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Entretien exclusif avec Mamma Kandeh, opposant gambien:  » Que les hommes politiques reviennent à la raison »

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A presque huit mois de l’élection présidentielle de 2024, la situation politico-sociale demeure agitée au Sénégal, dans un contexte marqué par la condamnation  à deux ans de prison ferme du leader de Pastef Ousmane Sonko, dans le dossier de l’affaire  »Sweet Beauté ». De passage au Sénégal, l’opposant gambien Mamma Kandeh s’est exprimé sur les manifestations de ces derniers jours. Dans cet entretien qu’il a accordé à l’AS, il invite les uns et les autres à la retenue. Candidat à la présidentielle de 2026 dans son pays, le leader du GDC (Parti du Congrès Démocratique) est également revenu sur ses relations avec Yaya Jammeh, l’ex président exilé en Guinée-équatoriale.

Mamma Kandeh, qu’est ce qui explique votre présence au Sénégal ?

Je suis ici dans un cadre privé. Le Sénégal et la Gambie, c’est presque le même pays. En plus de la proximité, nous avons pratiquement le même peuple. C’est ici que nous réglons beaucoup de nos affaires.

Votre arrivée dans le pays coïncide avec quelques troubles. Quelle lecture faites-vous de cette situation ?

Je pense que ce n’est pas nouveau au Sénégal comme partout ailleurs dans le monde d’ailleurs. Il y a trois ou quatre ans en arrière, nous n’avions pas cette situation. Si nous en sommes là aujourd’hui, c’est parce que tout simplement il y a des échéances politiques. Nous avons l’élection présidentielle de 2024, la traditionnelle bataille entre opposition et pouvoir, mais aussi l’affaire Ousmane Sonko. Je pense que c’est ce qui est à la base de toute cette agitation. Nous prions le bon Dieu d’apaiser les cœurs et de ramener la paix dans le pays. La stabilité du pays profite à tout le monde.

Vous êtes un homme politique reconnu en Gambie. Votre présence ne serait-elle pas liée à une quelconque médiation ?

Nous avons l’habitude de nous rendre dans plusieurs pays, notamment en Afrique. Mais à chaque fois que nous trouvons des problèmes sur place, nous essayons d’apporter notre contribution. Je suis un membre du parlement africain. Donc, tout ce qui passe en Afrique nous intéresse. En Gambie, je suis dans l’opposition. Mais je dois admettre que ce que nous avons vu ici nous fait peur. Ceux qui s’agitent, nous savons pourquoi ils s’agitent. Ils visent tous une chose et une fois qu’ils atteignent ce but, ils retrouvent leurs esprits. Si j’ai un conseil à donner, ce serait de leur demander de tout faire pour préserver la paix. Qu’ils n’oublient jamais que ce pays leur appartient et que c’est à eux de le développer. Je viens de la Gambie et je maîtrise mieux la situation de notre pays. Mais si notre président travaillait comme le fait celui du Sénégal, il n’y aurait pratiquement pas d’opposition. Je ne dis pas que l’opposition ne devrait pas exister car c’est aussi la démocratie. Je ne connais pas bien la constitution du Sénégal, mais je sais que Macky Sall a joué un grand rôle pour la limitation des mandats. J’ai longtemps voulu que la Gambie fasse pareil. Nous avions essayé, mais cela n’a pas marché ; notre volonté est que cela puisse être appliqué en Gambie.

Macky Sall a milité et défendu la limitation des mandats. Ne serait-il pas contradictoire de le briguer un autre mandat en 2024 ?

Comme j’ai eu à le dire, je ne connais pas ce que dit clairement la Constitution du Sénégal. Mais je sais que même s’il se présente pour un autre mandat, il ne sera pas là éternellement. Il a beaucoup fait pour ce pays et il est respecté partout dans le monde. Même chez nous, si notre président travaille de la sorte, je vais me rapprocher de lui. Mais en ce qui concerne le cas du Sénégal, cela ne veut pas dire que quelqu’un d’autre n’a pas le droit de se présenter. Cela reste de la politique. Donc, je ne vois pas la pertinence de casser ou de détruire le pays. Tout ce que les gens détruisent aujourd’hui cela va retomber sur eux.

Vous avez participé à deux élections présidentielles et on vous présente comme le Ousmane Sonko de la Gambie. Comment gérez-vous cette posture ?

Je pense qu’on ne peut pas faire cette comparaison. C’est vrai que je suis de l’opposition tout comme Ousmane Sonko. En Gambie, nous menons la politique autrement. Nous n’allons pas détruire le peu d’infrastructures dont dispose le pays. Chaque citoyen a le droit de briguer la magistrature suprême. Mais je pense que nous devons le faire de la plus pacifique des manières. En Gambie nous n’avons pas ce problème. Nous avons eu à organiser des élections, même si je conteste toujours les résultats. Mais je ne peux pas changer les choses. Je peux dire que je ne suis pas d’accord et le faire savoir à tout le monde. Nous avons fait le nécessaire et le tribunal a rendu sa décision. Nous ne pouvions que nous plier. Mais je ne pense pas que ça soit nécessaire de faire une grève pour vouloir paralyser le pays avec des troubles. Nous sommes tous des fils de ce pays et notre souhait est de le voir émerger. Mais nous devons penser aux générations futures. Et Dieu merci, nous avons réussi à préserver la paix et je pense que c’est le plus important.

A vous entendre, vous contestez toujours les résultats des dernières élections ?

Je conteste toujours le résultat des dernières élections présidentielles. Je reste convaincu que la victoire était de mon côté. Je sais que les chiffres me donnent raison, mais celui qui devait me réconforter a dit le contraire. Nous avions fait ce qui nous revenait de droit, mais le tribunal avait avancé un problème technique. Nous ne pouvons pas faire autre chose. Mais l’un dans l’autre, cela ne veut pas dire que je dois impérativement empêcher celui qui a été déclaré vainqueur de gouverner.

On vous présente comme un proche de l’ex président Yaya Jammeh. Quelle est la nature de vos relations ?

Si j’ai des relations avec Yaya Jammeh, c’est tout simplement lié à la politique. Il faut savoir que j’ai travaillé pendant 10 ans à ses côtés. Même s’il n’est plus au pays, rien ne nous empêche de travailler avec lui. Comme j’ai eu à le préciser, c’est uniquement pour des raisons politiques.

Trouvez-vous normal qu’il soit en exile et qu’il continue de s’impliquer ou même d’influencer la vie politique en Gambie ?

Yaya Jammeh est avant tout un citoyen gambien. Qu’il soit en Gambie ou pas, cela importe peu. Il est né dans ce pays et est citoyen comme moi et les autres gambiens qui y vivent. L’autre aspect qui me semble important, Yaya Jammeh est toujours aimé en Gambie. Donc, je ne vois pas en quoi son implication pourrait nuire aux autorités en place.

La présidentielle est prévue en 2026 en Gambie. Après deux tentatives infructueuses, allez-vous demander de nouveau le suffrage des Gambiens ?

Évidemment, je serais candidat, s’il plaît à Dieu. Nous ne sommes pas encore en 2026, mais cela se prépare dès à présent. Nous avons participé à deux élections présidentielles et nous avons une petite expérience. Mais c’est le moment de remobiliser et de préparer le terrain. Comme d’habitude, cela va se passer dans le plus grand respect des lois et règlements de notre pays. Depuis que j’ai commencé la politique, je n’ai jamais eu de problèmes avec qui que ça soit. Je n’ai jamais injurié ou tenu des propos blessants à l’endroit d’un adversaire ou d’un quelconque leader politique. Pour moi, la politique ne signifie pas violence ou batailles de toutes sortes. Dans mon programme, j’avais prévu, une fois élu, de rencontrer les membres de l’opposition, au moins deux fois dans l’année. Une initiative qui va nous permettre d’échanger sur la bonne marche du pays, de connaître les véritables problèmes des populations. Chacun d’entre nous a un projet pour le pays. Donc si nous nous retrouvons autour d’une table, il y aura beaucoup d’idées qui vont sortir, pour l’intérêt du pays.

En matière de diplomatie, comment jugez-vous les relations entre la Gambie et le Sénégal ?

Je pense que les relations entre ces deux pays ne datent pas d’aujourd’hui. J’ai l’habitude de dire que c’est pratiquement un pays, avec le même peuple et les mêmes cultures. Lors de la campagne présidentielle de 2016, j’avais dit qu’une fois élu, je n’aurais pas besoin d’une grande armée. Je l’avais souligné, car j’avais déjà une armée naturelle, nommée le Sénégal. Que cela plaise ou non au Sénégal, il va me protéger (NDLR : rires). Donc, c’est pour vous dire à quel point ce qui lie ces deux pays est fort.

Quel conseil donnez-vous à la classe politique sénégalaise, dans ce contexte tendu, à presque 8 mois de la présidentielle ?

Je ne pense pas être la personne la mieux indiquée pour donner des conseils à la classe politique sénégalaise. Le Sénégal s’est toujours distingué en Afrique et dans le monde avec sa démocratie chantée un peu partout. Aujourd’hui, la situation est tendue, mais dans un contexte que je pourrai comprendre. Si j’ai un mot à dire, ce serait d’inviter tout le monde à la retenue. Rien ne saurait justifier cette violence. Le Sénégal est un pays respecté de tous et il a une image à préserver. Que les uns et les autres sachent que le pays passe avant toute autre chose. Dans la politique, c’est toujours comme ça. On peut bien avoir de l’ambition pour son pays, mais ayons toujours en tête que d’autres aussi ont des ambitions, parfois même plus nobles que la vôtre. Je suis convaincu que les choses vont bientôt revenir à la normale et que la démocratie sénégalaise va prendre le dessus.

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