La suppression de tout contrôle administratif et du visa préalable a favorisé la survenance de plusieurs irrégularités dans l’exécution des dépenses éligibles aux ressources du Fonds de riposte et de solidarité contre les effets du Covid-19 (Force Covid-19). Plusieurs ministères ont ainsi été épinglés par la Cour des comptes, dans un rapport qui fait couler beaucoup d’encre et de salive.
Par Dialigué FAYE – Dans son rapport d’audit des Fonds de riposte et de solidarité contre les effets du Covid-19 (Force Covid-19), la Cour des comptes a épinglé plusieurs ministères. Il s’agit des ministères de la Santé et de l’action sociale, de la Microfinance et de l’économie solidaire, du Développement communautaire, de l’équité sociale et territoriale, du Commerce et des petites et moyennes entreprises, de la Femme, la famille, du genre et de la protection des enfants, de la Culture et de la Communication, ainsi que du Développement industriel et des petites et moyennes industries. Pour la plupart de ces départements ministériels, ce sont les Dage qui sont mis en cause pour diverses irrégularités et malversations. Entre autres, les vérificateurs de la Cour des comptes ont relevé un cumul dans le paiement des primes, une surfacturation dans l’acquisition de certains produits, notamment le riz, une sélection de fournisseurs d’équipement sans expérience avérée dans le domaine…
Dans le paiement des primes aux membres du Comité national de gestion de l’épidémie (Cnge) aussi, des centaines de millions de francs Cfa ont été indument payés. Une surfacturation de plus de 2 milliards de francs Cfa a été également décelée dans l’achat du riz destiné aux ménages…
La Cour des comptes a ainsi formulé une série de recommandations dont certaines préconisent des poursuites en Justice d’auteurs présumés de faits assimilables à des détournements de deniers publics ou des surfacturations.
Pour les organisations de la Société civile ainsi que les partis de l’opposition, ces recommandations, notamment les demandes de poursuite faites par la Cour des comptes, ne doivent pas rester lettre morte. Dans tous leurs états, les leaders d’Afrikajom Center, d’Osidea, de l’Ondh, de l’Ong3d, de la Lsdh, la Raddho, le Réseau siggil jiguen, Frapp et Nittu deug ont animé une conférence de presse le jeudi 22 décembre 2022, pour exiger la démission des autorités incriminées, le remboursement des sommes détournées ou la confiscation de leurs biens matériels ou fonciers, l’ouverture d’une information judiciaire pour chaque personne épinglée. L’organisation d’un rassemblement à la Place de la Nation a été ainsi annoncée pour le 30 décembre 2022, ainsi qu’un concert de casseroles par la Coalition Yewwi Askan Wi, dans la soirée du 31 décembre.
Le vendredi 23 décembre 2022, le gouvernement a répliqué. Au cours d’une conférence de presse, les ministres des Finances et du budget, Mamadou Moustapha Bâ, et du Commerce et des Pme, par ailleurs porte-parole du gouvernement, Abdou Karim Fofana, ont souligné que la Cour des comptes avait énoncé 85 recommandations, «qui seront capitalisées et internalisées au titre de bonnes pratiques en matière de bonne gouvernance des ressources publiques, dans des situations d’urgence et de crise». Moustapha Bâ de préciser que les montants estimés comme devant faire l’objet de poursuites judiciaires concernaient exactement 6 milliards 686 millions 784 mille 410 francs Cfa, «soit 0,7% du montant total du Pres (Programme de résilience économique et sociale : Ndlr) décaissé».
Avant cela, le Président Macky Sall avait demandé, lors du Conseil des ministres du mercredi 21 décembre 2022, au Premier ministre, Amadou Ba, de tout mettre en œuvre pour tirer les choses au clair. Pour désamorcer la bombe que constitue ce rapport de la Cour des comptes sur la gestion des fonds Covid-19, le chef du gouvernement a décidé de recevoir la Société civile le mardi prochain, avant de continuer avec les partenaires techniques et financiers.
A Tambacounda, le chef de l’Etat a encore rappelé, en réunion du Conseil des ministres décentralisé, ses instructions pour que les ministres mettent rapidement en œuvre toutes les recommandations de la Cour des comptes, telles que formulées dans ledit rapport, et veiller à ce que tous les mis en cause s’expliquent devant les juridictions compétentes. Ainsi, le Premier président de la Cour des comptes devrait saisir le ministère de la Justice le jeudi 29 décembre, pour demander l’inculpation des personnes citées dans le rapport sur la gestion des fonds de lutte contre les effets du Covid-19 et qui n’ont pu être justifiés. Cela va permettre à l’appareil judiciaire d’entrer en jeu et d’entendre tous ceux qui sont impliqués.
Et s’il s’avère que les mis en cause sont coupables, qu’ils soient sévèrement sanctionnés, afin que de pareilles bassesses ne se reproduisent plus. Il y va de l’image du Président Macky Sall, et de tout le pays.
dialigue@lequotidien.sn












