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Affaire Pape Alé Niang : la presse se radicalise et exige un acquittement

Le torchon brûle entre le gouvernement du Sénégal et les acteurs des médias. Le Collectif pour la Libération de Pape Alé Niang, du nom du journaliste d’investigation placé sous mandat de dépôt, le mercredi 9 novembre dernier, a organisé son propre «Conseil des médias» le jour même où se tient le Conseil des ministres officiel. Ce, pour exiger la libération sans condition du journaliste, par ailleurs, directeur de publication du site d’informations DakarMatin. Ce rendez-vous parallèle a eu lieu hier, mercredi 16 novembre, à la Maison de la presse Babacar Touré.

Le bras de fer entre le régime en place et la presse se poursuit. Le Collectif pour la Libération de Pape Alé Niang, du nom du journaliste d’investigation placé sous mandat de dépôt le mercredi 9 novembre 2022, défie le gouvernement du Sénégal. Il a organisé son propre «Conseil des médias» le même jour où se déroule habituellement le Conseil des ministres, une réunion hebdomadaire officielle du gouvernement présidée par le chef de l’Etat, Macky Sall. Lors de ce rassemblement parallèle organisé hier, mercredi 16 novembre, à la Maison de la presse Babacar Touré, les acteurs des médias ont brandi des brassards rouges et exigé la libération inconditionnelle de leur confère, le directeur de publication du site d’informations DakarMatin.

«Je dois d’abord commencer par dire la signification de la manifestation de la journée d’aujourd’hui. Cette manifestation est un des points inscrits dans le plan d’actions qui a été élaboré par le Collectif pour la Libération de Pape Alé Niang», a précisé le journaliste Momar Diongue, membre du collectif. «Pourquoi avons-nous choisi ce rassemblement en direction de la marche ? Pourquoi ce jour ? C’est parce que ce mercredi correspondant à la tenue du Conseil des ministres au Palais de la République où le président de la République Macky Sall rencontre ses ministres pour discuter avec eux de la marche des affaires du pays. Et nous, aujourd’hui, notre Conseil des ministres, c’est ce Conseil des médias que nous tenons pour parler aux Sénégalais sur un point qui nous tient vraiment à cœur, à savoir la libération de Pape Alé Niang.»

Et d’ajouter : «Cette manifestation est aussi destinée à rassembler toute la corporation autour de cette cause. Jusque-là, nous avons eu à rencontrer, en tant que Collectif pour la Libération de Pape Alé Niang, les avocats qui assurent sa défense, les organisations des droits humains. On s’est dit qu’il y avait lieu, à quelques jours de la marche prévue vendredi prochain, de rassembler toute la corporation pour préparer la mobilisation. C’est donc une sorte de veillée que nous organisions aujourd’hui. Nous convions tous les Sénégalais à en comprendre le sens et à savoir que si nous en sommes aujourd’hui là, c’est parce qu’il y a une obligation que nous avons vis-à-vis du peuple que nous voulons respecter et qui nous vaut, aujourd’hui, des brimades, des agressions contre la profession, des injures, des propos calomnieux et même la prison ; comme c’est le cas aujourd’hui avec Pape Alé Niang.» Le journaliste et analyste politique insiste qu’il «faudrait que les Sénégalais sachent qu’au-delà de Pape Alé Niang, c’est un combat pour la liberté au Sénégal, pour la démocratie et pour la liberté d’expression.»

 

LE SÉNÉGAL SUR LA LISTE ROUGE DU COMITÉ POUR LA PROTECTION DES JOURNALISTES (CPJ) ?

Momar Diongue de mettre en garde le gouvernement de Macky Sall. «Tant que Pape Alé Niang sera dans les lieux de détention, nous allons continuer à mettre la pression sur le gouvernement. Sous ce registre, nous venons d’avoir aujourd’hui un soutien de taille à travers le Comité pour la Protection des Journalistes basé aux États-Unis et qui est l’équivalent de Reporter sans Frontières, qui s’est engagé, si au-delà du 1er décembre Pape Alé Niang n’est pas libéré, d’inscrire le Sénégal sur la liste rouge des pays où les journalistes sont malmenés ou en danger. Ce qui serait très dévalorisant pour l’image de notre pays», a-t-il, notamment dit.

Quant au représentant de Reporter Sans Frontières (RSF) au Sénégal, Sadibou Marone, il a de son côté, exprimé le soutien de son organisation aux journalistes manifestants. «Je suis venu vous apporter la solidarité internationale de Reporter sans Frontières, à travers l’ensemble de ses réseaux dans 180 pays dans le monde, y compris le Sénégal. Le message que nous avons lancé le 6 novembre, quand Pape Alé a été interpellé, reste le même. C’est un message clé. La place de Pape Alé n’est pas la prison», a déclaré M. Marone devant ses confrères. Non sans indiquer : «Dans un pays comme le Sénégal, il est vraiment très anachronique d’arrêter un journaliste et de le mettre en prison.»

«LES ASSOCIATIONS DE PRESSE SONT TRES OUVERTES POUR PARLER AVEC LES AUTORITES, SE METTRE AUTOUR D’UNE TABLE ET DISCUTER»

Dans la même veine, le journaliste du quotidien national «Le Soleil» invite à la libération de son confrère et appelle les autorités à s’ouvrir au dialogue. «J’en profite pour demander aux autorités de libérer Pape Alé Niang. Sa place n’est pas la prison. J’en profite également pour apporter notre soutien à la Coordination des Associations de Presse du Sénégal (CAP), avec laquelle nous sommes en train de travailler pour porter davantage le plaidoyer. Et quand je dis plaidoyer, je ne dis pas pression, ça veut dire que les associations de presse d’une manière générale sont très ouvertes pour parler avec les autorités. De l’autre côté, nous lançons un appel aux autorités pour qu’elles puissent avoir la même dimension que les associations de presse pour pouvoir se mettre autour d’une table et discuter. Il y va des enjeux démocratiques dans ce pays-là, mais il y va surtout fondamentalement de la liberté de la presse», a plaidé le représentant de RSF au Sénégal.

Par ailleurs, le Collectif pour la Libération de Pape Alé Niang a profité de cette tribune pour donner rendez-vous à tous les Sénégalais pour la prochaine marche en soutien au journaliste incarcéré, prévue ce vendredi à 15H, avec comme point de départ devant le portail l’ex-Ecole normale supérieure (ENS, actuel FASTEF). Ensuite, les manifestants vont rallier ensemble le rond-point Jet d’Eau où les prises de parole auront lieu. Pape Alé Niang est poursuivi des chefs d’inculpation suivants : «divulgation d’informations non rendues publiques par l’autorité compétente de nature à nuire à la Défense nationale ; recel de documents administratifs et militaires ; diffusion de fausses nouvelles de nature à jeter le discrédit sur les institutions publiques», à en croire Me Cheikh Koureyssi Ba, l’un de ses avocats. Le directeur de publication de DakarMatin risque cinq (05) ans de prison.

Papa Moussa CAMARA (Stagiaire)

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