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Des hectares de terres perdus chaque année : L’inquiétante avancée de la langue salée en Casamance

Des hectares de terres jadis arables sont envahies par la langue salée dans la région de Ziguinchor. De Kailou à Youtou en passant par Bafican, Niambalang, Karounate et Effock, le scénario est identique. La remontée de la langue salée a fini d’imposer son diktat aux villageois impuissants et qui contemplent de loin ce désastre.

Déjà menacé, l’écosystème mangrove devient de plus en plus fragile avec le phénomène des changements climatiques et de la déforestation. Parfois, c’est la main humaine qui en est la principale cause. Pourtant, la mangrove constitue de l’avis des experts, un moyen de préservation et de lutte contre l’avancée de la langue salée. Dans la région de Ziguinchor, le phénomène gagne du terrain. Il suffit tout simplement d’emprunter l’axe routier Ziguinchor-Cap Skirring pour constater les dégâts causés par la remontée de la langue salée. A Kailou par exemple, dans l’arrondissement de Nyassia, département de Ziguinchor, des terres cultivables ont fini d’être envahies par les eaux salées. Les « oulak » (les superficies souvent emblavées) ont disparu laissant la place aux affluents de bras de mer. Idem à Niambalang, dans la commune d’Oukout, département d’Oussouye. Ici, même si certaines superficies résistent encore, l’on peut constater qu’une partie de ces terres, notamment la côté gauche qui verse sur le bras de mer menant à Youtou et Effock est déjà emportée par la langue salée. Pour freiner ce phénomène et permettre aux cultivateurs de pouvoir retrouver leurs terres, l’association Océanium, basée à Dakar et dirigée par Youssef El Ali s’est déployée dans les zones d’Effock et Youtou vers la fin du mois de septembre pour engager la bataille de la restauration de la mangrove. Selon le coordonnateur des reboisements de la zone Casamance à Océanium, personne ne peut quantifier les hectares de terres qui sont perdus à cause de cette remontée de la langue salée. De plus souligne-t-il, que ce phénomène touche l’ensemble des neuf départements de la région naturelle de Casamance. Seulement fait-il savoir, il y a des zones qui sont plus affectées que d’autres. Mieux ajoute-t-il, que, restaurer intégralement les mangroves dans toute la zone Sud du pays est synonyme de récupération des terres cultivables englouties par les eaux salées. Mais, renchérit-il, si ce pari n’est pas réussi, cela peut précipiter également, la disparation de certaines espèces, notamment les poissons pélagiques.

« La mangrove comprend cinq espèces. Toutes ces espèces résistent au sol. Parce qu’elles séquestrent le sol, puisent le sel au niveau des sols pour le faire sortir par les racines et les feuilles. Donc, si on arrive à intensifier le processus de restauration de la mangrove, on peut par la même occasion, stopper l’avancée de la langue salée vers les rizières et récupérer pas mal de terres au profit des populations qui en ont besoin », renseigne Youssouph Diédhiou, rappelant que, dans le département de Bignona, notamment Kafountine, Diouloulou, Dianna, Colomba, Djinaky, Coubalan etc., la même opération y a déjà été lancée. Ceci dit-il, dans le but de « sauver des terres » et permettre aux paysans qui le souhaitent de retrouver leurs rizières.

Mieux régénérer la mangrove pour développer la pêche

Pour parvenir à une meilleure préservation de la mangrove et lutter contre la remontée de la langue salée, Océanium a décidé, l’année dernière de lancer et pour une durée de trois ans, le projet « Manko» qui vise à restaurer 7000 hectares de mangroves en Casamance et dans le Sine-Saloum mais aussi à développer le secteur de la pêche autour de cet écosystème. C’est donc, un programme qui a un double objectif. D’après la directrice exécutive de l’Océanium, la restauration de la mangrove permet non seulement de lutter contre l’avancée de langue salée mais aussi d’améliorer leur pouvoir d’achat des communautés. Aussi, Angèle Lecomte a souligné l’importance de préserver cet écosystème au profit des générations futures. « Les populations sont très dépendantes de cet écosystème qui leur offre beaucoup de ressources comme le poisson. Les mangroves servent également à protéger les rizières et contrôlent l’érosion côtière. Beaucoup d’autres activités, notamment la pêche peuvent se développer autour de cet écosystème », indique-t-elle. Au-delà de la préservation de cet écosystème, Angèle Lecomte précise qu’Océanium entend développer, des activités socio-économiques autour de la mangrove. Des activités qui vont s’étaler sur 30 ans et par filière. Lieu de reproduction des espèces halieutiques par excellence, la mangrove doit être protégée en vue de développer le secteur de la pêche, notamment la pisciculture, l’ostréiculture, l’aquaculture etc., affirme Youssouph Diédhiou. Poursuivant, le coordonnateur des reboisements de la zone Casamance à Océanium invite les jeunes à se joindre à eux afin de pouvoir venir à bout de ce phénomène. A son avis, c’est une nécessité. «Si jamais la mangrove disparaît, beaucoup d’espèces disparaitront également. Car, les poissons se reproduisent au niveau de la mangrove. Avec la disparation de la mangrove, il n’y aura pas d’exploitation d’huitres et de crevettes. Et cela peut provoquer une insécurité alimentaire. Ça sera difficile pour les populations», prévient le jeune homme. De son côté, le coordonnateur du projet Pavillon mangrove en Casamance, Yaya Souleymane Bodian pense que, le combat de la régénération de la mangrove est un combat pour la survie de l’Homme.

Par Gaustin DIATTA lesoleil.sn

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