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Économie mouride et développement solidaire – Lequotidien

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L’inauguration du Complexe universitaire Cheikhou Ahmadoul Khadim de Touba s’est faite ce début de semaine, en présence du président de la République, Macky Sall, et du Khalife général des Mourides, Serigne Mountakha Mbacké. Cette initiative salutaire permet la mise sur pied d’une université de plus dans notre pays, prouvant qu’il n’y a pas meilleur investissement que l’éducation des hommes. Dans un pays où le creuset d’excellence que fut l’éducation publique, ascenseur social de bien des générations de Sénégalais, s’affaisse de jour en jour et où l’ignorance insolente a fini de contaminer toutes les sphères, voir édifier une université adaptée à la réalité d’un terroir a de quoi raviver la foi en une République sénégalaise de tous les possibles.

Le complexe universitaire de Touba est financé à hauteur de 37,7 milliards francs Cfa sur la base de contributions de disciples, du Khalife général et d’appuis étatiques dont une contribution financière du chef de l’Etat à hauteur d’1 milliard francs Cfa, et l’engagement de l’Etat sénégalais à conduire tous les travaux d’assainissement et de voirie. Ce temple du savoir, rappelant dans sa modélisation les universités d’obédience très présentes aux Etats-Unis d’Amérique, vise, selon son Recteur, Serigne Badiwou Mbacké, à éduquer les jeunes à travers un enseignement confessionnel, en les incitant au culte du travail et l’acquisition des savoirs utiles de notre monde. L’invitation de Serigne Touba à travailler comme si on ne devait jamais mourir sera sûrement en lettres d’or dans les armoiries de l’université.

L’esprit de solidarité et de confiance, qui a animé le financement de cette université, devrait faire tache d’huile sur la conduite de diverses initiatives communautaires dans notre pays. Ce serait gage d’un développement, hors de l’attente de la main de l’Etat (bien qu’elle soit indispensable dans tout projet à usage utilitaire). Des personnalités comme le footballeur Sadio Mané et bien des communautés du Fouta et du Sénégal Oriental, s’illustrent déjà par la conduite d’initiatives de développement sur une base similaire.

La communauté mouride avait déjà montré la voie récemment, avec la construction de la mosquée Massalikoul Djinane de Dakar, le complexe universitaire de Touba est une autre matérialisation concrète de l’esprit de cette «économie relationnelle» animant le mouridisme, comme l’a présenté Felwine Sarr. Mener des initiatives productives ou créatrices de valeur à partir des «interactions économiques se fondant sur les liens qui unissent les membres», pour reprendre l’argument de Felwine Sarr, a de quoi offrir d’autres voies d’un développement que l’économie classique ne saurait comprendre. La contribution nourrie d’un disciple à une initiative portée par sa confrérie pour la réalisation d’un projet commun intègre une grande part de confiance. Cette confiance est un facteur déterminant de la vitalité d’une économie, dans la capacité que les membres de celle-ci ont de s’associer et de s’endosser mutuellement. La nature de la confiance dans le mouridisme aurait été un bel exemple pour un penseur comme Francis Fukuyama dans son analyse de la confiance comme gage de vertus économiques et de création de prospérité, comme il a pu le faire pour les sociétés avec un «haut niveau de confiance» entre les gens (cas de l’Allemagne, des Etats-Unis et du Japon).

Le Président Abdoulaye Wade revenait éloquemment, dans son étude sur la doctrine économique du mouridisme, sur le triptyque «science, prière et travail» fondant l’action de la communauté à partir d’une base morale claire. Le travail est vu comme une partie intégrante de la réalisation de la personne dans le corps social où il évolue, dans son rapport à Dieu et dans son épanouissement personnel. Il est ici une vertu cardinale sanctionnant le culte de l’effort et de la pleine réalisation dans l’épreuve. C’est impressionnant comment le parallèle entre le travail dans l’esprit mouride fait lien avec l’idée du travail comme vocation d’un individu dans le protestantisme luthérien, comme Max Weber a pu le théoriser par la notion de Beruf. Le travail de l’individu est vu comme le moyen de voir son existence sanctionnée d’une bénédiction divine et l’individu, par son métier-vocation (Beruf), trouve complétude. La résonance de cette vision du travail avec les écrits de Serigne Touba dans Massalik Al Jinan (Les itinéraires du Paradis) ne souffre de doute, d’autant plus qu’il y est dit de la plume du Cheikh que «l’abandon à Dieu n’exclut nullement le Kasb, le travail pour gagner le pain». Le travail est une prière et cela, bien des gens l’ont compris, malgré toutes les logiques pour galvauder un tel état d’esprit dans le mouridisme que certains voudraient vider de son orthodoxie. Le Complexe universitaire Cheikhou Ahmadoul Khadim de Touba est une preuve matérielle que la confiance est un facteur essentiel à toute logique d’économique solidaire. Serigne Abdoul Ahad Mbacké, troisième khalife, avait popularisé ce modèle de souscription des disciples dans les grands projets de leur communauté lors des travaux d’extension de la Mosquée de Touba. Il faudrait que des voies soient trouvées pour encadrer la force de tels mécanismes d’économie solidaire. On a vu le succès qu’a pu être le modèle Hizmet en Turquie.

P.S : J’ai été surpris en faisant le tour de mes adresses électroniques, le week-end dernier, de recevoir un e-mail d’adhésion de la formation politique Pastef. L’inscription s’est faite sur mes emails professionnel et personnel. Rien ne peut plus me surprendre avec ces gens qui ont eu à pirater des Unes de journaux ou à travestir la chanson d’un artiste de renommée pour leur «cause», mais la couardise et le ridicule de la chose sont sidérants. J’ai pensé déposer une plainte auprès de la Commission des données personnelles (Cdp), mais des proches m’en ont dissuadé pour ne pas donner du grain à moudre à la manufacture par excellence du faux. Que peut-on espérer de bousiers ?

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