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Littérature – Fatimata Diallo Ba, auteure de «Rouges Silences» : «Mon féminisme est ancré dans la société dans laquelle je vis»

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Après son premier roman, «Des cris sous la peau», Fatimata Diallo Ba revient avec «Rouges Silences». Un ouvrage qui pose ainsi le diagnostic d’un silence qui n’a rien de celui de la spiritualité, mais qui reflète la réalité de la société africaine. Dans cet ouvrage, la professeure de français met en lumière le pouvoir de la parole sur le silence, le pouvoir de la lumière sur l’ombre, mais aussi offre une porte de sortie contre la violence sociétale dans laquelle la victime devient bourreau. 

Par Ousmane SOW – Fatimata Diallo Ba a présenté, hier au Centre culturel Blaise Senghor, son li­vre Rouges Silences. Ce ro­man de 163 pages, sorti en avril 2022 aux Editions L’Har­mattan Sénégal, pose le diagnostic d’un silence qui n’a rien de celui de la spiritualité profonde, «car tout de rouge vêtu, il avance à grands pas, empoigne, ronge, dresse des murs, isole, abîme, étouffe puis creuse et ensevelit, telle la Fau­cheuse». Dans le cadre de la célébration de la Journée mondiale du livre ce 23 avril, le Centre culturel Blaise Senghor a organisé une cérémonie autour de l’ouvrage de Fatima Diallo Ba. Entre tradition et modernité, références philosophiques et religieuses, passé terrible et futur incertain, Rouges Silences, selon son auteure, est un roman qui offre une porte de sortie contre la violence sociétale dans laquelle la victime devient bourreau. Le point de départ de cet ouvrage, Rouges Silences, marque la fin du premier Tome, à savoir Des cris sous la peau. Deux romans qui se suivent, en commençant par un regard vers le passé, selon Fatimata Diallo Ba, auteure et professeure de français et de latin au lycée français Jean Mermoz de Dakar. D’après elle, Rouges Silences se déroule principalement à Paris, à la différence Des cris sous la peau qui se passe au Sénégal. «Une héroïne, Yandé (Ndlr : personnage principal du premier ouvrage), qui quitte Paris pour une semaine à Dakar. Cette semaine va lui permettre de découvrir pas mal de choses sur son passé, elle qui était resté figée dans une sorte d’enfance. Et Rouges Silences raconte son retour en France», explique l’auteure qui précise que son livre reflète la réalité de la société afri­caine. En parlant du livre Rouges Silences, on ne peut pas garder le silence. «Ça nous parle, ça parle de la société. Et ce que j’ai voulu exprimer, c’est le pouvoir de la parole sur le silence, le pouvoir de la lumière sur l’ombre», a-t-elle fait savoir. L’auteure estime également qu’on ne peut pas se taire en lisant ce livre. Elle dira : «Si quelqu’un prend la parole après les Rouges Silences, je ne peux que m’en féliciter parce que la lecture, c’est ouvrir cette porte de communication entre les personnes, montrer  son humanité aux autres et ac­cueillir l’humanité des autres.»

«Les droits des femmes doivent être respectés» 
Le livre est ainsi un écho aux mouvements comme «Me Too» et «Metooinceste» qui nous font saisir combien ce silence est universel. Par une création romanesque originale, une écriture limpide, une narration attachante et des techniques littéraires ésotériques, Fatimata Diallo Ba essaie d’apporter un débat utile au point d’embrasement de cet univers métaphorique qui cristallise les maux et crispations de tous ces suppliciés de la vie pour qui le sentiment d’injustice vécu s’épaissit à mesure que leurs voix, toujours plus aphones, s’embourbent dans le tourbillon de tragédies familiales qui ne disent pas leur nom. Ce n’est pas étonnant ! Elle se dit féministe et l’assume. «Je suis féministe. Je l’assume si féministe ça veut dire s’impliquer dans les droits des femmes et défendre les droits des femmes. Mon féminisme n’est pas celui  d’une Européenne, d’une Amé­ricaine. Mon féminisme, il est ancré dans la société dans laquelle je vis», se défend la Franco-Sénégalaise, Fatimata Diallo Ba, qui soutient que les droits des femmes doivent être respectés.

«Il faut cesser de rêver à un ailleurs illusoire qui n’existe pas»
Sans oublier le racisme en France mais aussi au Sénégal, l’auteure estime que c’est l’être humain qui est un petit peu comme ça. En revanche, dit-elle, il faut arrêter de penser que l’herbe est plus verte ailleurs, car ce n’est pas vrai, parce que même au Sénégal, il y a beaucoup d’opportunités. Préférant vivre au Sénégal plutôt qu’en France et partager les difficultés avec les Sénégalais, mais aussi apporter sa pierre à l’édifice, elle invite les jeunes à cesser de rêver à cette France «idéale» qui, selon elle, n’existe pas, tout comme aussi en Amérique ou tout autre pays du monde. Pour Fatimata Diallo Ba, la France n’est ni meilleure ni pire que le Sénégal. Elle explique : «Tout ce qui se trouve sur les autres continents se trouve ici au Sénégal. La ressource la plus forte, c’est l’humain et nous l’avons.» D’ailleurs, elle estime que tout est possible en littérature et elle «invite» à ne pas sous-estimer le pouvoir de la lecture. «Je peux être un homme, une femme, un enfant, une autre couleur. Je peux assumer tous les rôles. Je peux voyager sans bouger de ma chaise. Je peux traverser les humanités. Le livre est une porte ouverte à tous les vents. Et le pouvoir d’écrire, c’est dire les silences, et les livres peuvent transformer les vies», argumente-elle, tout en ajoutant que lire et écrire c’est résister. «Résister à l’immobilisme, à tout ce qui vous plombe, ce qui vous empêche de progresser. Lire, c’est aller à la rencontre de toutes les cultures, c’est un devoir. Il faut cesser de rêver à un ailleurs illusoire qui n’existe pas», insiste-t-elle.

Un roman d’apothéose
Hier, le Centre culturel Blaise Senghor de Dakar était plein à craquer, tant il y avait du monde. Et c’est dans cette atmosphère féerique que s’est tenue la dédicace du deuxième roman de Fatimata Diallo Ba, qui coïncide avec la célébration de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur. Ainsi, les prestations des espoirs de la banlieue et du slameur Maïssa Mara ont donné un cachet tout spécial à cette cérémonie littéraire. De nombreuses personnalités ont tenu à être de la partie, notamment le Pr Maguéye Kassé, Abdoulaye Diallo, le Berger de l’île de Ngor, Andrée Marie Diagne, Anne Marie Coly, ainsi que la famille de l’auteure. Ensuite ce furent les mots touchants de l’éditeur Abdoulaye Diallo, de L’Har­mattan Sénégal. Pour Ibrahima Lô, directeur du Livre et de la lecture au ministère de la Culture et du patrimoine historique, Rouges Silences, c’est une des œuvres majeures qui met au centre la souffrance de la femme, qui porte un plaidoyer «féministe» mais aussi «humaniste» pour «reconstruire» le monde sur la base de valeurs porteuses d’avenir pour l’humanité et pour le Sénégal. Et c’est ça, dit-il, qui fait le mérite de Fatimata Diallo Ba, qui a tenu la cérémonie de dédicace de son livre à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur, le 23 avril. D’après lui, Fatimata Diallo Ba n’est pas que plume. Elle est émotion foudroyante. Elle est art incarné. Elle est ivresse, dans sa quintessence. Et dans un mélange de genres exquis, elle a livré un roman d’apothéose. «Assurément, un bon roman, si l’on en croit Eric Emmanuel Schmitt qui écrit, dans l’épilogue de Concerto à la mémoire d’un ange, qu’un bon roman se mesure au nombre de personnes qui y sont tuées», témoigne M. Lô.

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