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Plus d’ambition dans la politique de modernisation des services de sécurité et de défense

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La guerre en Ukraine a signé la faillite définitive de l’ordre politique mondial. On a connu un ordre politique international basé sur des règles du Droit ; des règles qui étaient reconnues et acceptées parce que soutenues par des valeurs partagées. L’invasion de la Crimée en 2014 par les troupes russes, ainsi que son rattachement illégal à la Fédération russe, furent déjà des signes prémonitoires de la fin de cette époque. De plus en plus de pays se muent en puissances militaires impérialistes et expansionnistes. Nostalgiques de leurs passés de grands empires, ils mènent une politique étrangère portée par le souvenir d’une grandeur révolue. Ils ignorent volontairement le Droit international. Ils ne respectent que celui du plus fort. Ils n’acceptent pas leurs frontières actuelles. Ils réclament de manière ouverte et avec des arguments historiques, des territoires à leurs voisins. Tandis que certains pays s’en tiennent encore aux menaces et autres formes d’intimidation, d’autres recourent à la violence de la guerre. On fait allusion à la Russie de Poutine. Le gouvernement russe cherche à établir sur les territoires de l’ex-Union Soviétique, une grande Russie slave.
On fait aussi allusion à la Chine. La Chine souhaite redevenir l’Empire du Milieu qu’elle fut. Elle prétend être spoliée d’une partie de ses territoires ; des territoires qu’elle compte récupérer par tous les moyens. Ses activités militaires en Mer de Chine et sur l’Océan Pacifique sont à l’origine de récurrentes tensions avec ses voisins (Taïwan, Japon, Vietnam, Philippines). Les autorités chinoises semblent avoir bien observé l’aventure russe en Ukraine. On a vu en Ukraine une Armée russe mal préparée, mal équipée, mal organisée et avec beaucoup d’incompétence dans les structures de commandement. Les Russes croyaient avoir une Armée moderne et opérationnelle, disposant d’armes très sophistiquées. Tel était le récit officiel du gouvernement russe. Une narration que certains experts militaires avaient reprise un peu trop vite, sans précaution. Ce mythe semble n’avoir pas résisté aux tests de la réalité du terrain. En Ukraine, l’Armée russe continue encore de faire un douloureux apprentissage de ses lacunes et insuffisances.
Les autorités chinoises vont faire preuve de plus de rationalité stratégique. Plus prudentes, elles semblent attendre le bon moment pour régler, avec des moyens militaires, «la question de Taïwan». Les Etats-Unis d’Amérique, tuteur de Taïwan dans la région, sont encore trop puissants aux yeux de la haute hiérarchie militaire chinoise. Des considérations de même ordre sont avancées par la Turquie.
Les autorités turques revendiquent, avec des arguments historiques, des territoires situés en Méditerranée orientale, sur la Mer Egée. Des territoires qui sont actuellement sous le contrôle de la Grèce. Le Président turc rêve de devenir le sultan d’un nouvel empire ottoman, craint et respecté. Un empire qui étendrait son influence de l’Europe du Sud aux côtes africaines de la Méditerranée. On peut en dire autant de la Serbie, qui réclame des territoires de l’ancienne Yougoslavie à la Bosnie Herzégovine et au Kosovo.
Aux Etats-Unis d’Amérique était dévolu, pendant longtemps, le rôle d’architecte et de gendarme de l’ordre politique mondial. Ils n’en veulent plus. Ils ne sont plus en mesure de remplir cette tâche. Le départ précipité de leurs troupes en Afghanistan fut l’ultime signe de ce désengagement. Le statut de régulateur de l’ordre international était devenu trop pesant, trop ingrat, trop coûteux en argent, en hommes et matériels. On est à présent passé à une nouvelle situation politique internationale. Une situation dont la structure structurante est l’instabilité. Il s’agit là d’une situation liminale dangereuse. Ce qui fut n’est plus. Ce qui doit suivre n’est pas encore. On est dans un entre-deux. C’est-à-dire une phase de négociation d’un nouvel ordre. Un nouvel ordre au sujet duquel de nouvelles puissances économiques et militaires montantes veulent avoir «leurs mots à dire». Cette situation entraînera des conséquences directes sur les stratégies de sécurité et de défense nationales.
La course à l’armement moderne conventionnel et nucléaire va s’accélérer. Des sommes colossales seront investies dans la modernisation des armées. Les futures lignes de confrontation sont déjà visibles. On voit déjà se former autour de la Chine, puissance économique, technologique et militaire montante, une alliance constituée par des partenaires-juniors comme la Russie, l’Iran, la Syrie, la Corée du Nord, la Biélorussie, etc. Des pays qui disposent d’un potentiel d’obstruction non négligeable. En face, on a le bloc classique occidental mené par les Etats-Unis d’Amérique. Un bloc qui est constitué par ses partenaires de l’Europe de l’Ouest et de l’Est, de l’Australie, du Japon, de la Corée du Sud, etc. La guerre en Ukraine a rapproché davantage Américains et Européens.
Les Américains avaient souhaité se retirer de l’Europe pour se concentrer sur la Chine, leur principale rivale. L’aventure russe en Ukraine les a fait revenir en Europe. Près de 100 000 soldats américains sont actuellement stationnés en Europe. Ils étaient moins de 70 000 avant la guerre. L’Otan va se renforcer davantage. Elle va prochainement enregistrer l’adhésion de la Finlande et de la Suède. On pourra assister à la renaissance d’un bloc de pays non-alignés. L’Inde pourrait devenir l’initiatrice et actrice majeure d’une telle alliance. Une conséquence supplémentaire de la rupture de l’ordre politique international sera une redéfinition du statut de pays neutre. Se mettre à équidistance des alliances sera une posture de plus en plus difficile à assumer. Pour être efficiente, la neutralité va devoir s’armer jusqu’aux dents. Elle devra disposer de moyens militaires lui permettant de se défendre contre toute agression.
Les armées africaines, qui souhaitent rester opérationnelles, vont devoir réactualiser leurs politiques de défense et de sécurité. Elles auront besoin de plus de moyens financiers pour se moderniser. Il ne sera pas difficile de constater que le continent africain sera un des espaces mondiaux de rivalité et de confrontation de ces nouvelles alliances. Chaque bloc cherchera à trouver en Afrique des partenaires politiques et militaires. Il y a eu en 2022 en Algérie, l’opération «Bouclier du Désert». Il s’agissait d’un ensemble de manœuvres militaires conjointes menées par l’Armée algérienne et l’Armée russe. L’Afrique du Sud a annoncé la tenue prochaine (du 17 février au 27 février 2023) de manœuvres militaires avec les marines chinoise et russe. A la demande des Etats-Unis, le Maroc aurait déjà mis à la disposition de l’Ukraine, 90 chars T-72B. Des engins de fabrication soviétique achetés à la Biélorusse il y a de cela une vingtaine d’années. Le Maroc recevra en contrepartie une aide financière et militaire des Pays-Bas et des Etats-Unis d’Amérique.

Au Sénégal, les artisans de la Stratégie nationale de défense et de sécurité vont devoir faire preuve d’une précoce compréhension des signes et autres avertissements nés de l’actuelle situation politique mondiale. Ils devront proposer des modèles féconds d’évitement de situations d’effritement de la stabilité du pays. Ils devront trouver réponses aux questions suivantes. Comment le Sénégal pourra-t-il rester stable dans une situation politique mondiale et régionale structurée par l’instabilité ? Par quelles voies et par quels moyens le pays pourra-t-il être en mesure de donner plus de profondeur à sa stabilité actuelle ? La réponse à ces interrogations ne devra pas seulement se faire entendre. Elle doit surtout se faire voir. Cela passe nécessairement par une politique de modernisation des Armées et autres services de sécurité plus ambitieuse.

Offrir au pays et aux populations une paix «éternelle» nécessite de gros moyens financiers. Le gouvernement va devoir investir plus dans la sécurité du pays. Le régime actuel a incontestablement le mérite d’avoir mis fin à la longue négligence et au sous-financement chronique dont souffraient les Forces de sécurité et de défense. Ce retournement politique est une grande consolation. Les risques et menaces qui pèsent sur la sécurité du pays et des populations n’ont pas disparu. Des groupes armés continuent de contester la territorialité du pouvoir de l’Etat. Ils continuent de défier l’Armée dans son espace de souveraineté. La région sahélienne n’est pas devenue un havre de paix. Elle demeure encore un dangereux ferment de désordre et de chaos. On peut encore noter un flot toujours croissant de groupes armés criminels et religieux. Des groupes qui, sans grande difficulté, continuent d’étendre leur pouvoir au Mali et au Burkina Faso. Des pays dont les armées demeurent incapables d’imposer sur leurs territoires un monopole du droit à la guerre. L’engagement de miliciens russes payés à prix d’or n’a fait qu’aggraver la situation sécuritaire.
Les Forces de sécurité et de défense sénégalaises doivent bénéficier de plus de moyens financiers. Des moyens qui leur permettent d’accroître le personnel, d’améliorer la formation des soldats et de moderniser le matériel (armes, pièces de rechange, munitions, casques, uniformes, chaussures, assistance médicale, moyens de transport blindés, etc.). L’Armée ne pourra pas toujours se concentrer sur la guerre asymétrique contre les groupes d’irréguliers armés. Elle ne pourra pas se contenter de fournir à la Cedeao et à l’Onu, de robustes et fiables contingents pour des missions de maintien de la paix. L’Armée se doit être une force du combat. Une Armée moderne qui soit capable de mener une guerre avec de l’artillerie lourde, des chars, des roquettes, des drones et autres artefacts du combat militaire moderne. Une Armée qui soit en mesure de protéger les infrastructures critiques du pays contre des actes de sabotage et contre la cybercriminalité. On fait allusion ici aux réseaux Internet, à ceux de la distribution de l’eau et de l’électricité, aux communications téléphoniques, aux connections sur Internet, aux ports et aéroports, aux importants axes routiers, etc. Le temps du confort et celui de l’insouciance sont révolus. Le Sénégal n’a pas que des amis dans le monde et sur le continent. Le pays a des ennemis à l’extérieur et à l’intérieur.

Il existe dans le pays, des personnes et groupes de personnes qui prêchent haut et fort le désordre et le chaos. Des compatriotes qui souhaitent à leur pays un avenir malheureux. Nous avons choisi d’être une démocratie et un pays de Droit. Nous devons nous donner les moyens de défendre ce choix contre ses pourfendeurs. La République doit pouvoir triompher de ceux qui veulent lui casser les os, ébranler ses colonnes et ensevelir les populations dans les décombres. Stabiliser notre stabilité actuelle, lui donner plus de profondeur nécessite une politique de défense plus audacieuse. Qui veut la paix doit préparer la guerre. Notre objectif doit être d’avoir l’une des armées africaines les plus opérationnelles. Il est du devoir des autorités politiques de donner aux armées, une chance raisonnable d’atteindre cet objectif. Le retard se rattrape. Les lacunes se comblent.
Serigne Babakar DIOP
sm.diop@outlook.com
Allemagne

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