Après deux ans d’arrêt pour des raisons liées à la pandémie du Covid-19, le carnaval de Bissau a repris cette année sous le sceau de la cohésion nationale et de l’intégration régionale. Maître d’œuvre de cet évènement culturel, le ministre de la Culture, de la jeunesse et du sport, Monsieur Augusto Gomes, s’est entretenu avec le journal «Le Quotidien». Dans cet entretien, il revient sur l’importance de l’évènement et explique le choix du Sénégal comme invité d’honneur de cette édition.
Reprise du carnaval de Bissau après deux ans d’arrêt
«On a décidé, après deux ans d’arrêt pour des raisons liées à la pandémie du covid-19, d’organiser le carnaval en 2023. C’est un événement culturel d’une grande envergure qui occupe une place importante dans l’agenda culturel de la Guinée-Bissau. Avec la baisse de l’impact de la pandémie présentement, même s’il y a des enjeux liés à la maladie à prendre en compte, on a néanmoins décidé de l’organiser pour déconfiner la population. C’est un aspect important à tenir en compte, de permettre à nos populations, en majorité jeunes, de revenir à la vie active. Le carnaval est une opportunité pour nous de réaliser ce but qui permet non seulement l’expression et la manifestation culturelles d’une part, et d’autre part, la reprise des activités économiques. La culture est une manière de vivre et de se réaliser économiquement. Surtout dans une économie telle que la nôtre où le tourisme joue un rôle très important. C’est la culture qui est à la base du développement touristique. A travers la culture, on peut réaliser des activités génératrices de revenus qui vont dans le sens de rapprocher les gens, leur donner confiance et estime de soi. La culture est un instrument, un mécanisme si vous voulez le rapprochement des gens. C’est l’identité d’un Peuple. La Guinée-Bissau a une forte diversité culturelle. Nous avons environ trente-six ethnies et chaque ethnie a sa culture propre. C’est cette riche diversité culturelle qui fait à la fois notre fierté et notre identité culturelle en tant que Peuple. La Guinée-Bissau est et demeure un pays culturel. La culture joue le rôle de ciment entre les différentes communautés, de sorte que les populations peuvent se regrouper, travailler dans la fraternité, la solidarité et l’unité. C’est un instrument de liaison entre les différentes entités ethniques qui constituent une Nation. Un retour en arrière vous permet de voir que nous sommes un pays qui a lutté pour son indépendance. La culture a joué un rôle fondamental dans cette lutte pour la libération de la Guinée-Bissau. Les populations étaient toutes unies et soudées autour d’un seul objectif : la libération de la Guinée-Bissau. Le soutien social a été apporté par la culture pour que tout un peuple se lève contre le colonisateur malgré sa puissance. Aujourd’hui, il s’agit de se battre avec la culture pour notre processus de développement.»
La culture comme levier de cohésion nationale et facteur de développement
«Malgré cette importance de la culture dans la construction de la cohésion nationale et comme facteur de paix et d’union des peuples et facteur économique, elle a toujours été reléguée au second plan. Ce, depuis plusieurs décennies. Nous sommes dans un ministère avec du potentiel, mais qui, malheureusement, n’a pas de moyens. Cependant, nous avons des hommes et des femmes très engagés qui travaillent avec abnégation et beaucoup de compétence. La culture ne nourrit pas son homme. Aujourd’hui, sous l’impulsion du président de la République, Excellence Général Umaro Sissoco Embalo, on est en train de valoriser ces hommes et femmes. Tout en valorisant leurs produits culturels, en les faisant connaître. D’abord on le fait entre nous au niveau national, ensuite au niveau sous-régional et international. L’exportation du produit culturel bissau-guinéen est bien prise en compte dans notre plan d’actions. Et, ce travail commence entre nous les Africains dans une perspective sud-sud. En travaillant avec nos voisins comme le Sénégal, la Gambie, la Guinée Conakry. Nous avons le même peuple, le même produit culturel. Même si chacun garde son identité culturelle, ensemble nous sommes plus forts. C’est pourquoi, il faut d’abord commencer à le construire dans notre espace africain avant d’aller vers d’autres horizons.»
Choix du Sénégal comme invité d’honneur du carnaval
«Le Sénégal a toujours été un pays fortement lié à la Guinée-Bissau. Si vous arrivez à Ziguinchor, vous allez parler toutes les langues que vous retrouvez en Guinée-Bissau. Cela est un point très fort qui peut nous inspirer et recommander à travailler ensemble et se rapprocher davantage. C’est la même chose avec la Gambie et la Guinée Conakry. Mais avec le Sénégal, c’est tout autre chose. Certes, on a toujours eu des relations, mais il y a une nouvelle ère entre le Sénégal et la Guinée depuis l’avènement du Président, Général Umaro Sissoco Embalo. Nos deux présidents sont des frères. Avec leurs efforts conjugués et la bénédiction de Dieu, l’un fut le président en exercice de l’Union Africaine (Ua) et l’autre le président de la Commission de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Ce n’est pas rien. Nos deux pays doivent prendre cela comme une opportunité de renforcer leurs relations de fraternité, d’amitié et de coopération. J’ai aussi l’opportunité d’être ministre de la Culture de la Guinée Bissau. Quand je regarde de l’autre côté aussi, je trouve un autre frère, en l’occurrence le professeur Aliou Sow, ministre de la Culture et du patrimoine historique du Sénégal. Je vois ça comme une opportunité. C’est quelqu’un que je n’ai jamais vu ni rencontré dans aucun moment. C’est par des appels téléphoniques qu’on a commencé. Le courant est passé très vite. On a parlé comme des personnes qui s’étaient connues il y a longtemps. Lorsqu’il m’a parlé du Fesnac, je lui ai signifié que je souhaitais être présent. J’étais en mission au Portugal, néanmoins, j’ai tout fait. Et toutes les dispositions ont été prises pour une participation effective de la Guinée Bissau avec le Ballet national au Fesnac. Une fois au Sénégal, j’en ai profité pour exprimer à mon homologue sénégalais mon désir qu’on se retrouve à Bissau pour les besoins du carnaval, pour jeter les bases d’une collaboration fraternelle dans les échanges, entre autres. Je crois, une fois de plus, que la culture peut jouer ici un rôle d’intégration des peuples. Même si on a l’intégration des Etats, on doit aller au-delà. La Guinée-Bissau a du pétrole comme le Sénégal. Nous avons un fort potentiel agricole, nous avons les mêmes structurations économiques, les mêmes fleuves et les mêmes populations, le même potentiel touristique. Mais, s’il n’y a pas la paix entre nos populations, si les Sénégalais et les Bissau-guinéens ne s’entendent pas, cela ne va pas nous servir. C’est par la paix qu’on peut devenir fort et développer correctement nos potentialités pour l’intérêt de nos populations respectives. Le secteur qui joue ce rôle de brassage, d’intégration, de cohésion, entre autres, c’est la culture. C’est tout ceci qui a fait qu’on a désigné le Sénégal comme invité d’honneur du carnaval 2023. J’ai déjà reçu les officiels et le talentueux Didier Awadi. La presse sénégalaise est aussi présente pour aider à internationaliser cette activité. C’est une force qu’on n’a jamais eue auparavant. Ce sont le Sénégal et la Guinée-Bissau qui gagnent dans cette relation. Je considère notre Président comme un bulldozer. Lorsque le Président Embalo passe, tous les ministres doivent suivre. C’est comme ça qu’on peut développer le pays.»
Jumelage entre le carnaval de Bissau et le Fesnac
«Le ministre (Aliou Sow) va arriver et nous avons déjà un accord de partenariat à signer pour le secteur du cinéma. On verra d’autres aspects qui pourraient être ajoutés pour développer de façon pratique ce rapprochement entre nos Etats dans le secteur culturel. Après cette édition, on va travailler à l’internationalisation de l’évènement dans une nouvelle version. Par exemple, on peut voir la collaboration qu’on peut avoir avec le Sénégal via le Fesnac, le Cap-Vert via Gamoa. De sorte que dans chaque version, qu’on puisse être ensemble. On ne peut pas être compétitif et valoriser davantage notre culture si on ne se forme pas et qu’on ne se formalise pas. La formation et le renforcement des capacités des ressources humaines sont une priorité pour développer le secteur culturel. Nous savons que le Sénégal peut beaucoup faire pour la Guinée-Bissau dans ce sens. En travaillant dans le partenariat, l’intérêt commun, on peut développer la capacité de nos acteurs culturels. On peut être pragmatique et développer cela rapidement entre nos deux ministères. Pour le cas de la Guinée-Bissau, nous sommes dans un processus de rattrapage de ce que nous avons perdu il y a de cela plusieurs années. Donc, on n’a pas de temps à perdre. Chaque minute compte et il faut agir avec pragmatisme et parler peu. Avec le Président Embalo, ça commence à bouger et les choses commencent à prendre forme et se mettre sur les rails. C’est pourquoi on doit inscrire notre mission dans l’action et non le discours. Le Président Embalo nous a appris qu’on doit être une génération du concret. Je ne dis pas que ce n’est pas important les paroles, mais, il nous faut peu de paroles et plus d’actions. Et, c’est dans cette voix que nous nous inscrivons, le ministre Aliou Sow et moi.»
Propos recueillis par Pape Moussa Diallo (Envoyé spécial à Bissau)










