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Festival – «Ousmane» de Jorge Camarotti : Une leçon de Vie

En donnant une voix à des personnes marginalisées, Jorge Camarotti, photographe, réalisateur et scénariste brésilien, dépeint avec respect, la vulnérabilité des humains sur fond d’enjeux sociaux.  Cet article sur le film, qui a remporté le Grand Prix du Dakar Court 2022, résulte de l’atelier de critique cinématographique auquel le reporter du Quotidien a participé.

Par Ousmane SOW – Le plus dur lorsque l’on voyage, c’est d’être loin de la famille. Ousmane, un immigrant récemment arrivé à Montréal, est confronté à une situation difficile lorsqu’il rencontre une vieille dame désorientée à la fin de sa journée de travail. D’une situation possiblement explosive, le réalisateur-scénariste, Jorge Camarotti, a fait un film paisible, plein de grandes émotions. Un film à regarder en famille. L’émotion tient aussi aux raisons qui poussent Ousmane à se lier à cette dame et entraîner sa famille avec lui, à découvrir en voyant le film. Habité par sa propre expérience d’immigrant, Jor­ge Camarotti ne se con­tente pas de filmer un immigrant burkinabè à Montréal qui vient en aide à une femme âgée, il évoque le sentiment d’invisibilité que ces individus éprouvent dans la société. Il en appelle à notre humanisme. Sa réussite est de nous émouvoir. Il n’accuse pas pour autant le traitement des personnes âgées marginalisées au Canada ou dans les pays du Nord : les policiers et professionnels de la santé ont eux aussi un comportement très humain. Restant toujours fidèle à son engagement de donner la parole aux personnes les plus lésées de la société, dans ce court-métrage réalisé en 2021, Jorge Camarotti dresse un poignant instantané de l’expérience des immigrés, dévoilant une universalité inattendue dans les spécificités de son récit. Les moments les plus percutants du film n’étant pas dialogués, c’est le langage visuel qui parle pour les person­nages. Cette économie de dialogues ouvre à l’émo­tion. Le ré­cit nous apprend à accepter l’Autre et le valoriser. La mise en scène est épurée, jusqu’à ne pas chercher à enrichir l’image, tant il s’agit ici, d’être proche de la réalité. Le choix pour le rôle de Ousmane du grand acteur burkinabè, Issaka Sawadogo, pratiquement présent à chaque image, permet de rendre compte de façon convaincante du trouble de Ousmane : entre les expressions de son visage et son regard, nous comprenons sans qu’il ait besoin d’en faire davantage. Le temps d’un instant, Edith, la vieille dame que Ousmane secoure, nous regarde dans les yeux, cadrée au centre de l’écran. Il y a là une transgression de la règle du cinéma qui veut qu’on évite le regard caméra car il interrompt notre cro­yance dans le récit en ramenant à la réalité. Ici, au contraire, il fallait nous interpeller directement : que faisons-nous de nos vieux ?

«Kipou» de Abdoulaye Sow remporte le Grand prix national

La 5e édition du Festival Dakar Court s’est achevée ce samedi par la traditionnelle cérémonie des récompenses. Le Grand prix national Annette Mbaye D’Erneville revient cette année à Kipou de Abdoulaye Sow. Douleur silencieuse, le film de la réalisatrice française, Aïssa Diaby, a obtenu le Prix du scenario et de la mise en scène Ababacar Samb Makharam. La compétition de scenarios, parrainée par France télévision et organisée par le Groupe de recherches et d’essais cinématographiques (Grec), a été remportée par Aïssatou Ndiaye Guèye pour son scenario Le prénom.

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