Accueil Actualités Les progrès des droits des femmes représentent le progrès du monde

Les progrès des droits des femmes représentent le progrès du monde

0

Lorsque Lula, l’actuel Président du Brésil, instaura le programme de Bourse familiale dans son pays, lors de son premier mandat, il décida de transférer les fonds y dédiés dans l’écrasante majorité des cas aux mères plutôt qu’aux pères. Pourquoi ? Il avait compris que le progrès d’une société dépend en grande partie de l’autonomie et de la capacitation financière de ses femmes. Ces dernières sont souvent plus enclines à prendre les bonnes décisions pour leurs enfants, comme les inscrire et les garder à l’école, s’assurer qu’ils respectent leur rendez-vous de vaccination. Le succès de sa politique lui donnera raison : le programme de Bourse familiale ayant permis de réduire drastiquement la pauvreté au Brésil.

Cela montre pourquoi la place des femmes est importante dans une société. Quand elles étudient mieux, une société se porte mieux ; elle devient plus créative, elle devient plus innovante. Il n’y a aucune société qui peut avancer si elle n’octroie pas à ses femmes leurs droits. Cela ne relève pas de la pitié ou d’une faveur que les hommes leur font, mais du bon sens.

Aussi les droits des femmes sont-ils un combat que doit mener toute personne soucieuse du développement de sa communauté. Le premier droit à octroyer aux femmes est l’égalité des chances : leur donner l’occasion d’étudier dans les mêmes conditions que les hommes, leur donner les mêmes chances en matière d’emploi.

Depuis des années, je me demande pourquoi certains pays sont en avance sur d’autres. Cette réflexion me taraude, mais généralement la place de la femme dans un pays est une corrélation directe de son développement : plus un Etat promeut les droits des femmes, plus il se développe rapidement. Le Sénégal doit faire partie de la catégorie de pays dont les droits de leurs femmes sont protégés.

Cela débute par assurer aux femmes le droit à l’éducation et à la santé. Je dis toujours que ma mère est plus intelligente que moi, mais malheureusement elle n’a pas eu la chance de faire des études, ce qu’elle regrette beaucoup. Les femmes sont, en moyenne, plus privées d’études ou sont sorties plus précocement de l’école que les hommes, ce qui fait qu’une société perd des ressources humaines potentiellement de grande qualité.

Pour y remédier, il faut mettre en place une stratégie pour que les filles aillent et restent à l’école. Cela ne doit pas être seulement des mots mais surtout des actions.
J’ai remarqué que beaucoup de filles connaissent une précarité menstruelle : elles éprouvent des difficultés lors de leurs périodes, ce qui nuit parfois à leur scolarité, surtout quand elles viennent de familles démunies. Je suis d’avis qu’un plan d’action doit être mis en place pour lutter contre cette précarité menstruelle. Cela éviterait que beaucoup d’écolières dans notre pays s’absentent en classe lors de leur cycle.

Il est aussi important de changer de paradigme et ne pas laisser les filles abandonner l’école quand c’est difficile, comme dans le cas de ma mère. Elles ont besoin d’encouragement, de confiance pour qu’elles prennent conscience qu’elles ont un potentiel égal à celui des hommes. Dans les sciences, les études montrent que les femmes pensent qu’elles sont moins douées que les hommes, ce qui n’est pas le cas. Changer cette perspective permettrait à davantage de femmes d’oser étudier dans les matières scientifiques et y exceller. La réalité est très souvent subjective, et les préjugés d’une société peuvent créer une prophétie autoréalisatrice.

Cela est une transition pour parler du poids de la société, comment les pesanteurs sociales mettent souvent un frein à l’épanouissement des femmes. Prenons le mariage. Dans notre société, le poids de sa réussite repose en grande partie sur les femmes, ce qui est anormal. L’échec, qui est toujours temporaire, de leur enfant leur est attribué, ce qui est une absurdité. Ma mère a vécu une telle situation, ce qui lui a causé une perte de confiance en elle et une grande culpabilité, alors qu’elle n’en était pas coupable ou responsable.

Pour que les droits des femmes soient une réalité, notre société doit cesser certaines pratiques. Pourquoi attribuerait-on l’échec d’un enfant à sa mère, alors qu’il a été conçu par un homme et une femme ? Les deux sont responsables de l’éducation de leur enfant. Si les hommes le comprennent, ils s’impliqueront davantage dans la vie de leur enfant, surtout quand il prend une voie néfaste à sa réussite.

En tant qu’hommes, nous avons un grand rôle à jouer dans l’épanouissement des femmes. Nous devons aider nos femmes à être accomplies, car cela est dans notre intérêt. Quand les femmes le sont, la famille, l’entreprise, le pays, le monde se portent mieux.
A un niveau institutionnel, l’Etat doit agir pour que les femmes obtiennent leurs droits. Les droits des femmes ne doivent pas être juste des slogans à sortir lors de la journée internationale du droit des femmes, mais doivent être une politique mise en œuvre de façon pérenne et permanente. Je répète que c’est dans son intérêt : une société se porte mieux quand les femmes se portent mieux, étudient mieux, disposent d’une plus grande autonomie.

Pour revenir sur l’expérience de la Bourse familiale au Brésil, il est important aujourd’hui que les politiques publiques tendent vers le bien-être des femmes. Aussi certaines actions doivent-elles être entreprises comme maintenir les femmes à l’école, lutter contre la précarité menstruelle, leur insécurité économique, les protéger de toute violence psychologique et physique.
Si le Sénégal promeut ces mesures, il parviendra plus rapidement à l’émergence et au développement. Les exemples foisonnent de pays qui appliquent cette politique, comme les Etats scandinaves, qui sont également les moins corrompus, les plus apaisés.

Ayant toujours cru que faire progresser les droits des femmes, c’est faire progresser le monde, je milite pour que leurs droits soient protégés et respectés. Il est aussi important de poser des actes concrets pour leur épanouissement. Cela sera tellement bénéfique pour un pays et pour le monde ; comment vouloir se développer si l’on se prive du talent, de la créativité de 50% de la population ? En tant qu’hommes, également, c’est dans notre intérêt : nos enfants auront tellement plus de chances de réussir, si nous faisons en sorte que les femmes soient plus épanouies.

A cause de tout cela, je dis que le progrès des droits des femmes n’est pas négociable ; c’est tout simplement une obligation de lutter pour qu’ils progressent. Cela ne doit pas être seulement le combat des femmes, mais des hommes, de la société, du monde. Comme le dit Adichie : «Nous devrions tous être féministes.» J’en suis un, car je sais que cela me profitera grandement, de la même manière que cela profitera également aux femmes. Pour cela, je défends l’idée que les progrès des droits des femmes représentent le progrès du monde.
Moussa SYLLA

Article précédentDaaka de Médina Gounass : La hantise des incendies
Article suivantSédhiou : le mouvement « Goudomp debout » sonne la mobilisation : Olivier Boucal « efface » les traces du passage de Macky Sall

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici