Dans une mine artisanale du bassin aurifère burkinabè, Bolo, un jeune adolescent d’une quinzaine d’années, creuse la terre. En attendant de trouver ce métal précieux qui lui permettra de concrétiser ses rêves et de retrouver sa famille, il creuse sans répit. Et grandit. «Or de vie», du réalisateur burkinabè Boubacar Sangaré, s’attache à peindre la vie dans ces lieux où le rêve est un fil auquel tous s’accrochent.
Par Mame Woury THIOUBOU – A 13 ans, Boubacar Sangaré a vendu de l’eau dans une mine d’or artisanale. Des années plus tard, le voilà qui fixe à l’écran la trajectoire d’un jeune orpailleur. Bolo n’a pas encore la chance que son ami cinéaste a eue. Cela fait des années qu’il creuse, tamise et ausculte des grains de sable et de boue pour trouver la fameuse pépite qui fera sa fortune. Il rêve déjà de la moto qu’il va se payer, avant même de trouver le métal enfoui dans les sombres profondeurs. Mais avant d’arriver à cela, que d’efforts il faut faire. Bolo est un adolescent qui travaille à la mine. Son père n’est pas d’accord, mais faute de pouvoir prendre soin de lui, il ne peut se payer le luxe de contester le choix de son fils. A des dizaines de mètres sous la terre, Bolo et ses amis cherchent le filon qui fera leur fortune. Dans la mine de Bantara, le temps s’étire ainsi. Et entre deux tours de corvée dans la mine ou à la corde pour tracter les tonnes de boue et de pierre retirées des entrailles de la terre, ils fument, boivent. Bolo, devenu adulte avant l’heure, garde cependant son espièglerie d’enfant. Ses mimiques trahissent une jeunesse pourtant menacée. Déjà il carbure aux tranquillisants du fait des courbatures et d’un mal de dos tenace.
Dans cet univers, la transmission est faite par les aînés. Ils expliquent aux plus jeunes comment repérer le filon riche en or que tous attendent. «L’or est maléfique», assure un de ces aînés, convaincu que les génies sont bien dans la place. D’autres racontent aussi les histoires tragiques qui ne manquent pas dans ces lieux. Et le réalisateur filme justement l’un de ces moments que l’on devine fréquents vu les amas de toiles et de pompes à eau crachant d’acres fumées noires. Un incendie qui ravage tout, laissant derrière lui des femmes désorientées et occupées à réunir le peu de choses épargnées par le feu.
A Bantara, l’or est au cœur des rêves de chacun. Du mineur au marchand de nourriture ou de pilules, et jusqu’à ces deux jeunes garçons d’une dizaine d’années qui tirent une charrette sur laquelle les poussières prometteuses iront à la broyeuse. Eux aussi rêvent de fortune. L’un d’eux voudrait s’acheter un jean déchiré. Mais si les rêves sont gratuits, leur réalisation a un coût. Après des jours de labeur, ce sont de petites sommes qui permettent à Bolo de continuer à croire au rêve. Jusqu’à quand ? Le film ne le dit pas, mais nul doute que le prix à payer sera très élevé pour cette jeune vie. Avec ce premier long métrage, Boubacar Sangaré signe un film qui renseigne, avec pudeur et délicatesse, sur le quotidien de ces mineurs artisanaux que l’on retrouve un peu partout en Afrique. Malgré la menace que constitue l’arrivée de prospecteurs qui annoncent une mine industrielle, ces jeunes poursuivent leur rêve. Un jour, ils trouveront le bon filon et accompliront leurs rêves. Ils en sont convaincus.
Il faut savoir qu’Or de vie, projeté dans le cadre de Saint-Louis Docs, a été coproduit par Imedia (Burkina Faso), Merveilles Productions (Bénin) et Les Films de la caravane (France).
mamewoury@lequotidien.sn












