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La fourberie de nos «capitaines» d’industrie

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Le président du Club des investisseurs sénégalais, Pierre Goudiaby Atepa, s’est permis dans une tribune sur les «tensions politiques» qui perturbent le climat des affaires dans notre pays, d’inviter le plaignant Mame Mbaye Niang, dans le différend qui l’oppose au sieur Ousmane Sonko, à renoncer à tout recours en appel. L’un des «patrons des patrons» du Sénégal trouve qu’il est du ressort du secteur privé national de trouver des voies alternatives pour régler un différend entre deux citoyens, en invitant l’une des parties à renoncer à ses droits ou à ravaler sa dignité pour ne pas gêner une vie des affaires.

On aurait bien compris le plaidoyer du président du Cis et de son pool de capitaines d’industrie, si bien avant cette déclaration ils avaient pris des initiatives en vue de jouer une carte de pacification dans notre espace public ou de se dresser comme rempart quand des commerces ont été pillés, des boutiques mises à sac, des biens publics saccagés. Depuis les événements de mars 2021, nous n’avons pas vu une montée au créneau d’acteurs et d’opérateurs économiques sénégalais digne de freiner la folie et la furie de nos politiciens. De même, nous ne les avons pas vus au chevet des jeunes entrepreneurs et des petites mains qui sont lésées à chaque round de démonstration de virilité folle et d’outrage aveugle à la République. Pire, les acteurs économiques se sont mis, pour la plupart, dans un jeu de complaisance avec tous les instigateurs de la tension dans un esprit de ne pas frustrer une opposition politique. Qui aurait pensé que le cancer qu’est le complexe de l’opposition aurait pu atteindre les rangs de nos capitaines d’industrie !

Le président du Cis trouve qu’il serait dangereux qu’une prolongation du bras de fer Mame Mbaye Niang-Ousmane Sonko soit entretenue. C’est son bon droit, surtout qu’il soutient à propos d’une poursuite en appel du procès que «cette option, au-delà de sa légalité supposée, pourrait donner lieu à un prolongement du cycle de violences que les Sénégalais espéraient voir se fermer à la faveur de la tenue du procès. En décidant d’organiser une deuxième mi-temps, le ministre expose incidemment le Sénégal tout entier à des turbulences qui pourraient se traduire par un lourd préjudice pour l’économie». Les casses et pillages de mars 2021, demandés par Ousmane Sonko dans son appel à la résistance, n’ont sûrement pas été un début du «cycle de violences» que le président du Cis voudrait exorciser. Quelle est cette logique, pour un opérateur économique et un promoteur du «Sénégal des affaires», de penser que la violence de la rue est une hypothèse au déroulement d’un procès pour une histoire de diffamation ? Ne doit-on pas dans le principe du respect de l’égalité devant la loi, inviter à la tenue d’un procès en bonne et due forme devant les juridictions compétentes et contraindre toutes velléités de violence par la force publique ? Qu’est-ce qui pourrait expliquer dans le monde des plus fous que des opérateurs économiques donnent blanc-seing à des irrévérencieux à toutes les commodités républicaines ainsi qu’à des ennemis déclarés des affaires économiques, car tout prétexte est bon pour casser des biens.

Va-t-on demander à une dame comme Adji Sarr, lorsque son procès avec le sieur Sonko se présentera, de renier ses droits pour que l’économie puisse tourner ? Le président du Cis ne trouve-t-il pas grave que pour un procès en diffamation, la peur plane sur les gens pour que Dakar soit une ville semi-morte ? Pour rappel, le président Atepa, qui invite Mame Mbaye Niang à annuler sa plainte contre Ousmane Sonko, a eu à traîner le Grand Serigne de Dakar et la dame Aby Ndour dans des procès en diffamation pour laver son honneur. C’est dire !
Si une invite était à faire au Club des investisseurs sénégalais et à son président dans leur dynamique de pacifier l’espace public et de garder un climat favorable aux affaires, il serait bien qu’ils commencent avant tout à interpeller les rentiers de la tension. Ils peuvent les aider, en bons promoteurs de nos champions nationaux, à leur faire comprendre qu’il ne sert à rien de saccager des enseignes étrangères qui ne font qu’employer des fils du Sénégal. Il est illusoire de se dire défenseur d’un nationalisme économique, si les petites gens, qui sont les bras de notre économie, sont les dommages collatéraux de toutes les luttes politiques. Les appels au meurtre de magistrats, d’officiers supérieurs et même du président de la République, suffisent comme images néfastes pour tout investisseur étranger qui voudrait effectuer des affaires. Si nos capitaines d’industrie ne se font pas des défenseurs sincères de l’Etat de Droit et de la République, ils n’auront pas de terre où faire prospérer leurs affaires si le chaos s’invite.

J’aimerais croire que le Cis et son président se voient dans leur tribune comme des acteurs économiques à la marge du politique, mais avec leur mot à dire pour plus de stabilité. Toutefois, inviter une personne qui se considère lésée à renoncer à ses droits pour ne pas donner des motifs de troubles est assez paradoxal comme démarche. On croirait lire le conseil que donnait Fred Koch à ses fils qui avaient fini d’être les bailleurs de plusieurs politiciens américains, en leur disant de ne jamais aller en procès, peu importe la raison, au risque de voir leurs affaires détruites. Le plaidoyer du président du Cis aurait fait sens si tout leur souci pour la protection des affaires contenait un brin de préoccupation pour la sauvegarde de la République et l’égalité de ses fils devant la loi.

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