Le chef de l’exécutif de Tripoli, reconnu par l’ONU, Abdelhamid Dbeibah, a assuré mardi, après un conseil des ministres, que son gouvernement « partageait les préoccupations des Libyens » et était « déterminé à ramener le dinar au niveau d’avant », évoquant « des complots ourdis pour exploiter les difficultés des gens », afin de « maintenir l’instabilité » dans le pays.
En réalité, la dévaluation du dinar sur le marché parallèle et une pénurie de liquidités dans les banques découlent en grande partie de décisions de la Banque centrale de Libye (BCL), selon des experts.
La BCL a notamment restreint les lettres de crédit à l’importation — seul moyen légal pour un importateur voulant se procurer des produits en devises étrangères — à l’achat à l’étranger de médicaments et de produits alimentaires. Ce qui a obligé les importateurs de voitures, machine-outils ou matériel de construction à se tourner vers le marché parallèle pour trouver des devises.
Facteur aggravant: la BCL a également fortement réduit le plafond pour l’achat de devises au taux officiel, passé de 10.000 dollars à 4.000 dollars, par personne et par an.
Retraités très touchés
Le pouvoir d’achat des ménages s’est écroulé aussi parce que les prix de denrées de base comme les pâtes, le riz, le sucre ou la farine, naguère largement subventionnés, sont désormais indexés sur le niveau du dollar sur le marché parallèle.
Forte des réserves d’hydrocarbures les plus abondantes du continent, la Libye ne manque pourtant pas de ressources avec environ 20 milliards de dollars par an de recettes nettes des exportations de pétrole et gaz, qui représentent environ 95% des revenus de l’Etat.
Plus de la moitié de ces fonds financent les salaires d’un Etat-providence qui emploie plus de 2,3 millions de fonctionnaires sur 7 millions d’habitants, selon des données officielles. Le reste de la manne pétrolière doit aussi couvrir les besoins des deux exécutifs parallèles, y compris celui de l’est, région sous contrôle du maréchal Khalifa Haftar.
Ces derniers temps, les salaires et pensions de retraite sont versés avec plusieurs mois de retard.
Ce sont « les retraités qui souffrent le plus », estime Mohamad al-Werfalli, un retraité de 65 ans, interrogé par l’AFP pendant que son épouse termine ses courses dans un hypermarché du centre de Tripoli.
« Nos pensions ont baissé en valeur, surtout pour les fonctionnaires » qui « passent (aussi) leur temps à attendre que les retraites soient versées », assure-t-il.
Pour Mohamad al-Wehechi, 29 ans, qui travaille à son compte, viandes, volailles et autres produits sont devenus tellement chers « qu’on doit se contenter du minimum et se nourrir au jour le jour ».
« Avec un salaire de 700 dinars (environ 135 euros au taux officiel), on va bientôt devoir se passer de viandes », ajoute-il.












