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Horizon – Sister LB, artiste : «C’est ma vie de femme que je suis en train de défendre» – Lequotidien

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A 13 ans, aux portes de la puberté, Selbé Diouf se rebelle contre son monde. Elle s’ouvre ainsi le chemin vers une carrière artistique où l’engagement est un leitmotiv. Devenue Sister LB, elle parle désormais pour les autres femmes de ces maux qui les accablent : grossesses, mariages précoces, Violences basées sur le genre (Vbg).

On est ici au Dmx (Dakar Music Expo, qui a eu lieu du 9 au 11 février 2023, a servi de cadre à l’entretien). Qu’est-ce qu’une artiste comme vous vient y chercher?
Je suis là depuis la 1ère édition pour voir ce que le Dmx proposait par rapport à d’autres festivals. En tant qu’artiste, j’ai besoin de savoir où en est le monde de la musique, comment trouver un booker, un bon producteur, un manager, parce que jusqu’à présent, je m’auto-manage et je fais les choses seule.

Et là justement, le panel qu’on vient de suivre, c’était sur comment les artistes pouvaient exporter leur musique en Europe. Ça donne des idées, n’est-ce pas ?
Oui, j’ai beaucoup appris sur les erreurs à ne pas faire. J’ai beaucoup joué sur des scènes ici au Sénégal, un peu en France et en Belgique, et je vois pourquoi certaines choses n’avancent pas, quelles sont les erreurs que je suis en train de faire, que je dois éviter, mais aussi quelles sont les portes à ouvrir, l’approche à avoir sur certains tourneurs et certains festivals, qu’est-ce que je dois vendre. J’ai le potentiel, mais la présentation même des artistes, que Jérôme Rousseaux a partagée, est différente de comment moi, je me présente. Ça titille ma curiosité et je vais revoir les choses que je mets en avant.

Le fait de s’auto-manager, ce n’est pas un frein ?
Si, ça peut l’être. Mais pour le moment, je pense que le mot résilience, ça veut tout dire. Quand il y a eu le Covid-19, nous tous, nous avons su sauter sur l’occasion pour nous recréer et avoir un 2e souffle. Mais j’ai appris du Covid que les choses, on peut les faire, il faut juste définir à quel moment on est manager ou artiste. Je n’ai pas encore vu cette personne qui partage cette vision de mon art et où je veux l’amener. On a beau travailler avec des gens qui jouent parfois le rôle de manager, quand ils ne t’estiment pas à ta juste valeur, ils ne pourront pas te proposer à des gens qui aimeraient te voir sur scène. Nul n’est prophète chez soi et parfois les choses sont plus simples dehors qu’à l’intérieur. On essaie de fonder une équipe qui va grandir avec nous.

Quand le présentateur disait que les artistes devaient à la fois être internationaux et authentiques…
Je suis dans ça. A chaque fois que j’ai un concert, on sent l’artiste africaine, sénégalaise, en moi. Très tôt, j’ai su que l’image comptait. Je suis une des premières rappeuses à monter sur scène en tenue traditionnelle thiaya, en wax, grand boubou. L’image, ça compte, mais aussi se donner une cause à défendre. Depuis le début de ma carrière, tout le monde sait que Sister LB est engagée auprès des femmes.

Comment on peut être suffisamment mature à 13 ans pour se lancer dans un tel combat ?
Je suis partagée entre une mère leboue et un père sérère. Et un peu de complications avec beaucoup de choses qui sont arrivées. Et j’étais obligée parfois de vivre chez mon père, d’autres fois chez ma mère, avec des éducations différentes. Chez ma mère, je pouvais m’exprimer, parler pour moi et lui dire quand je n’étais pas d’accord. Chez mon père par contre, il y a des choses que je ne pouvais pas dire. Et ça a créé une frustration. A des moments, j’avais envie de dire non, je ne veux pas être ici mais là-bas. Et tout ça, c’est quelque chose qui te pousse à te chercher un refuge, un lieu où tu es toi-même. A six ans, tu commences à vivre cette vie-là où lundi, mardi tu es là et jeudi et vendredi tu es ailleurs. Tu as alors des choses à dire, mais sans possibilité de le dire. Mais j’ai eu la chance d’avoir une grand-mère qui m’a très tôt inspirée. Et quand j’ai décidé de faire de la musique, étant de la famille des Lamine Faye, Vieux Mac Faye, qui font du jazz, du mbalax, ça ne m’a pas parlé. La première fois que j’ai entendu une chanson rap, je me suis dit tout de suite que c’était comme ça que je voulais m’exprimer. J’habitais à Thiaroye sur Mer et il y avait des jeunes comme moi qui faisaient du rap et qui m’ont invitée à être dans leur groupe. Ma mère est danseuse et metteur en scène. Elle avait un ballet et j’ai appris à chanter très tôt, et dans des langues que je ne comprenais même pas, comme le manding dont la sonorité me parlait. Le rap est venu à moi par circonstance, mais je sais que je suis ouverte à tout et à chaque fois que j’écris un texte de rap, j’essaie de trouver cette sensation qui va faire vibrer les gens qui écoutent. On me dit souvent que mes refrains restent dans la tête de ceux qui écoutent. Avant même de parler pour les autres, je me suis dit que si je n’arrive pas à exprimer mes propres sentiments, c’est peine perdue.

C’est cet engagement qui vous a finalement menée vers le féminisme ?
Oui. Je me disais que je ne pouvais pas me battre pour tout le monde, mais il y a des causes qui me parlent directement. Les problèmes qui concernent les femmes : tomber enceinte, se marier tôt, faire des fausses couches, se marier et ne pas être d’accord avec son mari sur certaines choses. Au Sénégal, quand on se marie, on ne décide plus de rien, c’est le mari qui décide de ta vie. Je n’ai jamais été d’accord avec ça. Très tôt, j’ai décidé que je n’allais pas me marier tôt parce que je veux m’en sortir seule, aider ma mère. Je suis l’aînée de ma famille et je ne vais pas bâtir ma vie autour d’un homme. Ma mère aurait des problèmes que je ne pourrais pas régler. J’ai toujours vu cette inégalité dans le traitement entre les garçons et les filles. Nous, on nous demandait de laver la vaisselle, de cuisiner, alors que les garçons allaient jouer au foot, et je me demandais à quel moment on allait apprendre. C’est quelque chose qui m’a permis de me dire très tôt que je n’acceptais pas qu’on fasse subir des violences aux femmes. C’est ma vie en tant que femme que je suis en train de défendre.

Etre dans le rap pour une femme, ça a été difficile ?
Trop difficile. Déjà, le rap, c’est catégorisé au masculin. Tu es obligé de respecter les codes, et ces codes sont tracés pour les hommes, un jungle, une casquette, des bombers. Tu es obligé de suivre au début, mais à un moment, tu te dis que tu es une femme dans une musique qui est genrée homme, mais qui est universelle, qui n’a pas de sexe et qui traite toutes les problématiques de la société. Comment faire pour s’identifier et se séparer de tout ce qui est code ? Le rap est aussi anticonformiste, donc si tout le monde dit que tu dois te comporter comme ça, tu peux toujours dire non. Et ça marche. Maintenant, il y a les préjugés, les stéréotypes. Ma mère à tout entendu sur moi, comme quoi j’allais tomber enceinte, que je ne traînais qu’avec des hommes, je fume, je bois. Et même ce sont des femmes qui vont dire ça, qui vont penser que tu as échoué parce que leur propre fille est à la maison. Mais ma mère m’encourage et elle m’a montré que c’est possible d’être une femme et d’évoluer dans toutes sortes de métiers. Il faut juste du temps et de la passion. Beaucoup de femmes et de jeunes filles m’interceptent aujourd’hui pour me dire qu’elles veulent être comme moi. Mais ça fait peur parce que je ne suis pas sûre qu’elles auront cette aide familiale et ce mindset pour résister. Ma mère a toujours été à mes côtés pour me booster et me protéger. Jusqu’à présent, elle assiste à mes concerts à Dakar. C’est quelque chose que beaucoup d’artistes n’ont pas, mais ça a été le coup de pouce qu’il fallait pour que je puisse être là jusqu’à présent.

Ta musique te donne cette possibilité de parler aux gens…
En langage émotionnel, voilà. J’ai joué récemment au Kenya devant un public de 17 pays africains qui parlaient différentes langues, mais qui dansaient sur ma musique et qui reprenaient le refrain. Je pars dans le ghetto, je rappe sur la réussite, et tous les jeunes s’identifient à ce que je dis. La musique est un langage universel qui me permet en tant que Sénégalaise et Afri­caine, d’être partout chez moi.

Aujourd’hui, la principale contrainte pour vous, c’est quoi ?
C’est la mobilité. J’ai raté des festivals au Canada parce qu’on m’a refusé le visa. Et je suis une artiste reconnue, mais les am­bassades ne prennent pas ça en compte. Mais ce qui me man­que aussi, c’est un bon staff.

Quels sont vos projets en ce moment ?
Je travaille sur mon premier album. J’ai beaucoup de singles mais je sais que là, c’est le temps de l’album. J’ai commencé à 13 ans. Le mindset que j’avais, et celui que j’ai maintenant que je suis plus mûre, ma trajectoire donnent un souffle d’espoir à tous ces hommes et femmes jeunes qui se disent que c’est possible dans ce pays qui minimise le rôle des femmes et où on ne respecte pas l’art. Pour le moment, je prépare un single qui va sortir fin février et qui est un peu egotrip, un peu décalé de ce que les gens ont l’habitude de voir chez Sister LB, qui est un peu fun et qui annonce cette dimension multicolore que je veux. Les jeunes filles et hommes ne se voient peut-être pas dans ce que je fais parce que c’est trop engagé. Sur cet opus, je suis venue pour que les gens tombent en transe.
Propos recueillis par Mame Woury THIOUBOU
mamewourythioubou@lequotidien.sn

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