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Investitures de Benno aux locales : Le jeu trouble de Macky

Gagner à tous les coups ! C’est la stratégie que le Président de la République a développée depuis son accession à la Magistrature suprême. Après avoir phagocyté les alliés, rétréci la marge de manœuvre de l’opposition, Macky Sall installe un jeu trouble dans les rangs de l’Alliance pour la République (APR) où il reste la seule constante. Un jeu trouble qui a jusque-là porté ses fruits.

Reconduire tous les maires sortants et procéder à quelques réajustements dans certaines localités. C’est le message que le président de la République, Macky Sall, aurait servi aux membres de la coalition Benno Bokk Yaakar comme viatique pour les investitures en perspective des élections locales prévues le 23 janvier 2022. Mais c’était sans compter avec les ambitions débordantes des uns et des autres dans sa propre formation politique, sans occulter la résistance des alliés qui refusent de perdre le peu qui leur reste depuis que leurs secrétaires généraux ont fini d’aliéner la raison d’être de leur parti. Face à une bronca généralisée, le Chef de la coalition Benno Bokk Yaakar use de la ruse dont il semble le seul à détenir le secret pour «bénir» des listes parallèles qu’il avait pourtant lui-même «bannies».

Amadou Bâ, la vache à lait

La bataille de Dakar n’aura pas lieu. Et pour cause, le président de la République a porté son choix sur Abdoulaye Diouf Sarr au détriment d’Amadou Bâ. Selon certaines indiscrétions, pour convaincre l’ancien argentier de l’Etat et ancien Chef de la diplomatie sénégalaise, Macky Sall lui a attribué le titre de «Coordonnateur national» de la coalition Benno Bokk Yaakar.

Pour certains observateurs, c’est une manière de le ressusciter après son limogeage du Gouvernement en lui offrant un boulevard pour les échéances à venir. Peut-être. Toutefois, il ne fait l’ombre d’aucun doute que ce titre «pompeux» n’aura de sens que si et seulement si le Chef de l’Etat y mettait du contenu. Et pas n’importe lequel. D’abord, c’est sur le plan des finances, il devrait détenir les cordons de la bourse. Sinon, Amadou Bâ, dont beaucoup fantasment sur la fortune supposée ou réelle, restera cette vache à lait du Parti. Selon certaines indiscrétions, il avait mis la main à la poche quand il avait été désigné tête de liste à Dakar lors des élections législatives de 2016 pour freiner l’ouragan Taxawu avec un Khalifa Ababacar Sall qui, même en prison, faisait trembler le régime, après la razzia de 2014. Le ministre de l’Economie, des Finances et du Plan avait réussi à relever le défi. C’est alors qu’il se verra attribuer le costume de «patron de Dakar».

Mais pour calmer ses ardeurs, le Chef de l’Etat désigne Abdoulaye Diouf Sarr, responsable des cadres de l’APR dans la même ville. Depuis, les deux camps se regardent en chiens de faïence. Bis répétita en 2019 lors de la Présidentielle. Amadou Bâ mouille encore le maillot en remportant pour le Chef de l’Etat une deuxième victoire. Alors que ces partisans s’attendaient à une récompense, il sera tout bonnement limogé du gouvernement, pour «délit d’ambitions». Il s’emmure alors dans un silence étonnant jusque ce que le Président de la République l’y extirpe pour aller présenter des condoléances à son «ennemi», Abdoulaye Diouf Sarr qui a perdu son beau-père, non moins Khalife Général des Layènes. Ils enchainent ensemble à Thiénaba pour les obsèques du Khalife général. Puis, ils se retrouvent à nouveau à Dubaï pour l’expo 2020. Est-ce suffisant pour remporter une mairie aussi convoitée que celle de Dakar, qui fuit le régime en place ? A priori non ! Est-ce le seul et unique pêché de Bâ à qui on a préféré Diouf Sarr. Nous donnons notre langue au chat.

Des listes parallèles bénies

Ceux qui croyaient que les jeux étaient faits et que la ville de Kolda est acquise à Abdoulaye Bibi Baldé, n’ont qu’à déchanter. Et pour cause, le directeur des domaines, El Hadji Mamadou Diao dit Mameboye refuse de capituler. Au contraire ! Comme Me Sidiki Kaba, le président du mouvement Kolda Yesso (Kolda, devant ! en langue peul) va bel et bien présenter sa liste pour briguer les suffrages de ses concitoyens le 23 janvier 2022. Donné favori par un sondage publié par le site www.dakaractu.com, devant le maire sortant, Mameboye Diao considéré comme le «candidat des jeunes» aurait aussi reçu la bénédiction du Président de la République. En compagnie de Faboly Gaye, le directeur des domaines serait d’ailleurs plus proche du Professeur Moussa Baldé. Reste maintenant à savoir si ce sera suffisant pour déboulonner le maire Abdoulaye Bibi Baldé.

Par ailleurs, il faut noter que M. Diao ne serait pas le seul à avoir reçu la bénédiction du Chef de l’Etat pour aller briguer les suffrages des Sénégalais dans leur localité.

Le cas de Maître Sidiki Kaba en est une autre illustration. Alors que Mame Balla Lô est officiellement investi pour conduire la liste de la coalition Benno Bokk Yaakar dans la commune de Tambacounda et Mamadou Kassé pour le Conseil départemental, le premier nommé s’est vu coller un adversaire de taille en la personne du ministre des Forces armées avec sa coalition «And Ak Sidiki Défar Tamba».

Diviser pour mieux régner

Cette cacophonie notée dans les investitures est savamment orchestrée par le Chef de l’Etat, Macky Sall dont il faut reconnaître un QI (Quotient intellectuel) politique supérieur à la moyenne. Véritable disciple de Machiavel, le président de la République agit comme un monstre froid qui avance masqué. Ce qui explique d’ailleurs son refus de structurer l’Alliance pour la République, dont il est et reste la seule constante. Une verticalité aurait peut-être créé plus de difficultés. Or, la structuration horizontale lui permet d’être le seul maitre à bord. Mieux, il semble agir seul. En témoigne la suppression du poste de Premier ministre pour éviter toute supputation sur un éventuel dauphin. Un véritable coup de Jarnac administré, à l’époque, non seulement à la classe politique mais aussi aux observateurs.

Par ailleurs, Macky Sall s’illustre aussi par la stratégie de «diviser pour mieux régner». De Matam à Ziguinchor ; de Saint-Louis à Tambacounda en passant par le bassin arachidier, le président de la République a permis très rarement à un seul leader d’émerger du lot sans lui adjoindre un adversaire capable de constater sa légitimité. C’est le cas entre Abdoulaye Daouda Diallo et Cheikh Oumar Anne ; Aly Ngouille Ndiaye et Samba Ndiobène Ka dans le Djoloff ; Amadou Bâ et Abdoulaye Diouf Sarr, Benoit Sambou et Doudou Ka à Ziguinchor. Sans occulter les frères Dia contre Farba Ngom dans le Fouta. La liste est loin d’être exhaustive. Autant de leaders qui vont se crêper le chignon lors des élections locales et/ou législatives. Mais qui seront tous obligés de se battre pour le Chef quand il s’agira d’une élection présidentielle.

A.T sudquotidien

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