Au soir de la finale de Coupe d’Afrique 2019 de football, en Egypte, à peine le trophée remis à l’Equipe d’Algérie que le ministre des Sports de l’époque se projette déjà sur l’édition suivante. Il jure à ses proches que ce sera la bonne. Et ce fut la bonne. C’est avec ce mental de sportif de haut niveau que Matar Ba semble avoir régné dans un département, 8 ans, 3 mois et 16 jours durant, dépassant le record détenu par François Bop (7 ans). Une longévité qu’il doit à sa capacité à pacifier un terrain tortueux. Malgré l’éternelle faiblesse des moyens mis à la disposition de ce secteur, vitrine dans la plupart des pays développés.
De 2000 à 2012 sous l’ancien président de la République, Abdoulaye Wade, le Sénégal a connu 8 ministres des Sports. Avec l’arrivée de Macky Sall au pouvoir, l’apparition de Malick Gakou et Mbagnick Ndiaye, supposés hommes du sérail, n’a pas changé la donne. Il a fallu que le chef de l’Etat appelle Matar Ba pour conjuguer les querelles au passé.
En place le 6 juillet 2014, son premier chantier est la rénovation du Stade Léopold Sédar Senghor (Dakar) pour que le Sénégal puisse y jouer un décisif match d’éliminatoire de Can 2015 contre l’Egypte le 6 septembre. En moins de trois mois, la mission est accomplie. Le maire de Fatick marque ses premiers points. Celui qui a auparavant gravi tous les échelons dans le mouvement Navétanes reste depuis tout proche du terrain. Même glissant -chute des résultats en athlétisme, karaté, boxe-, il n’hésite pas à y entrer, face caméra, pour reconnaître les tares et l’arbitrage à faire devant un manque criard de sous. Moins d’un milliard F Cfa pour les compétitions internationales pour des besoins estimés au quadruple.
Le football, la vitrine de tous les sports, a su compter sur lui. Notamment l’Equipe nationale A, l’opium du Peuple, qui a toujours été dans de bonnes conditions. Le premier sacre continental obtenu au Cameroun n’est que le fruit de tous ses investissements.
Paradoxalement, le couperet s’abat sur lui au meilleur de sa série, une deuxième qualification de suite au Mondial de football après «Russie 2018». Cela explique un peu l’agitation autour de son limogeage. Beaucoup s’accordent sur le mauvais timing en pensant aux quelques semaines qui nous séparent de la phase finale, au Qatar. En coulisse, les sympathisants s’activent, une pétition lancée pour sa «réhabilitation» ne changera pas la donne. Même s’il échappe à son contrôle. Idem pour la mort de 8 supporters du Stade de Mbour après l’effondrement d’un pan de la tribune découverte du Stade Demba Diop en finale de Coupe de la Ligue, le 16 juillet 2017. Ou encore les infrastructures livrées, mais pas avec la qualité souhaitée.
Sa nomination au poste de chef de Cabinet du chef de l’Etat n’est pas un retour en zone, comme on le dit basket. Encore moins, un retour sur le parquet. Il est hors du gouvernement de combat de Amadou Ba, mais reste sur le champ de bataille aux côtés de son mentor et prédécesseur à la mairie de Fatick. Il restera tout de même, l’homme aux trophées.
Par Woury DIALLO – wdiallo@lequotidien.sn











