Des élèves et étudiants de la région de Ziguinchor ont battu le macadam dans leur commune, à coup de casseroles, pour s’opposer au refus de leur maire, Ousmane Sonko, de payer des frais de location d’un immeuble à Dakar. Ledit bâtiment sert de résidence étudiante pour les jeunes originaires de la ville de Ziguinchor devant s’installer à Dakar pour poursuivre leurs études universitaires. Face au refus du premier magistrat de la ville de Ziguinchor, les jeunes ont décidé de lui offrir un concert de casseroles pour se faire entendre, tout en paralysant malheureusement les cours dans la ville. Des élèves de cycles primaire et secondaire sont délogés depuis trois jours de leurs salles de classe et certaines artères de Ziguinchor ont été paralysées le premier jour de la manifestation, avec des blocages sauvages faits de pneus incendiés et de jets de pierre.
Cette situation est bien regrettable, d’autant plus qu’il s’agit d’une pratique ancrée que les équipes municipales précédentes, sous la conduite des maires Robert Sagna et Abdoulaye Baldé, ont toujours entretenue. Toutes les municipalités du monde offrent des dispositifs de bourses et d’aides sociales à leurs étudiants, voir cela comme une faveur faite aux jeunes est illusoire.
Qui connait un tant soit peu le milieu étudiant à Dakar, sait qu’il est courant que des jeunes originaires de différentes localités du pays s’organisent pour trouver un logement à usage de résidence étudiante pouvant servir de point de chute à tous les camarades, amis ou fils du même terroir. Dans certains cas, ce sont des bienfaiteurs qui subventionnent ces logements. Dans d’autres, les municipalités d’origine des étudiants trouvent dans leurs œuvres sociales, une manière d’appuyer les étudiants de leur localité. Les étudiants de Ziguinchor ont mille fois raison de réclamer à leur maire, Ousmane Sonko, le paiement du bail de leurs logements étudiants, car l’usage des ressources est bien connu et son utilité communautaire ne fait aucun doute.
Une des têtes visibles de ce mouvement des étudiants de Ziguinchor, le jeune Mamadou Badji, a eu un discours d’un courage et d’une lucidité que peu de nos politiciens, à commencer par le maire de Ziguinchor, sont capables de produire. Sans jouer dans l’invective et les accusations gratuites, il a réclamé un dû que des anciens leur ont laissé et à partir duquel ils peuvent s’adosser pour commencer à construire quelque chose dans une aventure étudiante à Dakar. Mamadou Badji va plus loin en disant à ses jeunes camarades des collèges et lycées qu’ils ont fait sortir, que le combat qu’il mène ne repose que sur le principe de passer à l’autre génération, un legs à partir duquel ils peuvent bâtir quelque chose. Peut-être que si le maire de Ziguinchor s’intéressait pour le peu du monde aux questions d’équité sociale, à un idéal de justice ou à une amélioration des situations et conditions de départ, il ne trouverait pas à polémiquer avec des étudiants prêts à chercher du savoir et ne demandant qu’à être logés. Quelle est la logique d’accepter de payer les logements pour les étudiants ressortissants de Ziguinchor à Bambey et Saint-Louis, pour le refuser à ceux de Dakar ? Peut-être que ses conseillers prendront le temps, dans leurs résolutions de Nouvel An, de lui lire un peu de Amartya Sen et de John Rawls pour qu’il s’imprègne d’idées d’inclusion et de quelques principes de justice sociale et d’équité distributive, au lieu de voir le complot partout.
Le concert de casseroles des jeunes de Ziguinchor aurait pu être une bonne occasion pour leur maire de se hisser au-dessus de la mêlée, de faire preuve d’humilité et de tendre une main généreuse à d’autres mains qui ont aidé à le faire élire. On ne peut malheureusement pas espérer grand-chose de l’homme, au vu de tous les actes qu’il pose depuis son entrée dans la scène politique de ce pays. Mais, on aurait au moins cru que pour une personne ayant bénéficié de l’éducation publique et qui s’est nourrie de toutes les chances que celle-ci a pu offrir, elle serait la dernière à annihiler les chances d’autres générations. Il n’a sûrement jamais bénéficié de bourses et d’aides du Sénégal pour les refuser à d’autres.
Il ne sert à rien de parler à un antirépublicain du rôle de l’éducation publique comme moteur d’ascension sociale, d’égalité des chances ou de promotion d’une meilleure cohésion du corps social. Tous les arguments lui seront aussi bruyants et inaudibles que les bruits des concerts de casseroles qu’il a pu professer.












