Il y a eu des surprises : A l’issue des élections de représentativité syndicale du secteur de l’éducation, il a été noté l’échec du Sels/A qui ne fait plus partie du G7 et la victoire du Cusems/Authentique, qui a rejoint le groupe des syndicats représentatifs. Le Quotidien s’est entretenu avec les secrétaires généraux de ces deux syndicats, Dame Mbodji (Cusems/A) et Pape Mbaye Marie Sylla (Sels/A), pour analyser les résultats de ce scrutin.
Le Cusems/Authentique vient d’être choisi parmi les syndicats les plus représentatifs, comment analysez-vous ce résultat ?
Je suis allé à ces élections presque seul, je n’ai fait que 3 régions : Matam, Saint-Louis et Louga. Je n’ai pas pu faire d’autres régions, faute de moyens, malgré cela on a engrangé des résultats honorables. Le Cusems/A était candidat dans le collège préscolaire-élémentaire et celui du moyen-secondaire. Dans le préscolaire-élémentaire, nous avons obtenu un taux de 9, 61%, dans le moyen-secondaire nous avons obtenu 18, 51%. Si on fait le cumul, le Cusems/A est à 28% sur un total de 7675 voix. C’est un score historique parce qu’aucun syndicat ne l’a fait avant nous. Aujourd’hui c’est Dame Mbodji qui avait 1, 98% en 2017 qui a obtenu 28%, c’est un bond énorme. Le Saemss, qui avait 52% en 2017, a obtenu cette année 34%, il a régressé de 19 points et le Cusems n’a pas beauccoup évolué parce que de 23% en 2017 il est passé à 25%. Alors que le Cusems/A a fait un bond énorme et nous avons même osé être candidat dans le collège préscolaire-élémentaire.
Vous avez mené la campagne avec des difficultés, mais malgré tout vous avez réussi à avoir la confiance des enseignants. Quelle est la clé de ce succès ?
Je tiens un langage de vérité aux enseignants, je ne suis pas un syndicaliste corrompu, parce qu’aujourd’hui beaucoup d’enseignants pensent que beaucoup de syndicats sont dans la collaboration, ce qu’on appelle la participation responsable. Je suis un syndicaliste qui pose les vrais problèmes des enseignants, de façon nette et claire, sans langue de bois. J’ai battu campagne sur 6 points importants pour les enseignants. Il s’agit de l’éradication sans délai du statut des décisionnaires, le reversement direct des maîtres d’éducation physique et sportive dans le nouveau corps des Pcemg (Premier corps du moyen-secondaire). C’est cela la différence entre moi et les syndicats qui étaient autour de la table de négociations qui parlent de formation alors que les maîtres n’en veulent pas, ils parlent de reversement direct et c’est cela ma position. Le troisième point important sur lequel j’ai battu campagne c’est la régularisation sans délai de tous les 5000 enseignants issus du recrutement spécial du Président Macky Sall. Le recrutement spécial c’était il y a deux ans, ils veulent faire d’eux des contractuels à vie, nous ne l’accepterons pas. Il y a la formation et le reclassement de tous les chargés de cours, la formation des professeurs contractuels endurcis qui ont fait plus de 10 ans dans le système. La mise en position de stage de tous les ayants droit. Il y a beaucoup d’enseignants qui attendent d’être mis en position de stage. La dernière chose, c’est l’allègement du circuit de signature des actes administratifs des enseignants. Ceux qui ont voté pour moi étaient dans d’autres syndicats, mais ils ont été convaincus par mon discours. J’ai fait une bonne campagne, par exemple quand j’entrais dans le département de Podor, je n’avais rien là-bas, mais à l’issue des élections, j’ai remporté ce département. C’est la même chose à Médina Yoro Foulah, Oussouye, Saint-Louis où le Cusems/A a gagné.
Est-ce que ce score n’est pas aussi dû à votre présence dans les réseaux sociaux et votre rapprochement avec les partis politiques de l’opposition ?
Je suis libre d’utiliser n’importe quel moyen légal. Etre dans les réseaux sociaux est-ce illégal ? Emmanuel Macron est devenu président de la République en France en utilisant les réseaux sociaux, mais moi on veut m’empêcher d’utiliser les réseaux sociaux pour gagner une élection (rire). Je n’ai aucun complexe à le dire, j’ai même créé ma propre chaîne. Je suis dans les réseaux sociaux et je l’assume. Aujourd’hui celui qui est dans les réseaux sociaux est plus connu que celui qui n’y est pas. Ma présence dans les réseaux sociaux a pesé sur la décision des enseignants. Cette élection je l’ai gagnée parce que je suis le seul candidat à avoir fait un bond énorme, les autres ont fait du surplace ou ont régressé. J’ai axé ma stratégie autour de la communication, au moment où ils étaient sur le terrain physique, j’étais sur le terrain de la communication. La communication est l’arme la plus puissante pour contrôler le monde. La communication a beaucoup pesé sur les résultats. Chaque soir, j’avais «les 5 mn de Dame», ce qu’aucun candidat n’avait. J’ai mis en place une stratégie gagnante, j’ai fait des émissions sur ma chaîne YouTube. Par exemple, dans des zones comme Médina Yoro Foulah, j’ai gagné là-bas alors que je n’y suis jamais allé. Mais j’y ai mis les pieds à travers la communication, j’ai parlé directement aux enseignants. Les autres syndicats avaient plus de moyens que moi, mais j’ai contourné ce manque de moyens par les réseaux sociaux qui m’ont permis aujourd’hui de faire ces brillants résultats.
Au-delà de cette communication sur les réseaux sociaux, il y a le soutien que vous apportez aux partis politiques de l’opposition, cela n’a-t-il pas joué en votre faveur ?
On dit que j’ai gagné parce les enseignants militants de Ousmane Sonko ont voté pour moi. Ce n’est pas vrai, j’ai perdu à Ziguinchor, je n’ai pas remporté Bignona, alors que ce sont des fiefs de Sonko. La vérité, c’est que j’ai battu campagne sur les revendications des enseignants et je leur ai dit pour rigoler «que pendant 6 ans j’étais sur le banc de touche, j’ai regardé le gouvernement et le G7 jouer, j’ai vu les failles, je peux les corriger, laissez-moi entrer dans le match pour vous défendre».
Par Dieynaba KANE-dkane@lequotidien.sn












