A LA UNEActualités

L’hécatombe de Sikilo ou l’insoutenable légèreté des Sénégalais

La terrible tragédie de Sikilo que nous venons de vivre, avec ses plus de quarante morts sur le coup et des dizaines de blessés graves, nous interpelle au plus profond de notre être pour d’abord pleurer nos morts, nous incliner devant leurs dépouilles, prier pour le repos de leur âme et souhaiter un prompt rétablissement de tous les blessés.

Cette tragédie nous interpelle aussi et surtout dans nos comportements de tous les jours dans tous les lieux et en toutes circonstances. En somme, sur notre insoutenable légèreté en toutes choses.

Sur ce chapitre, il nous revient qu’en 2018, à l’occasion de l’anniversaire de la tragédie du bateau «le Joola», j’avais partagé une contribution publiée dans les sites et médias et intitulée : «Bruno le magnifique et le Joola maléfique», et dans laquelle j’avais écrit ceci. Je me cite : «…Le Joola est une catastrophe inouïe qui n’a pas encore d’équivalent en termes de victimes dans le monde. Et tout cela par la faute de l’Homme. Oui. Des hommes, des Sénégalais, adeptes du rafistolage, cupides, maîtres dans l’art du trafic, avides de gains faciles, inconscients parce qu’incultes, ont osé embarquer dans un bateau conçu pour cinq cent (500) passagers, vous avez bien lu cinq cent personnes, oui embarquer plus de deux mille passagers et des tonnes de frets. Le tout, dans une insouciance criminelle totale. Il fallait être sénégalais pour le faire. Et ils l’ont fait.

La suite, on la connait et on continue toujours à pleurer encore nos morts avalés par l’Océan atlantique qui n’en revenait pas tant de recevoir, en une seule fois, toute sa livrée annuelle de victimes sacrificielles.

Passée la période de deuil et de douleur nationale, qu’avons-nous retenu de cette catastrophe ? Rien ou presque… Il suffit de voir nos «Ndiaga Ndiaye» et autres Tata bondés à l’extrême, nos camions hyper surchargés au-delà de toutes les normes requises et dans un état de décrépitude avancée, nos rues sales et encombrées par toutes sortes de détritus et d’agresseurs-vendeurs à la sauvette, nos véhicules de transport en commun d’un autre âge et qui détiennent par devers eux, des visites techniques validées, pour se rendre compte que nous avons dans nos gènes, l’Adn du désordre organisé dans ce pays… Rien ne se fait selon des règles établies et respectées par tout le monde. Chacun se complaît dans un laissez aller incroyable à tout point de vue et avec une indiscipline totale dans tous les secteurs de notre vie… Ah ! L’insoutenable légèreté des Sénégalais.

On trafique et on traficote tout et sur tout (visas, permis, pièces d’état civil, diplômes, etc.). On rafistole tout (mécaniciens réparateurs en tout), on salit partout (rues, murs, Stade Amitié, etc.), on détruit tout (Forêt de Mbao, filaos de Guédiawaye, plages, places publiques, etc.). Bref, on est retournés vite fait, à nos vieilles habitudes de «boul faalé» quoi.

Un véritable appel à d’autres catastrophes si on n’y prend garde. Et pourtant, le Joola a été une véritable illustration de ce qu’il ne fallait jamais faire en toutes circonstances. Le désordre engendre toujours la catastrophe.» Fin de citation.
Mais voilà ! Il semble que l’amnésie est la chose la mieux partagée dans ce pays. Et à notre grand désespoir, moins de quatre ans à peine, notre prémonition est presque devenue une prédiction, voire une prophétie, avec le drame de Sikilo que nous venons de vivre. Terrible !!!

C’est qu’on ne retient Rien de nos malheurs et on se plaît à se «suicider» en permanence. Abdou Diouf avait décrété : «Interdiction totale de se mettre sur les marchepieds des «cars rapides».» Rien. Abdoulaye Wade avait appelé à l’introspection individuelle et collective pour revoir nos conduites et comportements. Rien. Et voilà Sikilo qui, après bien d’autres drames tout aussi atroces, vient corser un bilan déjà assez lourd des accidents de la route dans notre pays. On entend dire : «Les routes sont mauvaises.» C’est certainement vrai. Mais, justement, c’est parce que les routes ne sont pas bonnes, qu’il faille conduire avec beaucoup de prudence. D’autres diront que les véhicules sont vieux, usés et en très mauvais état pour la plupart. Vrai. Raison implacable pour encore conduire avec beaucoup d’attention, de calme et de maîtrise. Wala ? N’est-ce pas ? Malheureusement, c’est tout le contraire chez nous. Quand on voit des 505 ces fameuses «7 places» dont le constructeur Peugeot a arrêté la production depuis 1985, qui continuent encore à circuler en toute quiétude au Sénégal plus de trente ans après, c’est qu’on est vraiment passés maîtres dans l’art de fabriquer, à grand renfort de bricolages et autres rafistolages, de véritables cercueils roulants qui nous mènent régulièrement et malheureusement au tombeau dans l’Au-delà. On conduit très pour ne pas dire trop souvent à tombeau ouvert des véhicules très âgés et lourdement chargés sur des routes en très mauvais état, avec des chauffeurs très jeunes, drogués, téméraires, presque fous, et qui dépassent régulièrement et allégrement des policiers goguenards et impavides, et on veut que Tout aille toujours bien.
Sans vouloir être cynique, il va sans dire que si les chauffards trépassaient toujours les premiers en cas d’accident mortel, sûr qu’ils feraient preuve de beaucoup plus d’attention, de mesure et de discipline. Am deet ?

La catastrophe de Silkilo était prévisible et donc évitable, si, et seulement si, on avait un tant soit peu respecté les règles élémentaires qui commandent la conduite automobile et le convoyage de passagers. Oui, il suffit de peu, très peu, pour éviter toutes ces catastrophes qui endeuillent régulièrement notre pays.
Juste de l’organisation, de la méthode, de la discipline et le respect des normes et lois qui régissent la cité. Est-ce si difficile que ça ?

Sur le plan précis des transports routiers, il urge de prendre des mesures drastiques à faire respecter scrupuleusement par Tous et pour Tous. Au risque de répéter ce que tout le monde dit, il faudra entre autres mesures, bannir de nos routes les véhicules de transports vieillots et usés, et ne Jamais leur délivrer de visite technique. Il faudra aussi faire respecter scrupuleusement le nombre de places prévues par le constructeur et interdire systématiquement toutes les modifications-maisons pour créer des «versailles» et autres bancs qui n’existent qu’au Sénégal. Il faudra aussi être ferme et très strict sur le respect de la charge utile des véhicules et interdire toute forme de surcharge, aussi bien en termes de passagers qu’en termes de bagages. La responsabilité étant collective et personnelle, il nous faudra aussi apprendre à abandonner nos très mauvaises habitudes. Comme par exemple, accepter de se tenir debout dans les «cars rapides», juste pour partir. Cesser de vouloir coûte que coûte monter dans un bus ou un car de transport déjà bondé, surtout pour certaines de nos femmes qui, très souvent, portent un bébé sur le dos, et apprendre à attendre sagement un autre bus moins chargé pour monter. Etc. etc. Et tant d’autres interdits qui doivent faire partie des urgences qu’il nous faudra intégrer dans nos véhicules de transport en commun, et même personnel, et surtout les faire respecter scrupuleusement par tous pour espérer réduire drastiquement des catastrophes de ce genre qui endeuillent toute la Nation.

Sinon, tant qu’on se complait à tricher, à frauder et à laisser faire, on n’en aura jamais fini avec des drames semblables ou pires que Sikilo. Dieu nous en garde. Car s’il est bien d’édicter des règles, réussir à les faire respecter par tous reste encore une gageure. Il y va de la responsabilité et de toute l’autorité de l’Etat.
Plaise à Dieu que la raison nous visite et que chacune et chacun, et tous ensemble, nous prenions conscience des périls de la circulation routière pour apprendre et pratiquer la discipline, individuelle et collective, sur nos routes.
Dieu nous garde et garde le Sénégal.
Guimba KONATE
Dakar
guimba.konate@gmail.com

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page