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Enseignement de la pensée de Cheikh Anta Diop : 37 ans de combat

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C’est dans l’amphithéâtre Mbaye Guèye, situé au département de sociologie à la Faculté des lettres et sciences humaines (Flsh), que des enseignants et étudiants en histoire se sont donné rendez-vous pour raconter l’histoire et la pensée de Cheikh Anta Diop, histoire de commémorer la date de la disparition de leur mentor.

Par Alpha SYLLA  – C’est le rituel : la journée de commémoration de Cheikh Anta Diop, disparu le 7 février 1986, a commencé par l’observation d’une minute de silence à la mémoire du parrain de l’université de Dakar. «C’est un jour mémorable que tout le monde se rappelle. Cheikh Anta Diop était un homme multidimensionnel qui a tout fait pour l’Afrique. Il a pu montrer la falsification dont notre histoire faisait l’objet», affirme Ouseynou Guèye, étudiant en Master 2 au département d’histoire de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Comme lui, de nombreux étudiants venus commémorer la disparition de ce penseur sénégalais africain dont les écrits sont plus que d’actualité.

Devant le public, les panélistes de la journée composés d’enseignants, Bouba Diop, égyptologue, Aziz Salomon Fall, mais aussi de disciples ont exposé sur la vie et l’œuvre de l’historien, qui a «grandement contribué à la réhabilitation de la valeur, de la dignité et de l’histoire africaines». «On dit les citations de Cheikh Anta Diop sans lire ses ouvrages. C’est une sorte de modification de sa pensée. Une pensée, on l’a découvre en lisant la pensée de son auteur.

Malheureusement, aujourd’hui on lit de plus en plus rarement, on se déclare Cheikh Anta Diop, on connait les titres de ses ouvrages Civilisations nègres, Langues et Barbaries. On ne connait que les couleurs de couverture et les titres de ses ouvrages», fustige Ibrahima Thoub, ancien Recteur de l’Ucad, par ailleurs modérateur du jour. «Il faut lire la pensée de Cheikh Anta Diop pour pouvoir le connaître, connaître sa pensée. On ne s’arrête pas non plus à lire simplement les ouvrages de Cheikh Anta Diop. Lire un auteur, c’est lire les ouvrages qu’il a lus, les auteurs qu’il cite et les penseurs avec qui il débat», conseille le professeur Thioub.

37 ans de combat
Les débateurs n’ont pas aussi occulté la question des langues locales qui «constituaient un élément de taille dans les préoccupations» de l’égyptologue, natif de Thieytou. «La question des langues nationales est une question politique, une question de pouvoir. Vous maîtrisez le français, vous avez du pouvoir, vous ne le maîtrisez pas, vous n’en avez pas… Beaucoup d’intellectuels ne s’adressent pas à leurs enfants en langues nationales. Ils préfèrent leur parler en français. Aujourd’hui, le constat est qu’on parle français mieux que les Français. Ce sont les vrais problèmes de notre actualité mais aussi de nos pouvoirs publics», déplore-t-il.

Ousseynou Guèye recommande l’introduction et l’enseignement de la pensée et des œuvres de Cheikh Anta Diop dans les lycées, collèges et même dans les écoles primaires pour faire connaitre aux Sénégalais les qualités multidimensionnelles du savant. Avec les prochaines réformes des curricula, le ministère de l’Education a annoncé qu’elle sera introduite dans les enseignements-apprentissages… Ce sera l’aboutissement d’un combat de 37 ans.

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