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Ouvriers de la construction : Maçons, ferrailleurs, plombiers, etc., de la main-d’œuvre dans la rue

Chaque matin, maçons, ferrailleurs… ou simples ouvriers convergent vers la place de la station-service de Keur Massar, près de l’autopont, à la recherche d’un boulot. S’ils satisfont la demande de main-d’œuvre, avec des «prix dérisoires», ils ne jouissent pas d’une bonne réputation auprès de leurs collègues et des clients, qui jugent parfois leur travail parfois sommaire.

Par Alpha SYLLA – A l’autopont de Keur Massar, sur le côté parallèle à la station-service Shell, Mohamed est assis désespérément derrière les gris qui délimitent l’espace réservé à la banque Cbao. Mains liées entre les jambes, il sirote un café, attendant stoïquement. Ferrailleur, ce natif de Touba résidant à Keur Massar (périphérie dakaroise) est venu chercher du boulot quotidien. Il guette sereinement l’arrivée de potentiels clients, des sauveurs journaliers pour ces chercheurs de travail. Dans une ambiance cacophonique entre vendeurs, bruits et klaxons de véhicules et passants, il déclare mollement : «Je suis venu ici pour trouver une journée de travail.» Comme Mohamed, ils sont nombreux, maçons et meneurs d’autres activités dérivées (jeunes et responsables de famille), à rejoindre ce lieu, tous les matins, à la recherche d’une activité journalière ou d’un éventuel chantier.

En cette journée de mardi 8 novembre, le décor est unique en son genre. Marteaux, pelles et ciseaux de fer posés à même le sol, tourelles, niveaux, règles, des sacs à dos, à chacun son outil de travail, son métier, sa chance aussi. La moindre interpellation ne laisse pas indifférent. «Grand, maçon nga soxla» (Monsieur, avez-vous besoin d’un maçon ?), lance Issa Samb, après les salutations.

Regard pointé sur les piétons, il se confie : «On trouve ici des maçons, des ferrailleurs, tous les profils sont là. Au lieu de parcourir les chantiers à la recherche de travail, on se regroupe.» Ce trentenaire, père de deux gosses, travaillait dans une multinationale française de Btp. Lieu par excellence de rencontre entre recruteurs journaliers et chercheurs de travail, la station-service Shell de Keur Massar est le lieu de convergence, dans la matinée, de dizaines de travailleurs, qui sont facilement localisables à cet endroit. «C’est un endroit connu de tous pour trouver de la main-d’œuvre. Ils sont nombreux à fréquenter le milieu. Les patrons-maçons et autres nécessiteux viennent directement ici pour choisir le profil dont ils ont besoin», explique Lamine, un patron-maçon habitué de ce service.

«En tant que carreleur, j’ai honte d’être là»
Au milieu de ce méli-mélo où règnent en maîtres des vendeurs d’habits, de puce, des marchands d’eau, passeurs et «chercheurs de travail», sous l’ombre bienveillante de l’immeuble abritant la Cbeao, Souleymane Ba se distingue par sa barbe et sa moustache. Avec son expérience de plus de 10 ans dans le métier de carreleur, il a appris «à respecter son métier». Il se plaint de l’attitude de certaines personnes qui s’exposent dans la rue comme une marchandise sans valeur. «Moi, je ne suis pas là pour chercher un boulot, j’attends mon ami qui achète une puce de l’autre côté de la route», clarifie-t-il d’emblée. Le temps d’ajuster ses écouteurs, avec un accent guinéen, il enchaîne : «C’est un ami qui a fait appel à moi pour venir lui donner un coup de main dans un chantier sis à Jaaxay (périphérie de Dakar). Depuis plus de 10 ans, j’exerce ce métier, mais j’avoue que venir s’exposer là comme de la marchandise n’est pas sérieux. Les vrais professionnels du métier n’errent pas dans les rues ou marchés, ils sont dans les chantiers. En tant que carreleur, j’ai honte d’être là.» A peine terminé de parler, son ami arrive. Ils se dirigent vers Jaxaay pour rejoindre leur lieu de travail.

Tout à coup, un client se pointe. Un cercle se forme rapidement autour de lui. Après quelques discussions, il embarque, sur sa moto, un homme. Pour un job ? «Oui», répond Issa. «C’est comme ça que ça se passe. Ils viennent prendre un ou des employés ici. Certains ont besoin de professionnels de la maçonnerie, de la ferraille, d’autres des ouvriers pour débarrasser des gravats ou servir en tant qu’aide-maçons», dixit ce natif de Malika, teint noir, t-shirt bleu longues manches, pantalon jean.

La qualité du travail en questions…
Yeux collés aux passants et attentifs à la moindre interpellation, ces hommes, beaucoup des pères de famille, n’ont pas toujours bonne presse. Accusés par leurs collègues d’être de la «marchandise facile», ils jouissent parfois d’une mauvaise réputation. Les clients ne seraient souvent pas aussi satisfaits du service fourni, selon certains interlocuteurs. «Mais parfois, les clients sont satisfaits du travail qu’on fournit», justifie Issa, d’un ton hésitant. «Souvent, la qualité du travail laisse à désirer. Je n’aime pas prendre n’importe qui. Pour des soucis de bien faire et garder aussi ma réputation, je dispose presque toujours de mes propres équipes dans mes différents chantiers. Je passe à cet endroit quand je suis débordé par les travaux», déclare Lamine, non sans préciser que certains, par exemple, acceptent n’importe quelle offre. «Le prix n’est pas trop un blocage. Le plus souvent, ils acceptent 2000 ou 3000 F Cfa pour les ouvriers et 4000 pour les professionnels, en lieu et place de 3500F pour les ouvriers et 6000 F pour les professionnels», conclut-il.

Une idée que conforte Laye. Agé d’une quarantaine d’années, la carrure d’un lutteur, il est prêt à accepter n’importe quelle offre dans la journée. Il tonne : «J’ai une famille (une femme et un enfant) que je dois nourrir. Depuis vendredi, je viens chaque jour ici, mais jusqu’à présent, personne. Je n’ai reçu aucune proposition. Voilà pourquoi on ne peut pas rejeter une offre, quelle qu’elle soit.»
Cependant, le maçon dit comprendre cette attitude et leur inquiétude à rejeter une offre. Il affirme : «Nous vivons dans un contexte difficile. Cela a ruiné pas mal de Sénégalais, qui parviennent difficilement à joindre les deux bouts. Certains prix sont dérisoires et ils n’ont pas le choix face à certaines propositions. Mais vers 12h, tu ne verras presque personne ici. Beaucoup ont eu du travail, certains ont regagné leur domicile.»

Il est 10h passées… Soudain, un Mitsubishi L200 se gare à côté du rond-point : un gars sort la tête et les hèle. Issa Samb se précipite vers lui. Dans l’espoir de vivre sa première journée de travail dans la semaine… Demain, il fera un autre jour…
Stagiaire

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