Date historique pour les pays de la zone CFA. La réforme du franc CFA est lancée. En visite à Abidjan, le président de la République française, Emmanuel Macron, et son homologue ivoirien, Alassane Dramane Ouattara, ont annoncé la disparition du franc CFA, qui sera officiellement remplacé par une nouvelle monnaie dénommée ECO. Dans la même foulée, les deux chefs d’Etat révèlent également que contrairement à ce qui a cours actuellement, la France ne figurera pas dans le comité de pilotage de la nouvelle monnaie.
Jusqu’ici, la France a toujours été au coeur du dispositif de la politique monétaire des pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, en étant présent dans le Conseil d’Administration des Banques centrales des Etats de ces deux zones (BCEAO et BCEAC), mais également dans les comités de politiques monétaires. Une présence qui a longtemps fait débat en Afrique ces derniers temps, occupant même les débats politiques et économiques lors des différentes campagnes électorales et au-delà.
Les économistes sénégalais Ndongo Samba Sylla et ivoirien Mamadou Koulibaly, indexaient par exemple l’énorme stock d’or de la BCEAO qui seraient dans les réserves de la Banque de Fance, tandis que le Sénégalais Felwine Sarr déplorait la démarche solitaire du président béninois Patrice Talon, qui quelques jours plus tôt, annonçait un retrait des réserves africaines logées au Trésor français.
A propos de l’ECO, Felwine Sarr, invité du Jury du dimanche sur iRadio, estimait que c’était « une bonne chose ». Outre les pays de l’UEMOA, l’ECO implique ceux de la CEDEAO, dont le Nigéria, première puissance africaine, et le Ghana. « C’est très intéressant parce que j’ai des doctorants qui ont fait des thèses là-dessus et soutenu qu’aller vers l’ECO, c’est soutenir une zone d’intégration économique et monétaire beaucoup plus large que la zone UEMOA. Rappeler que l’ECO est un projet qui date de (plus) 20 ans, de 1987. »
« La difficulté dans l’ECO, c’est qu’il faut des zones de convergence, que les Etats doivent respecter », signale-t-il, proposant « une gradualisation », selon laquelle « les pays qui auront respecté les critères y aillent ensemble, en 2020, pour ne pas rater le rendez-vous, et les autres attendent » le temps de faire les « efforts » d’un point de vue budgétaire.
L’Eco est le nom d’un projet de monnaie unique des quinze pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) datant des années 1960. Son introduction, initialement prévue pour décembre 2009, a été reportée à janvier 2015, avant d’être signalée comme étant au point mort en 2014.
Elle devait aboutir à la fusion de deux zones monétaires actuelles, la Zone monétaire ouest-africaine, initiatrice du projet et utilisatrice de monnaies nationales, et l’Union économique et monétaire ouest-africaine, utilisatrice d’un des deux francs CFA et qui a rejoint la démarche en 2013. Ce projet est concurrencé par celui de l’extension du Franc CFA (UEMOA) au Nigeria et à toute la région, franc CFA qui deviendrait donc une monnaie commune et stable pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.
L’élargissement à d’autres zones économiques était en cours de discussion au sein des instances de l’Union africaine. Ce projet serait une des modalités pratiques d’un grand marché unique africain au sein de l’Union monétaire africaine.
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