne s’en prive pas. Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, c’est dans ses colonies que la France va puiser pour reconstruire son économie. C’est le pillage organisé des ressources naturelles qui alimente son industrie. Les élites africaines formées en France, «des élites hors sols» comme les appelle Kaku Nabupko, ne parviennent pas à soustraire leurs Etats du joug de la Métropole. Les récalcitrants comme Lumumba ou Moumié sont tout simplement assassinés. «Ne restent que ceux qui ont compris que le rapport de forces ne leur permet pas d’être indépendants», souligne Felwine Sarr. Aujourd’hui encore, la situation est toujours la même. Et Katy Lena Ndiaye utilise la fable du Laboureur et ses enfants pour illustrer cette situation dans laquelle les pays de la zone Cfa se complaisent. «Le laboureur et ses enfants, c’est l’empire colonial français qui, au moment de disparaître, pense renaître de ses cendres et confie à ses enfants un trésor, leur disant : «Vous comprendrez plus tard, dans 50, 60, 70 ans.»», expliquait Katy Lena Ndiaye à Ouagadougou. «La question, ce n’est pas de sortir du Cfa, mais de quelle monnaie a-ton besoin», interroge Ze Belinga. Une réponse que les pays de la zone Cfa ne semblent pas près de trouver. L’annonce par Alassane Ouattara de la naissance de l’Eco n’est ainsi qu’un changement d’habillage. Le système étant le même, toujours favorable à la France. Au final, L’argent, la liberté : une histoire du francs Cfa est un film qui se nourrit d’archives et de paroles d’experts, mais difficile de se détacher du récit. Et les petits moments glissés par la réalisatrice apportent autant de poésie que de douceur. L’histoire de la petite fille qu’elle fut, ces métiers à tisser qui tournent inlassablement, ces lieux emblématiques, tout concourt à construire un récit engagé sur le destin des 187 millions de personnes qui utilisent encore cette monnaie.
mamewoury@lequotidien.sn

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