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Bonnes feuilles : Abdoul Aziz Diop veut «Gagner le débat» contre les «complotistes» – Lequotidien

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A l’heure où le débat politique au Sénégal est encombré par différentes théories sur une éventuelle 3ème candidature du président sortant, qui serait, pour beaucoup de personnalités du monde politique et de la société dite civile, la cause et la justification, de ce que ces gens analysent comme les dérives du pouvoir politique actuel, Abdoul Aziz Diop, Conseiller du président de la République veut déplacer le curseur. A la différence de ceux qui se plaisent à utiliser les arguments qui volent au ras du sol et finissent dans les caniveaux, l’homme, comme à son habitude, veut se retrouver sur le terrain de ses adversaires.

Aux intellectuels et universitaires, qui ont appelé son chef à «revenir à la raison», il renvoie les faiblesses de leur raisonnement. A ceux qui veulent s’abriter du voile de la religion pour vouer aux gémonies la gouvernance de son champion, l’universitaire Abdoul Aziz Diop apporte la réplique sur la base de sa formation islamique, qui n’a rien à envier à celle de ses détracteurs.

Le Quotidien a voulu publier ici les bonnes feuilles de son dernier ouvrage, paru chez l’Harmattan Sénégal et dont le titre indique amplement la volonté de son auteur, à savoir, «Gagner le Débat». Si déjà ses idées ouvrent la voie à des larges débats intellectuels et dénués de toute considération crypto-personnelle, ce journal aura largement gagné son pari.

En attendant, dans ce numéro, nous offrons au lecteur, aussi bien l’Introduction que la Conclusion de l’ouvrage, et lui souhaitons, une Bonne lecture

INTRODUCTION

Le 29 juin 2022, le journal Le Monde publie sur son site Internet les propos, recueillis par la journaliste au Monde Afrique Coumba Kane, de Mamadou Diouf, «professeur d’études et d’histoire africaines à l’université Columbia de New York et spécialiste de l’histoire politique du Sénégal». Axée sur la démocratie sénégalaise, l’interview apprend, à la personne qui s’y attarde vraiment pour en tirer quelque chose, que le Sénégal, «longtemps présenté comme un modèle de démocratie sur le continent» africain, doit sa relative stabilité au «dialogue» qui, selon Mamadou Diouf, a «persisté tant bien que mal».

Présenté par l’historien comme un «ingrédient de la stabilité sénégalaise», le dialogue est d’autant plus «indispensable» -l’épithète est de l’interviewé- qu’il permet d’«éviter un affrontement sanglant entre le régime [du Président Macky Sall] et [la] frange épuisée de la population» composée de «beaucoup de Sénégalais [jeunes et moins jeunes qui], de l’avis du professeur Diouf, se sentent piégés et n’ont rien à perdre».

Tout en concédant explicitement au régime du Président Léopold Sédar Senghor et, implicitement, à ceux des présidents Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, la persistance du dialogue, Mamadou Diouf considère que «le Président Sall a du mal à faire face aux critiques de ses adversaires [politiques]». Pourtant, l’institutionnalisation, dès mai 2016, d’une «journée du Dialogue national» par le Président Macky Sall n’échappe pas à l’historien que nous n’accusons pas pour autant d’oubli ou de parti pris. C’est qu’il y a une autre explication plus sérieuse et dont l’invité de la journaliste Coumba Kane est l’auteur : «il n’y a pas de débats» au Sénégal depuis plus de dix ans maintenant.

Tout, dans l’analyse de l’historien Diouf, est dit comme si le dialogue n’a pas la même signification que le débat, auquel il ne se distingue pourtant que par un peu plus de solennité et la promesse qu’il en sorte quelque chose d’acceptable pour toutes les parties prenantes au dialogue. Le débat et le dialogue ne faisant qu’une et même chose, obtenir du dialogue ce que le débat, beaucoup plus souple et beaucoup moins cher, ne permet plus d’obtenir est un pari d’autant moins gagnable que le débat démocratique est lui-même percuté comme jamais auparavant par les trois principaux groupes d’acteurs (les journalistes, les hommes politiques et les citoyens) qui y participent directement ou indirectement.

Au lieu d’en être les garants, les journalistes participent au percutement du débat en renforçant un camp par leurs opinions, oubliant qu’il est juste attendu d’eux l’équilibre dans la diffusion de l’information juste et vraie. Dépendant du camp (pouvoir ou opposition) auquel ils appartiennent, les hommes politiques nouent alors avec les journalistes des relations plutôt mauvaises pour la démocratie et le débat démocratique. Le dernier groupe d’acteurs, celui des citoyens, peine, au quotidien, à trancher un débat qui n’en est plus un.
En février 2016, date à laquelle 45 professeurs de Droit ont publié un manifeste pour «démonter» un avis du Conseil constitutionnel, accusé d’«incohérence», le percutement du débat démocratique par des universitaires est considéré comme la première bénédiction dont jouissent les opposants, dits radicaux, qui n’hésitent plus à conspuer les institutions de la République. Depuis peu, les pulsions putschistes qui gangrènent l’ensemble du corps social sont légitimées par des intellectuels à travers des passages-clés d’articles de journaux ou d’interviews colportées par des sites Internet de légitimation, à peine voilée, de coups de force comparables à ceux qui se sont produits au Mali, en Guinée et au Burkina Faso.

Deux intellectuels notoires -l’écrivain à succès Boubacar Boris Diop et l’économiste Makhtar Diouf- vont droit au but. Dans la deuxième partie de la longue interview que lui aurait accordée, à la mi-juillet 2022, le site impact.sn, Boubacar Boris Diop croit savoir qu’«aujourd’hui (…) Macky Sall peut tout se permettre, qu’il applique à l’Armée les méthodes qu’il utilise dans le civil». Qu’est-ce que l’Armée, professionnelle et républicaine du Sénégal, vient faire dans le soliloque récréatif auquel l’écrivain a visiblement pris goût depuis quelque temps ? Makhtar Diouf répond : «Il est salutaire, comme en sacerdoce, de (…) faire opposition à [Macky SALL].» Par la force armée ? Pourquoi pas ! L’écrivain complétant l’économiste, plus rien ne s’y oppose.

«Plusieurs pays voisins -Guinée, Burkina Faso, Mali- ont connu ces dernières années, écrit Mamadou Diouf, des crises politico-militaires inquiétantes avec le retour des putschs, l’intensification des violences intercommunautaires et la présence de jihadistes.» Aux yeux de l’historien, «le [Sénégal] n’est pas à l’abri de ces dérives». «En termes de valeurs, [le] conservatisme, en phase avec l’aspiration au retour à la tradition et à la religion, y compris «dans les milieux intellectuels»,» suffit à expliquer l’inquiétude du professeur Diouf. Si cette thèse tenait vraiment la route, on pourrait se demander ce qu’il reste de celle opposant la tradition à la religion depuis la montée en puissance du soufisme dont le déclin annoncé n’est encore aujourd’hui qu’une vue de l’esprit. Ce soufisme, cher au grand conférencier Cheikh Ahmed Tidiane Sy -petit-fils de Maodo-, considère qu’un «retour aux valeurs traditionnelles» n’est qu’un «archaïsme débordant» qui ne suffirait même pas à faire barrage au «matérialisme dégradant» de type occidental voué aux gémonies par le «conservatisme» nouveau et sa possible excroissance salafiste.

N’ayant plus rien à dire d’après cette dernière analyse, les «milieux intellectuels» n’acceptent pas pour autant d’être largués. D’illustres représentants desdits milieux se prêtent depuis peu au «strip-tease politique» pour exister, multipliant, à travers des tribunes bâclées et des entretiens laborieux avec les journalistes, les petites phrases destinées à chauffer à blanc les jeunes inconditionnels des opposants dits radicaux. Il s’agit des intellectuels arides dont les pulsions putschistes ont considérablement appauvri la pensée et percuté le débat démocratique à travers un parti pris ne s’appuyant sur aucune enquête crédible de nature politique, sociale ou économique.

Cette brève chronique comporte deux parties. La première est une tentative de réhabilitation, par l’exemple, du débat démocratique en proie aux pulsions putschistes. La seconde est, elle, un effort de réhabilitation de l’Etat (rationnel) face aux défis intellectuel et politique du jihadisme -appendice du terrorisme international- en Afrique de l’Ouest. Comme le montrent les deux parties, les intellectuels arides ne sont pas plus convaincants quand ils agissent seuls ou quand il se regroupent pour, à titre d’exemple, dénoncer «la toute puissance du spirituel sur le temporel» ou pour défendre le Droit qu’ils disent enseigner depuis de nombreuses années, oubliant les rides qu’imposent le temps et l’espace à tous les savoirs. La plus persistante de ces rides est celle laissée par les émeutes et/ou le terrorisme contre lequel l’esprit fécond doit trouver l’indispensable antiterrorisme rationnel susceptible de réparer durablement un monde gravement percuté en gagnant le débat d’idées à la bonne organisation duquel sont conviés, l’audiovisuel public compris, les médias.

CONCLUSION

Pour conclure cette chronique, nous nous rendons à Tivaouane, où repose l’intellectuel arabophone et grand conférencier, Cheikh Ahmed Tidiane Sy, dont l’éloge de la «consultation» affine celui du «dialogue» fait par l’intellectuel francophone Mamadou Diouf qui conclut l’interview citée dans l’introduction en ces termes : «Pour éviter un affrontement sanglant entre le régime et [la] frange épuisée de la population, le dialogue est indispensable. Ce rôle devrait être confié à des leaders dotés d’une légitimité non pas politique mais communautaire. Ils ont un rôle crucial à jouer dans la reconstruction de la société sénégalaise, au-delà des clivages partisans et autour du bien commun.»
En conférence à Kaolack en 1987, Cheikh Ahmed Tidiane Sy insista sur l’antériorité des «versets pleins de sagesse» -ceux du Noble Coran naturellement- pour tout ce qui se rapporte, entre autres, à la communication bien à la mode dans les sociétés politiques modernes rythmées aujourd’hui par des compétitions électorales de plus en plus violentes dans les écrits, les paroles, les images, les vidéos, Internet et la rue.

Le conférencier commença la partie concernée de son brillantissime exposé en attirant l’attention du public, venu très nombreux l’écouter, sur les fonctions vitales de l’information et de la communication dans la gouvernance d’un pays et, en même temps, sur le précipice dans lequel la diffusion de fausses nouvelles et l’intérêt injustifiable et toujours grandissant des médias pour un grand nombre de communications insignifiantes peuvent précipiter la collectivité tout entière.

A la différence de bon nombre d’intellectuels musulmans -sénégalais en particulier-, Cheikh Ahmed Tidiane Sy s’appuya très rarement sur l’intégralité des versets du Coran sous le prisme desquels il conquiert, dans l’espace et dans le temps, les faits constatés et les construit par sa propre pensée quand celle-ci n’est pas inspirée par les réflexions des maîtres qu’il n’oublie jamais de citer et dont il dit devoir beaucoup pour les avoir longtemps côtoyés. Serigne Alioune Guèye et Serigne Chaïbatou Fall, pour ne nommer que deux d’entre eux, ouvrent toujours la longue liste d’érudits pourvoyeurs de savoirs et de bonnes conduites. C’est exactement ce qui est arrivé lorsqu’il plancha, il y a 35 ans à Kaolack, sur la communication déjà à la mode partout dans le monde. Le morceau choisi par le conférencier avait été celui du verset 51 de la sourate 28 dont le titre -«le récit»- est bien révélateur de ce qui allait suivre.

‎وَلَقَدْ وَصَّلْنَا لَهُمُ الْقَوْلَ
«Nous leur avons déjà exposé la Parole.»(28:51)
C’est également en très peu de mots que Serigne Babacar Sy précisa la portée de la courte chaîne de caractères choisie par son fils et disciple :

‎الْقَوْل الَّذِي هُوَ الْقَوْلُ
Cheikhal Khalifa intima ses contemporains et la postérité à diffuser de bonnes nouvelles, vraies et justes, dont ils sont porteurs et de s’abstenir de divulguer tout ce qui, pesé et soupesé, ne devrait l’être sous aucun prétexte.
La Parole (Coran) ayant déjà été exposée, le destinataire qui s’en est imprégné n’est plus au stade de l’information. Il est dans la communication qui, elle, porte sur les résultats (promis par Dieu) auxquels la conformité aux enseignements conduit. La communication faisant suite à l’action documentée, chaque communicant doit s’en souvenir :

‎لَعَلَّهُمْ يَتَذَكَّرُونَ
«(…) afin qu’ils se souviennent.» (28:51)
Pour s’être très bien imprégné de la Parole et pour s’en être souvenu dans l’action, le destinataire du Message (Coran) peut non seulement communiquer sur les résultats auxquels il est parvenu, mais il peut aussi et surtout participer au dialogue en ajoutant ses contributions documentées et de haute facture à celles des personnes avec lesquelles il partage un panel classique ou virtuel. Les groupes WhatsApp, pour celles et ceux qui en ont une bonne intelligence, sont de nos jours les réceptacles inédits de posts susceptibles de conférer la culture politique nécessaire aux jeunes, les préparant ainsi à une vie politique apaisée et de très grande qualité.

Bien avant l’historien Mamadou Diouf, Cheikh Ahmed Tidiane Sy insista beaucoup sur la force de la consultation publique, considérée comme l’agora d’où sortent les moyens de réparer les vies déréglées et de pacifier la cité commune :

‎وَأَمْرُهُمْ شُورَى بَيْنَهُم
«[Les gens] se consultent entre eux à propos de leurs affaires.» (42:38)
A l’opposé de la consultation publique est la conversation secrète organisée «pour attrister ceux qui ont cru» :

‎إِنَّمَا النَّجْوَى مِنَ الشَّيْطَانِ
«La conversation secrète n’est que [l’œuvre] du Diable.» (58:10)

‎شُورَى # النَّجْوَى
Conversation secrète # Consultation
En 2006, à Tivaouane, Cheikh Ahmed Tidiane Sy rappelle au député élu, sa fonction de représentation qui fait qu’aucun parlementaire ne peut se considérer comme le «bras armé» de quelqu’un à l’Assemblée nationale. «Le député représente ses mandants», avait-il laissé entendre. C’est que dans une démocratie, le Parlement est un haut lieu de la consultation publique pour le bien commun, là où les conversations secrètes ne permettent plus de se tirer d’affaire. En 2008, toujours à Tivaouane, le conférencier, se conformant au Livre, fit, une fois encore, l’éloge de la consultation, non sans exclure deux aspirants au débat public que sont «le plus acharné disputeur» (أَلَدُّ الْخِصَامِ) et «[le disputeur] incapable de se défendre par une argumentation claire et convaincante» (الْخِصَامِ غَيْرُ مُبِينٍ)

أَلَدُّ الْخِصَامِ
«Le plus acharné disputeur»

وَمِنَ النَّاسِ مَن يُعْجِبُكَ قَوْلُهُ فِي الْحَيَاةِ الدُّنْيَا وَيُشْهِدُ اللَّهَ عَلَى مَا فِي قَلْبِهِ وَهُوَ أَلَدُّ الْخِصَامِ
«Il y a parmi les gens, celui dont la parole sur la vie présente te plaît, et qui prend Allah à témoin de ce qu’il a dans le cœur, tandis que c’est le plus acharné disputeur.»
(2:204)

الْخِصَامِ غَيْرُ مُبِينٍ
«Le disputeur incapable de se défendre par une argumentation claire et convaincante.»

أَوَمَن يُنَشَّأُ فِي الْحِلْيَةِ وَهُوَ فِي الْخِصَامِ غَيْرُ مُبِينٍ
«Quoi! Cet être (la fille) élevé au milieu des parures et qui, dans la dispute, est incapable de se défendre par une argumentation claire et convaincante ?» (43:18)
Combien de députés, élus au suffrage universel le 31 juillet 2022, participeraient aux débats de la quatorzième législature si l’Assemblée nationale, installée le 12 septembre 2022, ne comptait plus un seul «disputeur acharné» et/ou un seul disputeur «incapable de se défendre par une argumentation claire et convaincante» ? L’optimisme du démocrate peut pousser ce dernier à penser que l’équilibre arithmétique au sein de l’Hémicycle issu du scrutin du 31 juillet 2022 a une signification autre que celle que voudraient lui trouver les députés de l’opposition dont on se souviendra encore longtemps du très grand nombre de viols par le langage perpétrés au quotidien dans leur bataille sans merci pour le pouvoir.

Deux intellectuels notoires -l’économiste Makhtar Diouf et l’historien Mamadou Diouf- leur adressèrent la parole sans équivoque. Selon Makhtar Diouf, «l’opposition a (…) intérêt (…) à faire preuve de plus de tempérance». Mamadou Diouf ne dit pas autre chose dans l’interview dont on mesure aisément, dans cette chronique, le grand intérêt pour nous : «L’opposition menée par Ousmane Sonko ne cherche pas à éviter la confrontation.» Les deux universitaires demandent explicitement à la «nouvelle génération d’acteurs politiques», à laquelle appartiennent incontestablement les furieux Ahmed Aïdara, Barthélémy Dias, Ousmane Sonko et Déthié Fall, d’«apprendre la culture du dialogue» afin de sortir du groupe des plus acharnés disputeurs -cas de Déthié- et de celui des disputeurs incapables -cas de Aïdara, Dias et Sonko- de se défendre par une argumentation claire et convaincante.

Déthié Fall et Ousmane Sonko, fâchés avec la rigueur qu’ils attendent de leurs adversaires politiques, s’auto-excluent de la nouvelle Assemblée pour ne s’être pas conformés à la loi électorale. Fait anodin pour bon nombre d’observateurs ! Pas vrai pour les «7 Sages» du Conseil constitutionnel à qui Makhtar Diouf et le professionnel du Droit public Ibrahima Fall voudraient faire admettre qu’une «infime» entorse au Code électoral est aussi sage que la conformité à la loi d’une liste de titulaires et/ou de suppléants. C’est ne rien comprendre que de ne voir dans l’épithète «Sage» qu’un simple ornement.

Fait nouveau et bientôt ancien : la plupart des conversations secrètes ont lieu maintenant en direct à la télévision sénégalaise. Le mode opératoire de telles conversations est simplissime puisque l’invité(e) bien accueilli(e), bien maquillé(e) et bien assis(e) sur son siège, non éjectable, doit répondre aux tirs préparés de plusieurs interlocuteurs (parfois même 6 contre 1). Ce type de déséquilibre dans le débat n’est pas fortuit ; il est le procédé par lequel la personne destinée à être lynchée en direct est totalement désarmée, quelles que soient la solidité de sa documentation sur les sujets annoncés ou dissimulés et ses aptitudes en communication. La chaîne de télévision Sen Tv du groupe Dmedia est le lieu par excellence de ce type de lynchage en direct des proies de la majorité présidentielle.

Nous nous attendons naturellement à la réaction des journalistes et chroniqueurs de Sen Tv qui, mêlés à un double jeu auquel ils ne peuvent échapper pour des raisons économiques, se défendront tous d’être les préposés à la lapidation commanditée par la rédaction de leur chaîne. Mais la question dont voici la teneur s’adresse d’abord au lettré arabophone et journaliste Mansour Diop qui fait, avec d’autres bien sûr, les beaux jours du groupe Dmedia depuis sa création : sur quelle éthique politique, religieuse et journalistique reposent les «conversations secrètes» dont Sen Tv est, en direct, le théâtre singulièrement au cours des cinq dernières années ?

Cumulant les fonctions de président du Conseil d’administration et de Directeur général, le Pdg du groupe Dmedia, Bougane Guèye, conçoit et élabore les stratégies comptable, financière, managériale et technique dudit groupe, en même temps qu’il fixe ses orientations à court et long terme. M. Guèye est aussi le président du mouvement Gueum sa bopp (Gsb) qu’il dit être mu par les besoins bien connus de développement économique et social du Sénégal. Cette orientation de Gsb est assez attrayante pour les pouvoirs publics dont il n’est pas difficile de gagner la confiance pouvant lui permettre d’émettre un point de vue dans les processus ouverts de prise de décision -domaine du politique (polity)- engageant l’ensemble de la collectivité. La participation de Gsb à de tels processus confère un droit de regard sur la mise en œuvre des décisions politiques à travers les politiques publiques (policies) d’éducation, de santé, de logement, d’agriculture et d’alimentation, de développement industriel, etc. La participation de Gsb à toutes les élections depuis sa création signifie, en cas de succès, l’exercice direct du pouvoir politique à tous les échelons où le succès électoral est effectif. Le domaine investi est donc celui de la politique (politics). Le président du mouvement ne peut donc plus se défendre d’être un homme politique qui fait de la politique pour présider aux destinées nationales et locales du Sénégal. Rien de vraiment grave tant que le Pdg de Dmedia et le président de Gsb ne font qu’un seul homme, entraînant le groupe Dmedia et son patron dans un conflit d’intérêts perceptible à travers la couverture par la chaîne de télévision du groupe, Sen Tv, des activités politiques de Bougane Guèye. Il ne fait donc plus aucun doute que les conversations secrètes en direct sur Sen Tv sont un crime, perpétré régulièrement contre le pluralisme politique et syndical au Sénégal, qui ne profite qu’à Bougane. Dire que le cartésianisme éthique et politique de Guèye Dany et de Dmedia est une ignominie nous évitera de mourir cons au moins autant que la critique de l’intellectuel aride ferait du bien à la démocratie sénégalaise et au débat démocratique terriblement percuté par les pulsions putschistes, en prélude au terrorisme extraordinaire, auxquelles cèdent les journalistes, les hommes politiques dits radicaux et les citoyens sans cesse abusés.

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