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Placé en garde à vue : Hadjibou Soumaré obtient ses réponses

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Entendu à la Sûreté urbaine dans la matinée d’hier, Cheikh Hadjibou Soumaré a été aussitôt placé en garde à vue et devrait être déféré dans les prochaines heures. Si l’ancien Pm a assumé la paternité de la lettre adressée au chef de l’Etat lui demandant des explications sur un supposé don de plus de 7 milliards de francs Cfa à «une personnalité française», il a dit aux enquêteurs qu’il était dans des hypothèses, des interrogations, et non dans l’affirmation et l’accusation. Et il n’a pas aussi voulu citer le nom de Mme Le Pen.

Par Bocar SAKHO – Cheikh Hadjibou Soumaré, qui a écrit une lettre interpellative au chef de l’Etat, a ses réponses : il a été placé en garde à vue après son audition hier à la Sûreté urbaine, logée dans les locaux du Commis­sariat central de Dakar. L’ancien Premier ministre et président du mouvement politique Démocratie et Républi­que devrait être déféré à la fin de sa garde à vue. Il pourrait même se retrouver sous mandat de dépôt si l’étau ne se desserre pas.

Cette décision est une suite à son interrogatoire hier, lors duquel il a assumé évidemment la paternité de cette lettre adressée au Président Sall. Les enquêteurs lui ont reposé les questions qu’il avait adressées au Président Sall. Dans ses réponses, l’ancien ministre délégué chargé du Budget n’est pas allé plus loin que le contenu de son document. Il s’est con­tenté d’assurer qu’il est dans des hypothèses, des interrogations, des questionnements.

Pour Hadjibou Soumaré, il n’est pas dans une situation d’apporter des preuves, car il n’est pas dans l’affirmation, ni dans l’insinuation, ni dans des accusations de corruption. Dans le même sillage, il n’a pas accepté de donner l’identité de la personnalité politique à laquelle il fait allusion. Même si tout le monde sait qu’il s’agit de Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, qui a effectué une visite controversée à Dakar du 17 au 19 janvier dernier. Pour lui, il a le droit de poser des questions au président de la République, en tant que leader politique. Il estime que c’est au Président d’apporter les réponses et d’éclairer les Sénégalais sur ses hypothèses et interrogations, notamment le versement de 7,9 milliards F Cfa à l’ancienne candidate à la Présidentielle française. Et l’essentiel du face-à-face avec les enquêteurs de la Sûreté urbaine a tourné autour de cette affaire, qui a irrité au plus haut niveau de l’Etat.

Pour Cheikh Hadjibou Sou­maré, c’est un retour sous les projecteurs de manière inattendue. Il avait disparu des radars depuis l’échec de sa candidature à la Présidentielle à cause de son incapacité à réunir les parrainages requis. En se ré­veillant ce matin dans les locaux de la Sûreté urbaine, il va se demander quelle sera la suite de cette affaire. Car le dossier a pris l’ascenseur de façon exponentielle comme si l’Etat n’avait pas l’intention de laisser tomber dans l’oubli la lettre de Cheikh Hadjibou Soumaré.

Cette convocation et son placement en garde à vue interviennent 48h après la sortie du gouvernement qui condamnait la lettre de l’ancien président de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). Dans un communiqué laconique et menaçant, il se réservait le droit de «donner toute suite qu’il juge appropriée à ces insinuations fallacieuses, malveillantes et indignes de quelqu’un qui a occupé de hautes fonctions étatiques». Selon Abdou Karim Fofana, ces «insinuations lâches et sans fondement», «témoignent d’une volonté maléfique de jeter le discrédit sur la personne du président de la République, porter atteinte à l’institution qu’il incarne et nuire aux relations entre le Sénégal et une puissance étrangère».

Dans une lettre ouverte publiée le samedi dernier, Cheikh Hadjibou Soumaré demandait, entre autres questions, au président de la République d’apporter des clarifications sur un supposé don de 7, 9 milliards de francs Cfa fait à «une personnalité française» sans donner son identité. En lisant le document de M. Soumaré, chacun a vu un portrait-robot de Marine Le Pen, qui a été aussi reçue par le Président Sall lors de son séjour dakarois. En citant des «bruits de salon et autres ragots», il pose une question au chef de l’Etat sur le versement de 7,9 milliards F Cfa (12 millions d’euros) à Mme Le Pen. Dans un jeu de comparaison, il lui rappelle que ce montant dépasse largement le budget consacré au Programme de promotion de l’entreprenariat durable et de création d’emplois décents ou les programmes d’éducation à la citoyenneté.
bsakho@lequotidien.sn

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