Depuis le 12 avril, les mélomanes capverdiens sont gâtés avec une série de prestations de grands artistes africains et américains, à travers l’organisation de l’Atlantic music expo et du Kriol jazz festival 2023. L’Orchestra Baobab, qui a illuminé les scènes, a ravi le public et les organisateurs de ces évènements musicaux.
Par Arlinda NEVES (Correspondante particulière) – Après trois ans de pause, Praia vit, depuis le 12 avril, aux rythmes du Festival de jazz Kriol, qui finit ce samedi. Au Cap-Vert, deux grands événements ont enchanté les populations : la 9ème édition de l’Atlantic music expo (Ame) et la 12ème édition du Kriol jazz festival (Kjk), durant lesquelles étaient présents plus de 30 exposants de produits «Made in Cap-Vert». Il y avait aussi 120 artistes et musiciens de plus de 15 nationalités : Sénégal, Maroc, Nigeria, Burkina Faso, Angola, Gabon, Mali, Portugal, Italie, Slovaquie, Brésil, Espagne, Etats-Unis…
Pour donner à l’évènement un cachet populaire, ils ont été valsés dans différentes scènes de la capitale. Ils se sont produits sous l’ovation d’un public éclectique, qui a chanté et célébré les prestations des artistes qui ont honoré ce grand festival. Cette année, il a rendu hommage au musicien et architecte capverdien, Nhonhô Hopffer Almada, décédé récemment. A quelques heures de la clôture de l’événement, il flotte un sentiment de gratitude à l’égard de tous les participants. Alors que les organisateurs ont noté la «bonne adhésion» des artistes africains.
Le triomphe de l’Orchestra Baobab au Kriol jazz festival
A Praia, le pic des festivités a été le 12 avril dernier, avec la tenue de la 9e édition de l’Atlantic music expo (Ame). C’est un partenariat public-privé entre l’entreprise qui gère l’Ame, l’Association culturelle du Cap-Vert, constituée d’entreprises nationales, et le gouvernement. Ce jour-là, l’artiste Sónia Noor, originaire du Maroc, s’est produite à la Pracinha da Escola Grande et a enchanté le public avec diverses chansons en plusieurs langues. A la fin du spectacle, elle n’a pu cacher son émotion : «Je suis ravie. Le public était fantastique et je veux revenir bientôt. J’ai passé un très bon moment ici à Praia. Merci beaucoup !» Alors que le jeudi 13 juin, jour de clôture de l’Ame, Bulimundo, groupe musical emblématique et mythique du Cap-Vert qui a fêté ses 45 ans d’existence, a mis le feu à la scène. Avec la chanson Tó Martins, entonnée avec la même ferveur qu’à ses débuts, il a conquis le public qui l’a ovationné. «Nos chansons continuent d’être chantées comme avant, et font partie de l’histoire du pays et de la musique capverdienne. Et quand par exemple, nous voyons des enfants de 12 ans les chanter, c’est merveilleux», savoure Zeca de Nha Reinalda, chanteur du groupe.
Pour sa part, le promoteur de l’Ame a déclaré que la visibilité de cet événement, notamment au niveau international, se confirme d’année en année. «Nous avons accueilli près de 50% d’artistes internationaux dont beaucoup sont d’origine africaine, qui vivent sur le continent, en Amérique et en Europe. Cette année, le nombre n’était pas très expressif, mais nous avons une très bonne participation et adhésion à l’évènement», s’est réjoui Gugas Veiga, Directeur général de l’Ame. Selon lui, «l’effervescence qui règne sur les lieux des spectacles dans la capitale montre que l’Ame est un évènement non seulement d’exportation de la musique capverdienne, mais aussi de la musique africaine».
«Un Kriol jazz plus africain»
Après la clôture de l’Ame, l’événement le plus attendu de la nuit du jeudi dernier était le Kriol jazz, fruit du partenariat traditionnel entre le producteur Harmonia, Djô da Silva, et la mairie de Praia, qui a mis en place le festival depuis 2009. Désormais, il s’affirme comme un événement incontournable et une référence culturelle dans la ville de Praia. Il a désormais un écho international étant aujourd’hui considéré comme l’un des meilleurs festivals du monde.
C’est l’Orchestra Baobab, un groupe musical prestigieux des années 1970 au Sénégal, qui a ouvert le Kjf. Sur la scène de la Praça Luís de Camões, au Plateau, le groupe a présenté un répertoire hétéroclite, allant du tango aux sonorités cubaines, en passant par la rumba congolaise. Il a fait danser le public. Après le spectacle, l’ambiance était à son paroxysme. «Nous avons été très surpris de l’accueil. C’est la première fois qu’on vient ici. Franchement, à notre retour au Sénégal, on dira qu’on a été bien reçus et que c’est un beau pays», avoue Yaya Fall, membre du groupe, ravi de l’accueil des Capverdiens. «On souhaite même revenir deux fois par an, si c’est possible. C’est un festival spéctaculaire, et nous viendrons avec une équipe plus dynamique», dit-il.
La clôture de la première journée a été assurée par Pamela Badjogo du Gabon. C’est une jeune artiste, avec un style de l’afrojazz, pleine d’énergie sur scène. Sans oublier les prestations de Tcheka (Capitaine), Roosevelt Collier (Etats-Unis), Luedji Luna (Brésil) et du groupe Bamba Wassoudou Groove (Mali). «Depuis l’aéroport jusqu’à l’hôtel, et maintenant, dans le Kriol jazz, l’accueil a été très chaleureux. Et nous sommes très contents de chanter l’amour, l’amitié et les relations humaines ici», s’extasie Maguette Diop à la fin du spectacle. «Nous, les artistes, nous nous considérons comme une famille. Je parle aussi de Cesária Evora que nous avons rencontrée plusieurs fois sur différentes scènes du monde», ajoute l’artiste malien, qui partageait les coulisses avec l’Orchestra Baobab.
Pour sa part, le directeur de la société de production Harmonia et l’un des promoteurs du Kriol jazz, Djô da Silva, né au Sénégal et qui a lancé Cesária Evora sur la scène musicale internationale, a salué la prestation du groupe Baobab et rappelé sa grandeur : «Ouvrir le Kjf avec l’Orchestra Baobab, un groupe mythique du Sénégal, un pays frère, et pour clôturer avec Pamela Badjogo du Gabon, c’est formidable. Et la musique de Baobab est exactement ce qui fait l’essence du Kjf, qui est la promotion du créole, parce qu’elle mêle la musique latine à celle de la côte africaine et au créole de la Guinée-Bissau. Et c’est ce mélange-là de Baobab dont nous avons besoin dans le Kriol jazz.» Il est subjugué par la présence, pour la première fois dans l’histoire du Kjf, de quatre groupes de musique originaires du Sénégal, du Gabon, du Nigeria et du Mali. «Un Kriol jazz plus africain, en quelque sorte», souligne le promoteur.
Cette année, le budget du Kjf est d’environ 28 mille escudos, un montant «inférieur» à celui des autres éditions. «Nous avons fait un Kriol jazz avec encore moins d’argent en période de crise pandémique, mais nous avons réussi à mettre sur pied un programme de grande qualité», se félicite Djô da Silva. Sur son nuage, il prévoit l’année prochaine, un festival avec une programmation également de qualité.
Il faut noter que le Kriol jazz festival baisse ses rideaux ce samedi. Et il y a à voir et à entendre sur les scènes capverdiennes. Ce samedi, Dee Dee Bridgewater, phénomène musical américain, ouvrira la troisième et dernière journée du Kjf. Le spectacle se poursuivra avec Lucibela (Cap-Vert), Asa (Nigeria) et Doctor Prats (Espagne), pour boucler la boucle à Praia. Du lourd !












