Bombay, toutes les bourses du monde sont prises de panique. Gautam Adani, l’homme le plus riche d’Inde -cinquième Pib mondial-, est au bord de la faillite. Le magnat au conglomérat diversifié a perdu, en quelques jours, 34 milliards de dollars (31,2 milliards d’euros) -sur près de 120 milliards de dollars il y a encore une semaine, passant de la quatrième à la onzième place mondiale dans le classement des milliardaires de notre planète.
Au même moment, coup de théâtre à Londres : le major pétrolier et gazier BP pulvérise tous les records avec plus de 27 milliards de dollars de bénéfices nets pour l’année 2022, grâce à la flambée des prix de l’énergie depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. BP a profité à plein de l’escalade des cours, avec un baril de Brent, référence de l’or noir, frôlant les 140 dollars en mars 2022, et un gaz à 350 euros le mégawattheure, soit 15 fois le prix moyen. Ainsi, le géant pétrolier et gazier, opérateur des champs de Grand Tortue entre le Sénégal et la Mauritanie, les seuls bénéfices de BP représentent plus que tout le Pib du Sénégal sur l’année 2022. C’est 19 000 milliards de F Cfa que BP doit distribuer à ses actionnaires. C’est inédit.
A l’instar de BP, Shell, Chevron, ExxonMobil, ainsi que TotalEnergies ont largement profité de la guerre en Ukraine. Dorénavant super-major des hydrocarbures, ces Goliath sans domicile fiscal fixe, listés simultanément sur les bourses européennes et américaines, aux structures souvent opaques avec des myriades de filiales, ont engrangé près de 151 milliards de dollars de bénéfice net en 2022. Un pic historique pour le capitalisme financier. Même les Gafam, qui drivent la nouvelle économie autour du numérique, ne sont pas aussi profitables.
A Paris, Londres, Bruxelles et même Washington, c’est une litanie de condamnations des gouvernements : le prix de la pompe est en hausse, les factures d’électricité des ménages laminent leur pouvoir d’achat, les classes moyennes d’Europe et d’Amérique subissent une saignée.
Malheureusement, les majors pétroliers deviennent plus profitables et plus cupides que jamais.
Le Président américain les a même accusés d’être des profiteurs de guerre, jouant à fond sur le conflit russo-ukrainien pour alimenter l’inflation mondiale. Partout dans le monde, le coût de l’énergie a augmenté et les consommateurs sont contraints d’arbitrer entre nourriture, carburant et électricité. C’est la face hideuse d’un capitalisme financier qui profite en temps de paix comme en temps de guerre.
Aujourd’hui, ce sont tous les engagements pris par ces super-majors aux titres de la neutralité carbone qui sont remis en question, leurs bénéfices volumineux sont un signe inquiétant pour l’empreinte climat et environnement de leur exploitation offshore et onshore. Les gouvernements européens et américains sont sans leviers pour les contraindre au respect de leurs engagements vis-à-vis du climat.
Face au Goliath BP, le Sénégal, comme David, aura-t-il les coudées franches pour défendre ses intérêts ? La Dgid, la Douane sénégalaise, et leur bras technique Petrosen, ont un défi titanesque pour nous faire engranger une part importante de revenus directs et indirects issus des ressources en hydrocarbures sur notre sol. Un challenge de taille que seuls des fonctionnaires patriotes, décomplexés et teigneux peuvent relever. Goliath n’a point de cœur.
Moustapha DIAKHATE
Cons Spécial PM
Expert et Consultant Infrast.












