Actualités

Découverte-Aire marine protégée du Bamboug : Les mille et une facettes du mythique Delta du Saloum

Par Mame Diarra DIENG

Dans la région de Fatick, département de Foundiougne, commune de Toubacouta est niché l’aire marine protégée de Bamboug.  7000 hectares,  13 villages périphériques dont 03 villages insulaires, beaucoup de ressources naturelles mais aussi d’histoires. L’attraction demeure sans conteste, l’île de Dioromboumack. Elle a été découverte il y’a 3000 ans avec plus de 700 cadavres, 128 tombeaux.  Focus sur un coin méconnu des sénégalais.

L’aire marine protégée de Bamboung a été créée en 2004, elle regroupe une vingtaine d’amas coquillers, 154 espèces de végétaux, 9 grands types d’habitats et de formations végétales, 77 espèces de poissons, 220 espèces d’oiseaux, 16 espèces de reptiles, 3 espèces d’amphibiens, 8 espèces de mollusques, 53 espèces d’insectes.  Une aire marine, c’est toute aire protégée située sur la frange maritime ou estuarienne. C’est pourquoi il y’a des parcs nationaux et des réserves considérés comme des AMP (aire marine protégée). Au total il existe 15 AMP placés sous tutelle de la direction aire marine communautaire protégée (DAMCP) du ministère de l’environnement.  C’est pour une meilleure protection de ces aires que l’agence française de développement en partenariat avec la Damcp a mis en place un projet intitulé Amp-Mangrove pour un montant de plus de 3milliards FCFA. A l’occasion d’une visite avec la presse, le coordonnateur du projet Colonel Momar Sow est revenu sur l’impact des AMP sur l’environnement et sur les populations. Selon lui, l’AMP devient ainsi un espace de gestion concertée pour la gestion durable des ressources marines et côtières avec la mise en place de règles de gestion qui préservent la ressource, leur suivi participatif et une surveillance participative (Etat Communautés).  Cependant, il y’a une différence entre aire marine protégée et mangrove. L’AMP est une catégorie d’aires protégées alors que la mangrove est un type d’écosystèmes constitués des palétuviers. Pour ce qui est du projet, Colonel Momar Sow estime qu’il vise à appuyer la politique d’aires marines protégées au Sénégal à travers la conservation et la valorisation durables des forêts de mangrove du Delta du Saloum et de la Casamance. A l’en croire, le projet est estimé à plus de 3milliards, mais ils font face à des défis comme le niveau des équipements de surveillance, la valorisation des ressources des AMP, une meilleure intégration dans les politiques de développement économiques des collectivités territoriales. La 1ere phase du projet concerne 4 Amp (Bamboung, Sangomar, kassa balantacounda, Nimaone kalounayes) et la 2é phase concerne les 4 premières plus Abéné, Kaloolal blouf fougny et Gandoul). Après la connaisssance des Amp, place maintenant à une visite guidée sur l’Amp de Bamboung. Nous sommes le samedi, le climat est clément à Toubacouta.

Dioromboumack, l’île où on enterrait les morts avec leurs bijoux

Dioromboumack et ses mystères, impressionnent tout visiteur. Ici, les griots étaient enterrés dans un baobab. Actuellement, ce baobab attire beaucoup de visiteurs qui veulent connaitre l’histoire de cette île. Selon le conservateur de l’Amp de Bamboung Colonel Lamine Kanté, il y’a 128 tumulus qui ont été identifiés dont des griots,  parmi ces tumulus, des personnes avec tous leurs bijoux, leurs joyaux, leurs restes ont été trouvés. «Ces recherches se trouvent au niveau de l’IFAN et avec le projet AMP Mangrove, les aménagements touristiques  se font: l’ouverture de pistes (il y a eu environ 2 km de pistes qui ont été ouverts au niveau du site). Il est prévu d’améliorer ces aménagements par des espaces de repos, de bivouac, pour qu’au moins, tous les touristes puissent avoir un séjour idéal au niveau de Toubacouta », annonce-t-il.  A l’en croire, tous les touristes qui viennent à Toubacouta, pensent à aller à Dioromboumack, c’est l’endroit le plus visité. A Dioromboumack, les coquillages sont de 12 mètres de hauteur et 400 mètres de diamètre. Conservateur de son état, Bakary Mané est revenu sur l’histoire de Dioromboumak. Cet endroit était des îles habitées. « Il y a des moments de grande sécheresse et les gens se sont rabattus sur le delta du Saloum avec un environnement intact notamment la biodiversité. Il fallait trouver des moyens de substance, ils se sont installés sur des tannes, sur les coquillages, ils en consomment et finalement, enterrent leurs morts au même lieu. On ne sait pas où est ce qu’ils se sont installés. Les vestiges sont là et c’est un grand mystère, il y avait des calamités, des maladies qui décimaient et peut être ils se sont redéployés sur un autre lieu. Difficile de dire leur véritable ethnie. On a dit qu’ils viennent de la Sierra Léone mais la science ne l’a pas encore déterminée », explique-t-il.

Le bolong de Bamboung, l’endroit de reproduction des poissons

 Après l’îles aux coquillages, cap sur Bolong de Bamboung qui est le cœur de l’AMP. C’est un bolong de 15 km, un endroit de reproduction et de frayère des poissons. Au démarrage de l’AMP, en 2004, il y a eu 78 espèces de poissons qui ont été recensées. Il y a des fosses aussi, qui sont essentielles pour la reproduction des poissons. Ce bolong est intégralement fermé à la pêche. Les populations bénéficient de l’effet de débordement. Si une fois les poissons arrivent à l’âge de maturité et peuvent sortir, ils peuvent être pêchés par les communautés. Mais il est formellement interdit de pratiquer la pêche à l’intérieur de l’AMP. Pas seulement la pêche, mais toutes les activités de collecte malacologiques étaient interdites. Mais en 2018, sur demande des communautés, on a autorisé l’exploitation de coquillages dans ce bolong. Et c’est organisé. Pendant environ trois mois, avec l’appui du comité de gestion et des agents, les communautés exploitent les coquillages au niveau de cette AMP. Au niveau du bolong, un mirador a été mis en place un mirador pour mieux surveiller l’endroit qui est très convoité par les pêcheurs. Selon Colonel Kanté, c’est pour permettre aux surveillants communautaires d’être en permanence. «Il y a trois binômes de surveillants qui se relaient toutes les 48 heures. Donc cet endroit est surveillé en permanence, pour éviter des incursions de pêcheurs qui voudraient exploiter illégalement la ressource”, dit-il.  L’Amp regorge de ressources qui sont comestibles avec 78 espèces de poissons et 8 espèces de mollusques, à l’intérieur. Par rapport à exploitation des coquillages, dans chaque village, le comité de gestion et l’AMP s’organisent avec les communautés, les chefs de village, pour mettre en place des équipes d’exploitation. Dans chaque village, deux dames qui maîtrisent bien les techniques d’exploitation sont coptées. Cela fait un total de 26 personnes regroupées pour un séjour de 10 jours. Une fois la campagne terminée, il leur revient de fixer le prix de vente. Le produit vendu, il y a une clé de répartition entre les dames exploitantes, le comité de gestion et la mairie. En outre, dans la partie maritime, on y trouve surtout le thiof.

Commandant Mamadou Sidibé, directeur des aires marines protégées au ministère de l’environnement

«43% des espèces de poissons présentes au Sénégal viennent des aires marines protégées »

Directeur des aires marines protégées Commandant Mamadou Sidibé estime qu’ils ont l’obligation d’accompagner les initiatives communautaires. « Nous voulons également faire en sorte que les populations qui sont tributaires des ressources marines et côtières puissent au moins utiliser les ressources sans pour autant avoir des conséquences dans leur conservation », indique-t-il. A l’en croire, c’est la population qui exprime ses propres besoins et la direction vient en appui avec les partenaires pour répondre aux besoins. « Nous sommes dans le cadre d’une gestion partagée où chacun des acteurs a un rôle à jouer dans la surveillance. Il faut le souligner que 43% des espèces de poissons présentes au Sénégal viennent des aires marines protégées », annonce-t-il.

 

 

 

source

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page