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Examens scolaires : 184 885 élèves sans état civil

L’absence d’état civil est un phénomène endémique en milieu scolaire. Des candidats aux examens du Cfee et de l’entrée en 6ème en font les frais dans certaines contrées du pays. Ce focus effectué dans certaines académies a permis de mesurer l’ampleur de ce phénomène devenu une véritable hantise pour les candidats.

Au Sénégal, l’enregistrement d’un enfant à la naissance est un droit. Mais dans beaucoup de localités, c’est loin d’être la réalité. Malheureusement, c’est à l’école que le phénomène se fait sentir. Car beaucoup d’enfants, jusqu’à l’âge de 10 ans, voire plus, ne sont pas reconnus juridiquement parce que n’ayant pas d’extraits de naissance. Alors qu’il est permis de les accueillir à l’école sans cet acte, certains vont jusqu’en classe d’examen sans extrait de naissance. Le phénomène persiste malgré les initiatives que développent l’État et les acteurs de l’école pour enrôler les élèves concernés dans les registres d’état civil. Il est devenu même préoccupant.

Selon la Direction de l’enseignement élémentaire (Dee), 184.885 élèves ne disposent pas de pièces d’état civil, sur le plan national. Pour inverser cette tendance, le Ministère de l’Éducation nationale, à travers le Système d’information (Simen), a mis en place une plateforme pour trouver une solution à ce problème. Selon la Directrice de l’Enseignement élémentaire, Ndèye Aby Ndao Cissé, cela a permis à 14.813 élèves des classes de CM2 de bénéficier de ce papier prestigieux. À en croire Mme Cissé, la question de l’état civil constitue une des priorités de l’Éducation nationale. « Le Ministère est en train de mettre en œuvre un chantier important, en collaboration avec les ministères des Collectivités territoriales et de la Justice pour trouver une solution à ce phénomène », a affirmé la Dee. D’ailleurs, elle a souligné qu’un arrêt du Ministre de la Justice instruit les présidents des tribunaux d’organiser régulièrement des audiences foraines pour permettre aux enfants d’obtenir des pièces d’état civil. « Aussi, le Simen, au Ministère de l’Éducation nationale, a conçu une plateforme qui permet aux services déconcentrés des académies d’inscrire tous les enfants sans pièces d’état civil ».

Une hantise pour les autorités académiques
Dans le département de Ziguinchor, chaque année, les autorités en charge de l’éducation sont confrontées à cette difficulté. Cette année, sur les 7.000 candidats inscrits à l’Inspection de l’éducation et de la formation (Ief) pour le Certificat de fin d’études élémentaires (Cfee) et l’entrée en 6ème de Ziguinchor, 788 inscrits risquent de subir les épreuves, le 7 juillet prochain, sans extraits de naissance. D’ailleurs, la situation est identique dans toute la région de Ziguinchor. Comme l’a souligné l’Inspecteur d’académie, Cheikh Faye, 3.292 élèves en classe de CM2, candidats au Cfee, ne disposent pas d’extraits de naissance. Toutes les 4 Ief de l’Académie sont confrontées à ce problème. « C’est vrai qu’ils n’ont pas d’actes de naissance. Mais, il n’est pas dit qu’ils ne vont pas faire les examens », a déclaré l’Ief de Ziguinchor, Ibrahima Khalil Sakho. Mais, a-t-il précisé, quand il s’agira de passer le Brevet de fin d’études moyennes (Bfem) ou le Baccalauréat, si ces élèves n’arrivent toujours pas à avoir un extrait de naissance, ils peuvent être recalés. L’Ief de Ziguinchor a invité les parents « à ne pas mettre en péril la carrière des enfants et à accepter de les déclarer très tôt ».

Dans le département de Goudomp, 178 élèves du primaire, inscrits en classe d’examen, sont sans extrait de naissance. Parmi ces candidats, les 78 sont des filles. « On rencontre les mêmes difficultés chaque année concernant les candidats qui n’ont pas été déclarés. Il y a des directeurs qui viennent déposer les dossiers des candidats sans extrait de naissance. Il y a eu une année où l’on n’avait pas pris en compte ceux qui n’avaient pas d’extrait de naissance sur les listes de candidatures », a déclaré le responsable du Bureau des examens et concours de Goudomp, Mor Mbaye.

À Sédhiou, le problème des élèves sans extrait de naissance a été aussi évoqué le 24 juin dernier, lors du Comité départemental de développement (Cdd) tenu sur les préparatifs des examens scolaires. Selon l’Ief du département, Nouha Sarr, le phénomène persiste toujours dans cette circonscription académique. « Le nombre d’élèves sans extraits de naissance avoisine le millier dans la région, en début d’année », a-t-il reconnu. « Les parents d’élèves et les autorités académiques sont en train de mettre les bouchées doubles pour résorber le gap avant les examens », a soutenu l’Ief.

À Kaffrine aussi, le nombre d’élèves sans état civil préoccupe la communauté éducative. En tout, 41.000 enfants scolarisés recensés dans les quatre Ief de la région n’ont pas été enregistrés à l’état civil à la naissance. « C’est inadmissible et cela nous interpelle tous », a commenté Tiguida Wagué, l’adjointe au Gouverneur de la région, chargée du développement. « Il nous faut résoudre le plus vite cette situation », a renchéri Samba Guèye, le président régional des parents d’élèves. L’inspecteur d’académie a fait savoir que deux brillantes filles de Malem Hodar n’ont pas pu intégrer « Mariama Bâ » de Gorée en octobre 2020, faute d’état civil. « Cette situation a été dure pour la famille et pour nous tous de voir ces filles recalées pour cette raison », a-t-il déploré.

À Kédougou, la situation est identique dans les écoles élémentaires. «Ce problème existe chez nous. Chaque année, on a des cas d’élèves qui n’ont pas d’extrait au Cm2. Mais ils parviennent à faire l’examen grâce aux requêtes. Pour cette année, on a déposé des requêtes pour une quarantaine d’élèves qui n’ont pas d’extrait », a informé Demba Gnima Doucouré, Directeur de l’école élémentaire Tripano 2. Le Directeur de l’école élémentaire de Samécouta, dans la commune de Bandafassi, vit également la même situation. « Il y a des élèves qui n’ont pas d’actes de naissance et qui ne le signalent pas jusqu’en classe d’examen », a indiqué Lamine Sylla.

La responsabilité parentale indexée
Déclarer un enfant à l’état civil, quinze jours, tout au plus, après sa naissance, comme le stipule la loi, est du ressort des parents. Cependant, dans certaines familles, les parents peinent à s’acquitter de ce devoir. Selon l’Ief de Ziguinchor, il appartient à chaque parent de penser à déclarer son enfant dès sa naissance. Ce devoir, a-t-il insisté, n’est aucunement dévolu à l’État du Sénégal ou encore aux autorités chargées de l’éducation. « L’État du Sénégal, dans sa mission régalienne de promouvoir une éducation pour tous, a adopté une certaine souplesse en acceptant tous les enfants en âge d’aller à l’école même sans extraits de naissance. Mais il y a des parents d’élèves qui pensent que dès que l’enfant est accepté à l’école, l’extrait de naissance n’est plus une urgence », a précisé Ibrahima Khalil Sakho, l’Ief de Ziguinchor. Il a ajouté que chaque année, les parents sont invités « à tout faire pour déclarer leurs enfants à la naissance. C’est leur devoir. Ils doivent le faire», a indiqué l’inspecteur.

Pour résoudre définitivement cette équation, M. Sakho a préconisé « une réelle volonté » des parents. De plus, a-t-il soutenu, il faut un « engagement sans faille » des parents pour venir à bout de ce phénomène. « À notre niveau, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour aider les enfants à obtenir des actes de naissance. Dès qu’ils arrivent à l’école, on les inscrit avant d’investir le terrain de la quête de ce papier. Mais, les parents doivent également s’inscrire dans cette dynamique. Ce sont leurs enfants », a rappelé Ibrahima Khalil Sakho.

Les audiences foraines : une voie à explorer
L’impact que l’organisation des audiences foraines initiées par les autorités judiciaires pour venir à bout du phénomène n’est plus à démontrer. De manière unanime, les acteurs du secteur de l’éducation ont reconnu le rôle que les audiences foraines ont joué pour accélérer la délivrance des actes de naissance aux élèves qui n’en disposent pas. « Les audiences foraines ont permis d’abréger les procédures à la base et d’appuyer les actions entreprises par les autorités académiques et des partenaires au développement tels que l’Unicef pour trouver des extraits de naissance aux élèves », a reconnu l’Ief de Ziguinchor, Ibrahima Khalil Sakho. Ces audiences foraines ont été souvent précédées de séances de sensibilisation pour attirer l’attention des parents sur le phénomène, surtout dans les zones reculées, a indiqué le responsable du bureau des examens et concours de Goudomp.
Gautin DIATTA, Samba DIAMANKA, Abdoulaye DIALLO, Malamine KAMARA, Amadou DIOP et Pape Coly NGOME (Correspondants)-LESOLEIL.SN

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