Moundiaye Cissé, le coordonnateur de l’Ong 3D, estime que le climat «conflictogène», qui prévaut au Sénégal, devrait conduire les autorités à ne pas «enflammer le pays» avec des «arrestations tous azimuts». Il s’est engagé, aux côtés des acteurs de la Société civile, à parler avec les politiques, tout en restant équilibré.
Vous avez lancé l’initiative «Sunuy milliards dou ress» pour pousser le gouvernement à donner suite aux recommandations de la Cour des comptes. Maintenant, la Dic va commencer les enquêtes. En êtes-vous satisfait ?
«Sunuy milliards dou rees», c’est une alerte pour ceux qui gèrent nos ressources publiques. L’objectif est de leur dire que rien ne sera plus comme avant. Nos ressources publiques sont si maigres qu’on ne va plus laisser une poignée de personnes s’enrichir sur le dos des Sénégalais. C’est fini, tout cela ! Nous allons continuer jusqu’au bout pour que le rapport de la Cour des comptes ait une suite.
Le procureur a réagi suite à notre plainte. Nous allons continuer de suivre car ce que nous faisons n’est pas dirigé vers ceux qui sont indexés. Ça va au-delà de ce régime. Demain, ceux qui vont remplacer ce régime, devraient s’attendre à ce qu’on leur demande la reddition des comptes. Il est inconcevable qu’une poignée de personnes s’enrichisse sur le dos des Sénégalais.
Le carnage constaté avec le fonds Force Covid-19 est intolérable. Nous attendons les enquêtes de la Dic. Après, nous allons voir quelle suite le juge va donner à cette affaire. Nous allons suivre le côté pénal, mais aussi la Chambre de discipline de l’Etat.
Le parti Pastef a adressé une lettre à la Société civile pour dénoncer les abus dont ses membres se disent victimes. Quelle lecture faites-vous de cette demande ?
Le parti Pastef est dans son rôle. Quand les arrestations deviennent une règle alors qu’elles devaient être l’exception, ça pose problème. Les arrestations dans une République, surtout pour des questions de manifestations, doivent être une exception. Il faut éviter que cela soit une règle. Cela ne veut pas dire qu’on doit encourager l’anarchie. Ceux qui manifestent doivent s’entourer de toutes les garanties légales. Il faut faire des demandes en bonne et due forme, et à temps. Dans ce cadre, il n’y a aucune raison pour l’Administration d’interdire les manifestations, car celles-ci étant consacrées par la Constitution. En plus, tout ce qu’on dépense pour contrer une manifestation est onéreux. L’Etat doit revenir à la raison, doit savoir raison garder. On a les moyens d’encadrer les manifestations, quelles que soient les dissensions. C’est ça qui mène vers l’apaisement. A l’approche des élections, on doit éviter tout ingrédient qui contribue à enflammer le pays. Déjà, il y a beaucoup de thématiques «conflictogènes» liées à l’incertitude de plusieurs candidatures. Il ne faut pas en rajouter.
Le parti Pastef a listé depuis 2018, les «acharnements sur Sonko et ses partisans». Quand ils vous interpellent, n’est-ce pas une tache d’huile sur le rôle de la Société civile, qui se devait d’être à l’avant-garde ?
Non, la Société civile a toujours été dans son rôle. Certains sont tellement engagés qu’on les taxe d’opposants encagoulés. On ne peut pas reprocher à la Société civile d’avoir été inactive. Elle est dans son rôle, en plus d’avoir son agenda. La Société civile ne doit pas articuler son rythme par rapport aux besoins des acteurs politiques car, parfois, cela peut être des sollicitations partisanes. Mais quand il s’agit d’expression de liberté, comme le cas des arrestations tous azimuts lors des marches, c’est important que la Société civile s’organise davantage. Nous allons nous organiser pour trouver une solution en parlant aux uns et aux autres. C’est l’équilibre qui est important. Il faut un juste milieu. On ne doit pas donner l’impression qu’on est des opposants.












