Le Sels/A n’a pas réussi à atteindre le nombre de suffrages requis pour être considéré comme un syndicat représentatif. Qu’est-ce qui explique cet échec ?
Ce qu’il faut d’abord dire c’est que le vote électronique dans le format qui a été proposé par le ministère du Travail, il y a eu une brèche, c’est le vote par procuration qui a permis à des responsables syndicaux de faire un vote massif illégal à la place de quelques camarades et on nous l’a signalé. Il suffisait seulement d’avoir le numéro de matricule de l’agent à travers des actes administratifs pour pouvoir accéder au Mirador après réinitialisation du mot de passe du concerné pour pouvoir faire le vote à sa place. C’est une limite du dispositif, le vote électronique, nous ne le conseillerons à aucun autre secteur. Parce que nous en avons fait les frais…
Est-ce que vous l’aviez dénoncé avant le scrutin ? Saviez-vous que le vote par procuration était possible ?
Nous savions qu’il y avait une possibilité de voter par procuration, mais nous ne pensions pas qu’avec seulement un numéro de matricule de l’agent c’est possible, parce que ce sont des données personnelles… en principe c’est le concerné qui doit donner son numéro de matricule et son mot de passe pour pouvoir accéder au Mirador. Ce que les gens faisaient, ils mettaient le numéro de matricule d’un agent, ensuite ils réinitialisaient son mot de passe parce qu’ils ne le connaissaient pas, ce qui leur permettait d’entrer dans le compte de l’enseignant pour pouvoir voter à sa place. Cela nous ne pouvions pas le savoir, parce qu’un dispositif, il faut l’éprouver pour voir ses limites. Aujourd’hui si on veut rendre service au ministre du Travail, il faut qu’on lui dise la vérité. La vérité c’est que le vote par procuration, on doit l’arrêter, ça c’est le premier niveau. La deuxième chose qui nous a pénalisés, ce sont les coalitions de syndicats, nous sommes 3 à 4 organisations syndicales non représentatives, nous créons une synergie autour de quelqu’un au niveau du collège préscolaire-élémentaire, on nous rend la monnaie au niveau du moyen-secondaire, on soutient le 3ème au niveau du collège des inspecteurs. Ce que nous visions c’est la rationalisation de la table des négociations et les concertations avec le gouvernement. En principe, aujourd’hui 7 secrétaires généraux devraient se retrouver autour de la table avec le gouvernement, mais avec les coalitions, on risque de dépasser le nombre. Nous sommes en train de violer les propres règles que nous avions établies. La troisième chose qui nous a porté préjudice c’est que nous sommes sortis d’un congrès le 30 décembre 2022. J’ai été élu dans des conditions difficiles. Il y avait un groupe constitué qui voulait récupérer l’organisation, et qui n’a pas bénéficié de la confiance de la majorité des électeurs. Ce groupe est sorti et a cassé l’organisation. Aujourd’hui il y a plus de 8 sections syndicales fortes qui sont parties et qui ont fait un vote-sanction. Il y a un mot d’ordre donné par un parti politique que je ne citerais pas, qui a demandé un vote pour un Secrétaire général de syndicat…. Tous ces facteurs conjugués nous ont pénalisés. Je suis un homme de principe, quand les règles sont fixées, établies, en tant qu’éducateurs, nous devons les respecter.
Tantôt vous avez dit qu’avec les coalitions on risque de ne pas avoir seulement 7 syndicats autour de la table de négociations. Comment cela est-il possible ?
C’est au gouvernement de régler cela parce qu’il y a 7 organisations syndicales seulement qui ont bénéficié de la confiance des enseignants. Maintenant il ne peut pas y avoir de deal entre secrétaires généraux. Je Suis secrétaire général du Sels/A, je m’assoie à côté du Secrétaire général du Sels, on travaille ensemble parce que j’ai soutenu le Sels dans le collège préscolaire-élémentaire. C’est cette formule qui risque de se produire si on y prend garde.
Et pourquoi vous n’aviez pas attiré l’attention sur toutes ces questions avant les élections ?
Avant les élections, nous ne pouvions pas le dire parce que l’arrêté n’interdit pas aux syndicats de faire des coalitions. L’arrêté est muet sur cette question, cette formule était inimaginable parce qu’on ne l’a jamais connue. Nous fonctionnons aujourd’hui comme des partis politiques, c’est le modèle politique que nous sommes en train de reproduire dans le champ syndical pour moi, cela n’est pas honnête.
Quelle suite allez-vous donner à tout cela ?
Nous acceptons les résultats, nous ne voulons pas donner l’impression d’être de mauvais perdants. Nous allons continuer le travail parce que les enseignants nous font confiance. Nous ne ferons pas de recours, nous allons travailler à la massification de notre organisation. S’asseoir à la table de négociations n’est pas une fin en soi, nous trouverons d’autres canaux pour nous faire entendre. Les enseignants nous connaissent, nous allons continuer à porter leurs revendications et à travailler avec toutes les organisations syndicales qui le souhaitent. Nous serons très disciplinés, ce que mon organisation va faire c’est renforcer le groupe des 7, aller toujours dans le sens indiqué par le G7 si c’est dans l’intérêt des enseignants.












