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Le rappeur Didier Awadi «in» aux Jeux de la Francophonie, «out» dans les instituts français

(rfi.fr)- Le rappeur sénégalais Didier Awadi, désigné président du jury pour le concours « Chanson » prend son rôle très à cœur et compte transmettre son expérience à la jeunesse francophone lors de ces Jeux. Il entend rester loin de la polémique sur l’interdiction qui le frappe de se produire dans les instituts français d’Afrique.

RFI : Didier Awadi, vous êtes président du jury « Chanson » des Jeux de la Francophonie.  Qu’est-ce que vous voulez transmettre aux jeunes artistes francophones ?

Didier Awadi : D’abord, c’est un honneur pour moi d’être là, de participer aux Jeux de la Francophonie. J’ai été honoré avec cette désignation en tant que président du jury pour la chanson. C’est vraiment un honneur pour mon pays et pour la communauté hip-hop dont je fais partie. Le message qu’on aimerait faire passer aux jeunes, c’est qui faut être professionnel pour faire ce métier et quand on est passionné, il n’y a pas de raison qu’on ne fasse pas une grande carrière. Ce sera très difficile pour nous de choisir parmi tous ces talents. S’ils sont là, c’est que vraiment, ils ont déjà tout gagné. Si leur pays les a sélectionnés, c’est qu’ils ont du talent. Donc, la tâche est très difficile avec mes amis du jury, mais on va essayer d’être impartiaux et de faire bien le job.

Vous avez déjà eu le temps de repérer quelques pépites…

Non, on va découvrir. On a décidé de ne pas regarder les candidats, on va les découvrir en même temps parce que sinon tu te fais influencer et après, tu risques de ne pas être objectif.

À quoi vous vous attendez ? À de nouvelles créations, de nouveaux styles, inspirations…

Je m’attends juste à être ébloui. Maintenant, de quelle manière ? Je ne sais pas. Je ne prépare mon esprit à rien. Je veux juste prendre beaucoup de bonheur en écoutant de la bonne musique.

Vous êtes président de jury à la Francophonie, au moment où vous être déclaré persona non grata dans les instituts français d’Afrique. Si ce n’est pas de réhabilitation, c’est quand même un autre signal fort…

Non, non, non ! Pour moi, ça n’a rien à voir. Il y a eu… (Il hésite) je n’ai pas vraiment envie de parler de cette question en fait. Pour moi, c’est derrière moi. Aujourd’hui, ceux qui doutaient… Non, franchement, je n’ai pas envie de répondre à cette question. C’est donner trop d’importance à ces hommes.

C’est quand même important dans la mesure…

(Il coupe) Je ne veux pas leur donner l’importance qu’ils n’ont pas. Pour moi, c’est un détail franchement. C’est un non-évènement. Je l’ai dit parce qu’il fallait le dire et parce que je n’aime pas qu’on me fasse porter des habits de raciste. Ce n’est pas moi. Pour moi, c’est juste un détail.

On ressent quand même une certaine frustration ou dépit, avec cette situation. Ça vous touche qu’on vous assimile à un raciste…

Oui, ils ont essayé de faire passer ça…La preuve, je suis là. Dans chaque système, il y a des brebis galeuses, mais je préfère regarder le verre à moitié plein.

C’est quoi le verre à moitié plein pour vous alors ?

Le verre à moitié plein, c’est que je suis là, je suis dans la Francophonie et c’est ça qui est important. Franchement, c’est un non-événement et je le dis très sincèrement. Je l’ai dit parce qu’il fallait le dire, mais je ne veux pas rester là-dessus. Je continue de faire mon métier comme je l’ai toujours fait et de partager cet amour de la musique avec le monde entier, et particulièrement avec des francophones, mais aussi des anglophones ou des lusophones.

Transmettre, partager, ce sera l’objectif principal avec les jeunes artistes francophones ?

Oui, c’est important de faire ça avec les jeunes francophones. J’ai eu la chance de profiter de la Francophonie dans ma carrière. Cela m’a beaucoup aidé dans la mobilité, on a beaucoup voyagé grâce à la Francophonie et on a vu beaucoup de régions du monde. Cela aide une carrière, donc j’espère que les jeunes qui vont sortir de là, auront une belle carrière. En tout cas, nous, on fera tout pour les booster, les accompagner autant qu’on pourra dans nos réseaux. Lors des auditions, il y aura quelqu’un de Bomayé Music qui est un des plus gros labels de hip-hop francophone. Il aura aussi un regard sur qui va sortir de là, quel talent va émerger. Ce sont des découvreurs, des dénicheurs et des développeurs de talents. Donc, on ne sait jamais ce qui peut arriver à ces jeunes, ils ont de la chance. Ils ont un outil formidable, c’est le moment aussi de faire des connexions et de créer de nouvelles amitiés.

Les instituts français ferment leurs portes à Awadi

Le 11 juillet dernier, sur les ondes de la Radio Futurs médias au Sénégal, Didier Awadi déclarait : « J’ai appris récemment qu’il y avait une note dans les instituts français qui interdit mes spectacles et donc c’est avec une grande surprise, une grande tristesse, parce qu’on veut me faire passer pour un raciste ou quelqu’un qui attise le sentiment anti-français et c’est aux antipodes de ce que je suis. Étant moi-même un métissage culturel et génétique, je ne peux pas être raciste et je ne permets à personne de me traiter de la sorte (… ) Je n’attends pas ces instituts pour vivre quand même, mais je ne veux pas qu’on me fasse passer pour ce que je ne suis pas. Je ne demande rien à ces instituts. » Depuis, le rappeur sénégalais n’a pas eu de notification officielle de cette interdiction constatant l’annulation successive de ses dates de programmation dans les instituts français.  Certains voient dans cette interdiction, une sorte de censure depuis la sortie du clip et du film du même nom « Quand on refuse on dit non », tiré de l’album éponyme sorti en février dernier. Un album très engagé à l’image de Didier Awadi.

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