Coupe du monde, onze gars en maillot bleu polyester s’alignent pour La Marseillaise et voilà qu’ils font la chair de la nation française. Les Bleus racontent quelque chose de l’histoire de France – et, forcément, dans un pays aussi polarisé, cette histoire transpire la controverse. Ici, comme ailleurs, chaque Coupe du monde ranime une vieille question : qui appartient à la nation, et qui en est exclu ?
En France, le débat est depuis longtemps agité par cette problématique : les personnes issues de l’immigration peuvent-elles être pleinement françaises ? Lorsque les Bleus sont devenus champions du monde en 1998, Jacques Chirac allait saluer « une France tricolore et multicolore » – comme une préfiguration de la « nouvelle France » chère à Jean-Luc Mélenchon.
Acceptés sous condition
Mais, déjà, cette vision ne faisait pas l’unanimité. En 2000, après la victoire de la France au Championnat d’Europe et lors de l’enquête annuelle de la Commission nationale consultative des droits de l’homme sur le racisme et la xénophobie, 36 % des sondés déploraient la présence de « trop de joueurs d’origine étrangère dans l’équipe de France de football ».
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La France a disputé quatre des sept dernières finales de Coupe du monde, en en remportant la moitié et en perdant l’autre aux tirs au but. Reste que les joueurs non blancs des Bleus ne sont acceptés qu’à condition d’être irréprochables, sur le terrain comme en dehors. Lilian Thuram, champion du monde en 1998 devenu militant antiraciste, m’a dit un jour : « On vous demande d’être plus exemplaires. Mais pourquoi ? Parce que vous n’êtes pas tout à fait légitimes.» Qu’est-ce qui rendait « légitime » ? « Être d’une certaine couleur blanche. »
Qui ne figure pas sur la photo
Aujourd’hui, de tels débats font rage dans beaucoup de pays au sujet de leur équipe nationale : qui en fait partie, et qui n’en fait pas partie ? Je suis né Britannique en Ouganda, j’ai grandi aux Pays-Bas, je me suis installé à Paris en 2002 et je suis devenu citoyen français, même si je crains de relever des fameux « Français de papier », puisque je soutiens toujours les Pays-Bas. L’équipe néerlandaise, l’Oranje, compte plusieurs joueurs noirs, pour la plupart d’origine néerlando-caribéenne. Peu de supporters néerlandais contestent leur présence.
Mais devant n’importe quelle photo, la question est aussi de savoir qui n’y figure pas. Sur celle de l’Oranje, on ne trouve aucun joueur néerlandais d’origine marocaine. Ils ont choisi de jouer pour le Maroc. Rien d’étonnant : depuis le 11 septembre 2001, les « Marocains » – comme beaucoup de Néerlandais appellent les citoyens néerlandais d’origine marocaine – sont vus comme une cinquième colonne islamiste.
Hakim Ziyech, grand meneur de jeu néerlandais, né et élevé dans une petite ville du nord des Pays-Bas, sur des terres gagnées sur la mer, a atteint les demi-finales de la dernière Coupe du monde avec le Maroc. La photo de l’équipe marocaine, composée en grande partie de joueurs qui ont grandi en Espagne, en France, en Belgique et aux Pays-Bas, incarne l’idée d’une nation élargie à sa diaspora.
Donald Trump se présente comme le protecteur de la nation américaine face aux immigrés non blancs, et en particulier musulmans. Sa Coupe du monde est faite à son image. Un arbitre somalien qui devait officier pendant le tournoi a été renvoyé chez lui. L’attaquant vedette de l’Irak a été interrogé sept heures durant à son arrivée à l’aéroport de Chicago. Les joueurs iraniens doivent être basés au Mexique et ne peuvent entrer aux États-Unis, puis en ressortir, que le jour de chaque match – certains membres de la délégation étant tout bonnement interdits de territoire.
avec lepoint.fr/











