Par Alioune Badara CISS – Les rapports conflictuels entre des maîtres coraniques et des talibés finissent souvent sur des scènes de violences et parfois par des cas de décès. La mort de Zakaria Ndiaye, un maître coranique tué pendant son sommeil par son neveu et talibé âgé de 11 ans, le 4 avril dernier, dans la commune de Sindia, a glacé tout le monde. Serigne Mouhamadou Ydali Mbacké ibn Modou Fatou Khary, venu assister à la 2ème édition du Concours de récital du Coran de Darou Arkam de Oustaz Souleymane Pouye, logé dans le village de Toglou Kandam dans la commune de Diass, a plaidé auprès des autorités, surtout judiciaires, pour plus d’indulgence et de compréhension envers les maîtres coraniques et les talibés en cas de violence. «Durant cette semaine, nous avons appris qu’un talibé a tué son maître coranique non loin d’ici, à Sindia. Mais auparavant, il y a eu un maître coranique qui avait tué son talibé. Un talibé qui a été confié à un maître coranique pour apprendre le Coran ne doit pas tuer ce dernier. Celui qui enseigne le Coran aux talibés, qui est une recommandation du Prophète Muhammad (Psl, n’a pas pour objectif de tuer. Donc, c’est souvent un malentendu qui est à l’origine de ça, c’est pourquoi nous les invitons à mieux comprendre ces derniers», explique le marabout.
Aujourd’hui, de nombreux imams et maîtres coraniques croupissent dans des prisons suite à des faits similaires. Et ils n’entrevoient pas la sortie à cause de la criminalisation de leur dossier. «Et nous savons que le crime ne fait pas partie de la grâce présidentielle. C’est pourquoi il urge de faire des réformes ou de tenir des discussions autour de la question pour mettre ces délits dans la grâce présidentielle, pour qu’ils puissent être pardonnés. Parce qu’on accorde la grâce à des gens qui ne sont pas plus méritants que les maîtres coraniques dans la société», rappelle Serigne Mouhamadou Ydali Mbacké.
Des propos confirmés par Oustaz Souleymane Pouye, initiateur d’un concours du récital du Coran. Faisant dans la parabole, il a rappelé que le chauffeur qui transporte les passagers ne souhaite pas leur mort. Mais, en cours de route, il peut subir un accident qui va occasionner des pertes en vies humaines. «N’oublions pas qu’il voulait emmener les clients à bon port. Le chauffeur peut être assimilé au maître coranique, il veut que les talibés puissent maîtriser le Coran, il veut qu’ils soient de grandes personnalités, mais parfois il peut arriver qu’il y ait un accident, et nous constatons que quand il y a un accident, les autorités sont plus indulgentes envers ces derniers, mais s’il s’agit de nous, les maîtres coraniques, c’est différent», regrette Oustaz Pouye.
Modernisation des enseignements
Autant il invite les autorités à être plus souples envers les maîtres coraniques, autant, il demande à ses camarades de revoir leur façon de gérer leur école coranique. «Je profite de l’occasion pour lancer aussi un appel à mes camarades qui ont des écoles coraniques. Il faut qu’ils sachent que le métier demande beaucoup de préalables. Il faut certes le savoir, mais cela ne suffit pas. L’enseignement coranique requiert de la méthode mais aussi de la pédagogie. Ce n’est pas pour me jeter des fleurs, mais ceux qui nous connaissent savent que notre école coranique est différente des autres, parce que je n’accepte pas que les enseignants traitent d’une certaine façon les talibés, surtout dans la façon de les punir», informe Oustaz Pouye. Selon lui, l’apprentissage des talibés dans les daaras doit obéir à certaines conditions, sans lesquelles ces formes de violence vont toujours prévaloir. «Je veille à ces détails-là, les enfants qu’on nous confie sont des êtres humains. Notre mission, c’est de leur inculquer le savoir et la maîtrise du Coran. Donc, nous devons être bien regardants dans leur traitement. J’ai dit dans mon daara qu’on ne punit pas l’enfant en le privant de nourriture, en le mettant au soleil pendant des heures, mais aussi qu’on ne le tape dans des parties du corps qui peuvent le blesser. Certes c’est un discours qu’on n’a pas l’habitude d’entendre, mais il faut que mes camarades sachent la réalité. Je ne suis pas contre le daaras, mais plutôt contre certaines pratiques.» Et il les condamne sans mettre de gants : «Nous rencontrerons tous, tôt le matin, les enfants dans la rue, pieds nus. Je me demande à quelle heure ils vont apprendre. Donc il est temps de revoir nos positions et de ne pas utiliser les enfants pour se faire de l’argent, mais plutôt leur enseigner le Coran.» A Daroul Arkam de Toglou Kandam, situé dans la commune de Diass, les enfants étaient hier à la fête.
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